Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Souveraineté et sécurité alimentaires passent par les technologies modernes

27 Janvier 2022 Publié dans #Divers

Souveraineté et sécurité alimentaires passent par les technologies modernes

 

André Heitz*

 

 

 

 

Dans le N° 3929 de la FA, du 12 novembre 2021, M. Joseph Pousset concluait au terme d'une analyse dont nous pouvons suivre une partie des éléments : « le “bio” pourrait satisfaire les besoins de la population française assez facilement si on réduisait relativement, par ailleurs, la part des produits animaux dans notre alimentation (orientation plutôt favorable à la santé). »

 

Facilement ? Selon ses calculs, « la culture biologique généralisée au territoire français métropolitain fournirait le régime alimentaire actuel du français “moyen” à environ 50 millions d’habitants ». Pour une population de 66,7 millions d'habitants en 2021, cela représente sans doute une réduction conséquente du régime alimentaire – ainsi qu'une réduction drastique de nos exportations, de notre contribution à l'alimentation de nos voisins européens et extra-européens.

 

Ce n'est certes pas une simple question de règle de trois, les calories et protéines végétales nécessitant en principe moins de surface pour leur production, ni de substitution, l'agriculture biologique nécessitant des engrais organiques ayant transité par des estomacs d'animaux.

 

De plus, les pré-requis et les conséquences socio-économiques et écologiques, difficiles à appréhender, sont généralement ignorés dans ce genre de démarche.

 

Mais le problème est ailleurs. L'agriculture biologique implique de renoncer aux engrais azotés de synthèse qui, estime-t-on, permettent de nourrir un peu moins de la moitié de la population mondiale (et peut-être plus au vu de l'origine de certains engrais organiques). Le message qu'adresserait la France au monde, une France qui ferait mieux que le Sri Lanka, serait désastreux.

 

Bannir les produits phytosanitaires dont le seul défaut est d'être « de synthèse », c'est renoncer à sécuriser les rendements – donc la souveraineté alimentaire – et la qualité des produits – donc la sécurité alimentaire. L'existence de certaines productions serait compromise, tout comme des itinéraires techniques favorables sur les plans économiques et écologiques.

 

Pour les problèmes d'envergure, actuels comme la jaunisse de la betterave ou futurs comme les adventices, maladies et parasites invasifs, il resterait les rodomontades des « écologistes », les sacrifices à Gaïa, éventuellement les Rogations.

 

Le progrès génétique serait essentiellement limité aux croisements entre variétés de la même espèce, à la rigueur d'espèces voisines. Les produits issus des nouvelles techniques génomiques apportant de réels bénéfices nutritionnels ou autres échapperaient aux consommateurs. L'idéologie du bio exigerait aussi l'abandon d'une partie du patrimoine génétique remontant à plus d'un demi-siècle, qualifié d'OGM par un droit européen devenu grotesque, sauf à faire preuve de jésuitisme.

 

Les animaux d'élevage – ceux qui resteraient – ne seraient plus soignés avec des médicaments « allopathiques » qu'en dernier recours. C'est ce qu'on appelle le bien-être animal...

 

Le refus du progrès déjà exprimé par certaines entités, au nom de la « souveraineté technologique des paysans », tiendra le haut du pavé. Nous pourrons dire adieu à une agriculture bénéficiant du machinisme moderne et de technologies comme les drones, la robotique, big-data, etc.

 

Bref, sauf à transformer la ferme France en forteresse abritée de la compétition internationale et les paysans en gestionnaires de l'espace rural largement subventionnés et peu productifs, c'est tirer un trait sur notre agriculture ainsi que nos souveraineté et sécurité alimentaires.

 

par André Heitz, ingénieur agronome, Haute-Savoie

 

__________________

 

 Cette lettre a été publiée dans la France Agricole du 7 janvier 2022.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
Z
pour ce qui est de la lentille, on n'arrive déjà pas à fournir la demande:<br /> https://www.lafranceagricole.fr/actualites/cultures/filiere-la-production-de-lentilles-vertes-divisee-par-cinq-1,1,994096391.html<br /> de là à remplacer la viande...
Répondre