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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un Scientific American « éveillé » (« woke ») devient anti-OGM

22 Janvier 2022 Publié dans #critique de l'information, #Activisme

Un Scientific American « éveillé » (« woke ») devient anti-OGM

 

Cameron English*

 

 

Image par geralt via Pixabay

 

La descente aux enfers du Scientific American, de publication respectée à tabloïd idéologique, est presque terminée. Le magazine promeut désormais l'activisme anti-OGM sous couvert de « justice sociale ».

 

 

La semaine dernière, j'ai mis en lumière quatre tendances inquiétantes du journalisme scientifique qui détruisent la confiance du public dans les grandes institutions universitaires et de santé publique. Il est temps d'ajouter une cinquième dérive à la liste : les publications scientifiques qui privilégient le militantisme pour la « justice sociale » à l'analyse fondée sur des preuves.

 

Scientific American est peut-être le pire contrevenant à cet égard, publiant des articles d'opinion sans fondement tels que « Denial of Evolution Is a Form of White Supremacy » (le déni de l'évolution est une forme de suprématie blanche) et « Modern Mathematics Confronts its White Patriarchal Past » (les mathématiques modernes affrontent leur passé patriarcal blanc). Le biologiste Jerry Coyne et l'auteur scientifique Michael Shermer ont démoli ces deux articles avec force détails, mais Scientific American ne s'est pas arrêté là. La couverture de la biotechnologie agricole par le magazine a tragiquement dévié vers la bêtise de la justice sociale.

 

Le 27 décembre, SciAm a publié un article si ridicule qu'il aurait pu être écrit par un militant de Greenpeace : « How Biotech Crops Can Crash—and Still Never Fail » (comment les cultures biotechnologiques peuvent s'effondrer et ne jamais échouer).

 

 

 

 

L'article était une critique du Sommet des Nations Unies sur les Systèmes Alimentaires qui, selon les auteurs, « a mis la biotechnologie au centre de la scène, bien que les innovations agroécologiques soient plus prometteuses en termes de durabilité ». L'article n'est guère plus qu'une reprise des mauvais arguments auxquels nous avons récemment été confrontés dans « Les OGM, un outil du colonialisme ? Démonter un mythe populaire sur la "justice sociale" » [1]. Mais étant donné le statut du SciAm dans les médias scientifiques et l'importance de la biotechnologie pour la production alimentaire, nous devons faire face à ces bêtises aussi souvent qu'elles apparaissent. Ci-après SciAm entre guillemets et en retrait, suivi de mon commentaire.

 

 

« À la base, les cultures GM sont enracinées dans un modèle d'agriculture colonio-capitaliste basé sur le vol de terres indigènes et sur l'exploitation du travail des agriculteurs et des travailleurs de l'agroalimentaire, du corps des femmes, des connaissances indigènes et du réseau de la vie lui-même. »

 

Il n'existe pas de « modèle d'agriculture coloniol-capitaliste ». À la base, le capitalisme est simplement le fait que des personnes échangent des biens et des services pour leur bénéfice mutuel. Le colonialisme, en revanche, « implique l'assujettissement d'un peuple à un autre ». Ces deux concepts s'excluent mutuellement.

 

Les petits exploitants agricoles qui s'empressent de cultiver des semences biotechnologiques, souvent – mais pas toujours – vendues par des entreprises occidentales, ne sont pas victimes du colonialisme : ce sont des clients, et ce sont eux qui ont le dernier mot sur ce qu'ils cultivent. L'économiste Ludwig von Mises a expliqué comment cet arrangement fonctionne il y a de nombreuses années :

 

« En parlant des capitaines d'industrie modernes et des dirigeants des grandes entreprises, par exemple, ils appellent un homme "roi du chocolat", "roi du coton" ou "roi de l'automobile". Leur utilisation de cette terminologie implique qu'ils ne voient pratiquement aucune différence entre les chefs d'industrie modernes et les rois, ducs ou seigneurs féodaux d'autrefois.

 

Mais la différence est en fait très grande, car un roi du chocolat ne règne pas du tout, il sert [...] Ce "roi" doit rester dans les bonnes grâces de ses sujets, les consommateurs ; il perd son "royaume" dès qu'il n'est plus en mesure de donner à ses clients un meilleur service et de le fournir à moindre coût que d'autres avec lesquels il doit être en concurrence. »

 

Ludwig von Mises

 

Le fait est que les agriculteurs veulent des semences biotechnologiques ; ils sont même prêts à les acquérir illégalement dans de nombreux cas. Cela conduit à une question évidente : pourquoi les agriculteurs veulent-ils avoir accès à cette technologie ? Parce qu'elle les rend plus productifs [article similaire, sur la même base, ici] et les aide à sortir de la misère. Nous avons vu la même chose pendant la Révolution Verte, qui a permis au monde d'économiser 83.000 milliards de dollars, principalement en donnant aux agriculteurs accès à des variétés de cultures améliorées. Je ne saurais trop insister sur le fait que cela met à mal le récit du « modèle colonial d'agriculture ».

 

Revenons au SciAm :

 

 

« Depuis 2008, l'Institut International de Recherche sur le Riz, basé aux Philippines, a dirigé le développement du Riz Doré avec le soutien de la Fondation Bill et Melinda Gates et en partenariat avec Syngenta (qui détient des droits sur le riz) pour lutter contre la carence en vitamine A chez les pauvres, en particulier les enfants et les femmes enceintes. »

 

Cette affirmation est fausse. Selon un scientifique retraité de Syngenta, Adrian Dubock, qui a veillé à ce que le Riz Doré ne soit pas entravé par des litiges en matière de brevets, les licences garantissent que « seules les variétés de riz appartenant à l'État peuvent être utilisées et que le caractère nutritionnel ne peut être "empilé" avec un autre caractère génétique, à moins que ce dernier ne soit également sous le contrôle du secteur public ». Il n'y a pas d'autres conditions liées au Riz Doré. Honte à Scientific American pour avoir perpétué un mensonge aussi dangereux.

 

 

« Au fil du temps, il est devenu de plus en plus difficile de mener et de publier des recherches critiquant les cultures GM. En effet, la biotechnologie a "verrouillé" d'autres innovations, y compris l'agro-écologie. »

 

Il est plus difficile de mener des recherches critiques à l'égard des cultures génétiquement modifiées parce que des milliers d'études ont examiné l'impact de la biotechnologie agricole. Qu'il s'agisse d'avantages économiques, de durabilité environnementale ou de sécurité, les preuves recueillies depuis plus de vingt ans ont justifié les cultures GM. En d'autres termes, il n'y a rien à « critiquer ».

 

Absolument aucun expert que je connais ne s'oppose à l'agro-écologie, correctement définie comme « pratiques agricoles durables ». Mais ce terme a été redéfini pour décrire une cause politique qui s'oppose à l'agriculture conventionnelle, y compris la biotechnologie des cultures et les pesticides de synthèse. M. David Zaruk, expert en risques, a expliqué les effets désastreux de ce mouvement dans un article récent pour le Genetic Literacy Project [article original traduit ici:

 

« La pauvreté est peut-être la plus grande injustice sociale et ne pas donner aux agriculteurs les moyens d'améliorer les rendements, de réduire le labeur et la souffrance tout en faisant progresser leur vie économiquement et financièrement n'est pas quelque chose de louable.

 

Si vous ne permettez pas aux agriculteurs d'accéder à des insecticides ou à des semences résistantes aux parasites et aux maladies, vous condamnez davantage de femmes à passer de plus longues heures penchées sous le soleil brûlant à arracher des feuilles. Si vous refusez aux petits exploitants l'accès aux herbicides de base, le travail pénible du désherbage manuel sera transmis à leurs enfants (qui devraient être à l'école). »

 

David Zaruk

 

Le fait que Scientific American amplifie un mouvement aux conséquences aussi destructrices est inexcusable. Une bonne compréhension de la justice sociale exige que nous fassions tout ce que nous pouvons pour aider les plus pauvres d'entre nous, même si cela remet en cause nos engagements idéologiques. SciAm pourrait faire beaucoup pour faire avancer cet effort. Mais au lieu de cela, le magazine a décidé de promouvoir un discours technophobe qui ne fait qu'aggraver la situation du monde.

 

____________

 

[1] J'ai abordé ce sujet dans des articles précédents :

 

Comment la Révolution Verte a permis au monde d'économiser 83.000 milliards de dollars

 

L'agriculture biologique ? Le Sri Lanka paralyse les agriculteurs et provoque une pénurie alimentaire

 

La lutte contre le changement climatique n'est pas une excuse pour développer l'agriculture biologique

 

Interdiction des OGM : de nombreux agriculteurs de pays en développement veulent tellement des plantes génétiquement modifiées qu'ils les cultivent illégalement

 

OGM et colonialisme : l'humoriste britannique Russell Brand met en garde contre la mainmise des milliardaires sur l'approvisionnement alimentaire mondial

 

Cameron English, directeur de Bioscience

 

Cameron English est auteur, éditeur et co-animateur du podcast Science Facts and Fallacies. Avant de rejoindre l'ACSH, il était rédacteur en chef du Genetic Literacy Project.

 

Source : 'Woke' Scientific American Goes Anti-GMO | American Council on Science and Health (acsh.org)

 

 

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Précision : cet article est présenté comme "Opinion". Ce n'est pas l'avis du journal.
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