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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'économie bleue considérée comme un catalyseur de la résurgence économique de l'Afrique

12 Février 2022 Publié dans #Afrique, #Divers

L'économie bleue considérée comme un catalyseur de la résurgence économique de l'Afrique

 

Richard Wetaya*

 

 

Image : La biotechnologie marine comprend la recherche sur les diverses utilisations des algues. Photo : Shutterstock/Chokniti Khongchum

 

 

L'économie bleue de l'Afrique, tant vantée, est prête à se développer, car les Nations côtières et insulaires du continent exploitent la biotechnologie marine et l'aquaculture moléculaire pour soutenir les énergies renouvelables, les produits pharmaceutiques et d'autres produits.

 

Le marché mondial de la biotechnologie marine devrait connaître une croissance de 2,5 milliards de dollars entre 2020 et 2024, avec un taux de croissance annuel composé (TCAC) de plus de 8 % au cours de la période de prévision, selon Technavio, une société de conseil et de recherche technologique de premier plan.

 

Les Nations africaines ont le potentiel pour être les nouveaux incubateurs de la biotechnologie marine, a déclaré le Dr Ian Ralby, expert en droit maritime, en stratégie et en développement de l'économie bleue.

 

« L'île Maurice a été pionnière dans le domaine des technologies de l'économie bleue », a déclaré M. Ralby dans une présentation sur YouTube. « Le Kenya a également des initiatives qui prennent de l'ampleur, par exemple des initiatives inclusives axées sur les femmes qui développent les algues comme moteur économique. L'essai de nouvelles technologies respectueuses de l'environnement pourrait être un moyen fantastique pour l'Afrique d'être une partie prenante dans cette nouvelle industrie. »

 

D'autres experts s'accordent à dire que les ressources aquatiques de l'Afrique peuvent devenir une source importante d'organismes biomédicaux pour combattre les maladies et pourraient offrir une alternative à l'utilisation des combustibles fossiles traditionnels.

 

« La biotechnologie marine ouvrira de nouvelles portes pour l'exploration des ressources océaniques et lacustres de l'Afrique », a déclaré M. Fred Mahanga, un scientifique marin tanzanien. « Elle permettra non seulement de fabriquer des produits dans les secteurs biologique et pharmaceutique, mais pourrait également aider l'Afrique à résoudre les problèmes de pénurie alimentaire, de pauvreté et de chômage. »

 

Il a noté que la pandémie de Covid-19 « a démontré la nécessité pour l'Afrique de faire de la bioprospection et de développer et investir dans ses propres capacités pharmaceutiques, biologiques et nutraceutiques. »

 

Les dirigeants africains en prennent note. Dans l'Agenda 2063 de l'Afrique – le principal plan d'action pour le développement socio-économique du continent – l'économie bleue est considérée comme le catalyseur de la transformation socio-économique. Son développement est également considéré comme une priorité dans la Stratégie Maritime Intégrée de l'Afrique pour 2050, car il s'agit de la nouvelle frontière de la résurgence du continent.

 

Bien que l'économie de la bioprospection sur le continent soit encore largement à la traîne, des progrès ont été réalisés, notamment, en Afrique du Sud, en Namibie et au Nigeria.

 

« Les possibilités d'exploitation dans ce secteur sont nombreuses et le continent sera bientôt l'épicentre des discussions sur l'économie bleue », prédit M. Ralby. « Les gouvernements africains devraient envisager d'augmenter les investissements dans des secteurs tels que l'aquaculture moléculaire et les énergies renouvelables, à mesure que leur population augmente. »

 

Ces dernières années, les Seychelles, le Cap-Vert, le Kenya, Madagascar, les Comores, Maurice, le Maroc, l'Afrique du Sud, le Nigeria, l'Angola, la Namibie, le Ghana, la Tunisie et la Tanzanie ont montré leur engagement en faveur du développement durable des secteurs des produits de la mer et de la biotechnologie marine, qui est la création de produits et de processus à partir d'organismes marins par l'application de la biotechnologie, de la biologie moléculaire et cellulaire et de la bioinformatique.

 

 

Alors que l'Afrique développe son économie bleue, des soldats ougandais répriment les pratiques de pêche illégales, permettant ainsi à des pêcheurs comme M. James Kalemba d'attraper durablement la perche du Nil. Photo : Eddie Ssejjoba

 

 

Les Seychelles, qui ont fait de l'économie bleue une pièce maîtresse de leur stratégie nationale de développement, ont obtenu l'année dernière une subvention de 800 000 dollars de la Banque Africaine de Développement pour développer leur secteur de la biotechnologie marine, entre autres sous-secteurs de l'économie bleue. Dans les mois qui ont suivi, plusieurs micro-, petites et moyennes entreprises seychelloises axées sur la biotechnologie marine ont été créées et une stratégie de développement de l'entrepreneuriat en biotechnologie a été élaborée.

 

En raison de sa grande biodiversité et de l'étendue de ses ressources marines, la biotechnologie marine est reconnue comme ayant le potentiel de renforcer le développement économique du pays, selon le rapport Seychelles Blue Economy : Strategic Policy Framework and Roadmap Charting the Future (2018-2030).

 

L'île Maurice, qui prévoit de doubler son PIB bleu et de le porter à 20 % à moyen terme, s'associe également à la croissance du marché mondial de la biotechnologie marine. L'île Maurice cherche à utiliser la biotechnologie marine pour lutter contre le changement climatique et ses effets négatifs sur l'environnement marin par la production de bioénergie. Elle prévoit de fournir de nouveaux biocatalyseurs pour les carburants de deuxième génération ou de produire des algues pour constituer une troisième génération de biocarburants.

 

Le Maroc, dont le littoral s'étend sur plus de 3.500 kilomètres, a saisi l'opportunité économique à travers une initiative de récolte durable des algues. Le Royaume a également créé le Bioxparc, qui comprend un réseau international de parcs technologiques et une plate-forme numérique innovante pour encourager le partage des ressources entre les acteurs des secteurs de la biotechnologie alimentaire, médicale et agricole. Et l'année dernière, le Royaume a signé un accord administratif sur la coopération en matière de recherche et d'innovation marine avec l'Union Européenne.

 

Le chercheur Dimitri Pag-yendu Yentchare a affirmé dans un récent article qu'il est possible pour les États africains d'exploiter avec succès les avantages de la biotechnologie bleue. Selon lui, il est temps pour les Nations africaines de contribuer à leur développement durable en prenant une part plus active à l'exploitation directe des ressources génétiques marines.

 

L'Afrique possède tous les ingrédients nécessaires à l'établissement d'un secteur de la biotechnologie marine et de nombreuses solutions pharmaceutiques pourraient être trouvées dans ses mers et ses océans, a observé Mme Josefa Sacko, commissaire de l'Union Africaine chargée de l'agriculture, du développement rural, de l'économie bleue et de l'environnement durable, lors du récent atelier des parties prenantes de l'économie bleue à Windhoek, en Namibie.

 

Selon de nombreux analystes économiques, l'Afrique ne pourra réaliser les valeurs de l'économie bleue prévues, soit 405 milliards de dollars et 57 millions d'emplois d'ici à 2030, qu'en augmentant les investissements dans la recherche, le renforcement des capacités d'innovation et le développement des infrastructures.

 

Bien que le continent dispose de quelques centres de recherche, dont l'Institut Nigérian d'Océanographie et de Recherche Marine, l'Institut National de Recherche Halieutique au Maroc et un centre de renommée internationale pour l'étude de la biodiversité aquatique en Afrique du Sud, les experts affirment que davantage d'investissements sont nécessaires.

 

M. Yentchare estime que la Banque Africaine de Développement devrait soutenir le développement de la recherche marine, la formation des jeunes et une prise en compte plus sérieuse des droits de propriété intellectuelle, qui sont une question centrale dans l'exploration des ressources génétiques marines. Il propose également que la Banque construise des infrastructures adéquates afin de ralentir la fuite des cerveaux scientifiques du continent.

 

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* Source : Blue economy seen as catalyst for Africa's economic resurgence - Alliance for Science (cornell.edu)

 

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