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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Stéphane Foucart et le glyphosate – Le Monde et la désinformation 2 » de M. Alexandre Baumann

5 Janvier 2022 Publié dans #Recension, #Activisme

« Stéphane Foucart et le glyphosate – Le Monde et la désinformation 2 » de M. Alexandre Baumann

 

Glané sur la toile 902

 

 

 

 

M. Alexandre Baumann vient de mettre en ligne un autre magnum opus, « Stéphane Foucart et le glyphosate – Le Monde et la désinformation 2 ». Un total de 343 pages, c'est sans doute ce qu'il faut pour décortiquer les « moyens » utilisés dans 91 articles s'étalant du 8 août 2011 au 16 juin 2021... La loi de Brandolini...

 

Il a présenté son ouvrage dans un fil Twitter que nous reproduisons ci-dessous avec de légers aménagements.

 

« Bonne année à tous.

 

Je viens de finir un premier jet du livre sur le traitement médiatique du glyphosate par Stéphane Foucart.

 

Spoiler alert: il désinforme comme un sal.

 

Stéphane Foucart et le glyphosate - Pseudo ecologie (pseudo-ecologie.fr)

 

L’argumentaire du journaliste se structure comme une histoire en 3 actes.

 

1- D’abord, il pose l’importance du glyphosate, défend l’idée que son concepteur aurait eu des craintes anciennes, puis annonce ce qui sera le cœur de son ouvrage : l’avis du CIRC classant le glyphosate comme cancérogène probable et génotoxique. Ce sera un peu le nœud de l'intrigue, la "révélation".

 

2 - Ensuite, il présente sous un jour terrible la réaction de Monsanto et des membres de la GTF [Glyphosate Task Force, le consortium d'industriels qui a demandé le renouvellement de l'autorisation du glyphosate qui a abouti en décembre 2017].

 

3 - Enfin, tournant son attention vers le contexte, il défend que les agences sanitaires auraient été compromises par les industriels.

 

Cet argumentaire repose sur deux énormes mensonge : une conception délirante du conflit d’intérêt et une manipulation de la portée de l’avis du CIRC.

 

S’y ajoutent deux grandes manipulations : l’affaire des résidus dans les urines et celle du "plagiat" de l’agence sanitaire allemande (BfR).

 

Sa conception du conflit d’intérêts est délirante : il faudrait ne pas travailler, ni dans le passé, ni dans le présent, ni dans le futur, pour une organisation qui aurait reçu des fonds d’industriels. Il inclut même l’agence sanitaire anglaise (FERA) parmi ces dernières !

 

Imaginez : vous travaillez pour un laboratoire, un industriel lui achète une étude pendant que vous êtes en vacances => cela suffit pour décrédibiliser complètement votre parole scientifique, vous êtes en "conflit d’intérêts".

 

Surtout, si on l’appliquait rigoureusement, il faudrait aussi rejeter toute parole scientifique, car même les universitaires ont un intérêt à ce qu’ils disent, comme l’a prouvé G-E. Séralini en faisant intelligemment fructifier son discours "scientifique".

 

L’absurdité de cette conception se manifeste d’ailleurs avec le cas Christopher Portier. Ce scientifique, ayant été consulté pour l’avis du CIRC, est profondément impliqué dans la sphère militante (pseudo)écologiste. Il a même gagné plus de 160K€ en conseillant des avocats défendant des gens accusant le glyphosate d’avoir causé leur cancer… S. Foucart n’en fera même pas mention quand il s’est fait l’écho des démarche de ce curieux personnage, et a pris sa défense dans un article entier…

 

L’autre grande désinformation est sur la portée de l’avis du CIRC. Ce point a ceci d'extraordinaire que S. Foucart l’admet dans son premier article sur le sujet :

 

"Purement informatifs, ces avis n’ont pas valeur réglementaire : ils ne peuvent conduire en eux-mêmes à l’interdiction ou à la régulation d’une substance. 'Nous ne faisons pas de l’évaluation des risques mais de l’identification des risques, rappelle-t-on au CIRC. Notre avis ne dit pas si la population générale court un risque du fait de telle ou telle substance, cela c’est le travail des agences de sécurité sanitaire.'" (Dans "Le désherbant Roundup classé cancérogène" [ma note : notez le faux dans le titre...])

 

Il passera des dizaines d’articles à effacer cette bourde et défendre qu’il y aurait une opposition entre l’avis du CIRC et ceux des agences sanitaires. De manière amusante, s’il fallait interdire toutes les activités classées cancérogène certain ou probable, il faudrait interdire : verrier, coiffeur, barbier, peintre, la production de coke, de peinture, de fer et d’acier, le ramonage de cheminée, l’utilisation d’insecticides... sans arsenic et le raffinage de pétrole ; le travail de nuit et tous les métiers mettant leur personnel en contact avec les particules émises par la friture… (D’ailleurs je ne comprends pas trop à quoi sert cette classification…)

 

Globalement, la désinformation domine : sur les 69 points de l’argumentaire, 53 sont désinformatifs (faux ou induisant en erreur) (=> Annexe 2).

 

Comme toujours, cette désinformation s’appuie sur une boite à outil de procédés rhétoriques que je détaille dans les chapitres 3 et 4.

 

Parmi les points notables on identifie ce qui ressemble beaucoup à une démarche complotiste :

 

Une énergie énorme destinée à gérer les objections ;

L’utilisation d’insinuations très floues pour construire son récit ;

La suppression du hasard ;

La présentation d’un "méchant" diabolique et tout puissant.

 

Je me suis beaucoup aidé de l'excellent livre de @twieguez et @sylvaindelouvee. Cette description colle par exemple parfaitement à ce que nous observons dans le chapitre 3.II. et le chapitre 4 :

 

"Le complotisme n’est ainsi rien d’autre qu’une posture soutenue dans le seul but de s’immuniser contre la critique […]. Le complotisme ne permet pas de découvrir des véritables complots et encore moins de les déjouer. Il met plutôt toute son énergie à se protéger lui-même contre les objections qu’il ne manque pas de soulever." (Dieguez et Delouvée 2021, p. 82).

 

On retrouve également le "vague et le pseudo-profond" :

 

"Une théorie du complot a tout intérêt à ne pas être trop précise dans ses accusations. Non parce que cela relèverait de la diffamation, mais parce que cela faciliterait sa vérification. De ce fait, de nombreuses productions complotistes contemporaines sont étonnamment floues, beaucoup ne mentionnent d’ailleurs même pas explicitement l’existence d’un complot ou de conspirateurs. Et de plus en plus […], le complotisme fonctionne dans le registre de l’image, de l’allusion, de l’allégation indirecte, selon la logique du 'suivez mon regard' et de questions rhétoriques et orientées suivant l’adage 'je ne fais que poser des questions'." (p. 83)

 

J'ai extrait 6 passages (liste non exhaustive) qui traduisent clairement cela page 224.

 

Vous avez également la suppression du hasard, décrite par P-A. Taguieff dans son traité de complotologie :

 

"Tout ce qui est visé ou prévu se réalise : telle est l’évidence trompeuse fondatrice. La pensée complotiste représente une alter-sociologie populaire expliquant tout en termes d’intentions et d’intérêts." (Taguieff 2013, p. 16)

 

Qu'on retrouve notamment avec l'affaire de "l'étrange monsieur Watts" (p. 226), dont @SeppiWackes avait déjà dénoncé l'imposture : Ce que ne révèle pas l'« enquête » du Monde sur les Monsanto Papers (première partie) : l'Institut Ramazzini et l'étrange M. Watts - Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels (over-blog.com)

 

 

 

 

Je présentes quelques autres exemples p. 227.

 

Ce livre, comme son prédécesseur, pose des questions graves sur le journalisme en général.

 

Surtout, on voit se dessiner un facteur favorisant le développement des fake news : les journalistes eux-mêmes désinforment, pourquoi les complotistes devraient-ils s’en priver?

 

C'est un sujet qui pourrait intéresser les chercheurs étudiant la désinformation, avec lesquels j'aimerais beaucoup discuter de ma démarche (notamment s'il y avait un cadre scientifique qui me permettrait d'éprouver mon travail).

 

@HuygheFB @DoutreixN @RBadouard @BodinCyrille

 

Il concerne aussi évidemment tous ceux qui pratiquent ou écrivent l'agriculture. S'ils arrivent à interdire le glypho, que ne peuvent-ils pas faire interdire ?

 

@SeppiWackes @AntonSuwalki @AEGRW @Fragritwittos @AcademieAgri @emma_ducros @GeWoessner @JP_O @fmbreon @EleonoreSole @MacLesggy @fastier_antony

 

C'est bien une question institutionnelle qui se pose : à quel point la désinformation peut-elle subvertir la démocratie ?

 

C'est une question qui se pose beaucoup en matière d'énergie aussi... @TristanKamin @Kako_line @Gregdt1 @buchebuche561 @AStrochnis

 

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M
Pour ne pas être désinformé il faut cesser de lire les torchons subventionnés.
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M
Je l'ai déjà dit mais pour éviter tout conflit d'intérêt on pourrait confier les expertises scientifiques à des experts de la poésie ouzbèque du XVIème siècle, du répertoire de l'hélicon ou de la filmographie de Pauline Carton.
Pour revenir au sérieux je recommande sur le blog de Sylvestre Huet l'excellente interview de Jean-Christophe Pagès, ex-président du Haut Conseil des Biotechnologies (un de ces comités Théodule où la France excelle), il y exprime la difficulté des vrais scientifiques à faire entendre leur voix, occultée par celle de pseudo-sachants.
https://www.lemonde.fr/blog/huet/
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