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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Quatre terribles tendances du journalisme scientifique qui devraient mourir en 2022

15 Janvier 2022 Publié dans #Divers

Quatre terribles tendances du journalisme scientifique qui devraient mourir en 2022

 

Cameron English*

 

 

Image par ColiN00B via Pixabay

 

Le journalisme scientifique est en proie à plusieurs problèmes critiques qui mettent en péril sa crédibilité. Si nous voulons que le public soit plus sensible à la science, nous devons corriger ces problèmes le plus tôt possible.

 

 

Chaque fois que je vois l'expression « selon les vérificateurs de faits » ou « selon les décodeurs » dans un titre, je ne peux m'empêcher de lever les yeux au ciel. C'est parce que ce qui suit le titre n'est probablement pas une « vérification » mais un article d'opinion rédigé par quelqu'un qui se fait passer pour un journaliste factuel. Ce n'est pas un phénomène nouveau. Comme l'a fait valoir mon prédécesseur, le Dr Alex Berezow, il y a plusieurs années,

 

« En fin de compte, la vérification des faits est une entreprise beaucoup plus subjective que nous ne le souhaiterions. La vérité est réelle mais parfois difficile à établir, en particulier lorsque des idéologies politiques et des raisonnements motivés par un objectif sont en jeu. Pour éviter ces écueils, les vérificateurs de faits doivent être très sensibles à ces biais. Sinon, les vérificateurs de faits seront considérés comme une autre manifestation des "fake news". »

 

Comme nous le savons maintenant, les vérificateurs de faits (et les médias plus généralement) n'ont pas évité ces pièges. Dans le sillage de l'affaire de la Covid-19, ils sont devenus des apologistes de la « science », définie comme la réponse du gouvernement fédéral à la pandémie. De l'autre côté de l'argument, on trouve des commentateurs (souvent conservateurs) qui trouvent des problèmes là où il n'y en a pas, notamment en ce qui concerne les vaccins contre le coronavirus.

 

Puisque les journalistes sont humains et que tous les humains ont des défauts, une couverture scientifique bâclée est inévitable dans une certaine mesure. Mais il faut inverser la tendance à faire du plaidoyer une activité journalistique avant que les médias scientifiques ne perdent ce qui reste de leur crédibilité déclinante auprès du grand public. Pour remettre le journalisme scientifique sur la bonne voie, nous devons nous attaquer à quatre grands problèmes.

 

 

La défense de la science par des moyens détournés

 

Les médias promeuvent volontiers une science solide tant que les preuves sont conformes à leur orientation générale. Mais s'ils vont à l'encontre de leurs causes politiques ou sociales, les faits sont sommairement écartés au profit de la promotion de l'idéologie. Les exemples sont légion [voir cet article pour plus d'exemples], mais voici peut-être le cas le plus récent et le plus flagrant d'un plaidoyer en faveur de la science poubelle.

 

Tout en faisant la leçon au public sur les dangers de la diffusion de « fausses informations », le Washington Post a publié un article anti-pesticides de Stephanie Seneff, une universitaire devenue militante qui a qualifié les vaccins contre la Covid-19 d'« extrêmement toxiques » et qui travaille en étroite collaboration avec l'association Children's Health Defense (CHD) de Robert F. Kennedy Jr. Début 2020, la CHD a affirmé que la pandémie avait été planifiée à l'avance et elle a toujours attaqué les vaccins contre le coronavirus.

 

Naturellement, la collaboration du Post avec Seneff s'est produite quelques mois avant que le journal ne se vante d'avoir « démystifié l'affirmation de l'anti-vax RFK Jr. sur les décès "suspects" dus au vaccin contre le coronavirus ». Si vous me demandiez de faire la satire d'un grand journal, je ne sais pas si j'aurais pu inventer une histoire aussi grotesque que la succession d'événements dans ce cas. Quoi qu'il en soit, les médias ne peuvent pas attaquer de manière crédible le scepticisme à l'égard des vaccins tout en offrant une tribune aux militants anti-vaccins. Espérons qu'ils s'arrêteront en 2022.

 

 

Des conclusions à la recherche de preuves

 

Au cours des deux dernières années, les médias ont souvent rapporté des conclusions comme étant incontestables avant que tous les faits ne fussent disponibles. Le débat sur une fuite de laboratoire comme origine pour le SARS-CoV-2 en est peut-être le meilleur exemple. En février 2020, tout le monde savait que le virus était passé de l'animal à l'homme dans un marché humide de Wuhan ; suggérer le contraire revenait à faire preuve de partialité raciste. Seuls les sénateurs marginaux de la périphérie étaient assez fous pour remettre en question cette vérité scientifique acceptée.

 

Mais le récit a changé en mai 2021, lorsque l'administration Biden a demandé (à juste titre, à mon avis) une enquête plus approfondie sur les origines du virus. Les principaux médias ont dû modifier les titres de leurs articles sur les fuites d'un laboratoire et Facebook a soudainement décidé que les utilisateurs pouvaient discuter librement de cette idée. Cette volte-face est d'autant plus regrettable qu'il a été récemment prouvé que le gouvernement américain a effectivement financé des recherches sur les coronavirus de la chauve-souris à l'Institut de Virologie de Wuhan.

 

Nous ne savons toujours pas d'où vient le SARS-CoV-2, mais le fait est là : de nombreux journalistes, à l'instar de certains membres de la communauté scientifique, ont tiré une conclusion prématurée avant que les preuves ne fussent réunies. Pire encore, ils ont clairement laissé la politique gouvernementale dicter les limites de l'opinion acceptable. C'est une erreur grave dans n'importe quel contexte, mais c'est particulièrement dérangeant à la lumière du mépris bien documenté du public pour les médias américains.

 

 

Nuance ? Qu'est-ce que la nuance ?

 

Les reportages scientifiques manquent souvent de nuance. En accord avec notre culture politisée, les médias aiment identifier les individus et les organisations comme des héros ou des méchants, les produits chimiques comme dangereux ou sûrs, et certains points de vue comme bons ou mauvais. Par exemple, le masque est une bonne chose, les obligations de porter un masque sont encore meilleures et, encore une fois, seuls les « politiciens anti-science » sont assez effrontés pour prétendre le contraire, comme l'a prétendu Scientific American en septembre 2021.

 

La vérité est cependant plus compliquée. Le port du masque, bien qu'important dans certains contextes, a de sérieuses limites et des publications comme SciAm ont fait tout ce qu'elles pouvaient pour les minimiser. Les vaccinosceptiques ont le même point de vue absolutiste sur les vaccins contre la Covid : Pfizer a payé des milliards de dollars d'amendes pour s'être livré à des pratiques commerciales douteuses... par conséquent, vous ne devriez pas vous faire vacciner contre la Covid, selon leur raisonnement.

 

Dans aucun des deux exemples, la certitude n'est justifiée. Le fait de souligner les limites du port du masque ne vous rend pas « anti-science », et le vaccin de Pfizer n'est pas non plus dangereux en raison du passé indéniablement trouble de la société. Toutes les interventions médicales ont des limites, y compris le port du masque. Les sociétés pharmaceutiques peuvent développer des médicaments qui sauvent des vies et s'engager parfois dans des pratiques commerciales douteuses. Le public serait mieux servi par une classe médiatique capable de tolérer ce genre de nuance.

 

 

Les pom-pom girls de la censure

 

De nombreux journalistes ont exprimé leur soutien enthousiaste à la censure en ligne pendant la pandémie. Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet, mais le point le plus important pour l'instant est que, inévitablement,les restrictions d'expression visant les « super diffuseurs de désinformation » réduisent aussi au silence des voix scientifiques fiables. Cela empêche souvent les experts de contrecarrer les absurdités qui prolifèrent sur Internet. Nous sommes à l'aube d'un précédent très dangereux. Espérons que la campagne pour la censure des réseaux sociaux perdra de son élan au cours de l'année à venir.

 

 

Conclusion

 

Les médias proposent souvent des récits simplistes sur des sujets très complexes. C'est gênant parce que cela fausse la compréhension de ces questions par le public, mais surtout aussi parce que cela fausse la façon dont les gens abordent les questions scientifiques de manière plus générale. Les organes d'information qui déforment les preuves pour répondre à un agenda donnent à tous les autres l'excuse parfaite pour faire de même.

 

Si nous voulons que la population ait des connaissances scientifiques de base et qu'elle vérifie systématiquement ses croyances par rapport aux faits, nous, les médias scientifiques, devons mettre en pratique ce que nous prêchons.

 

______________

 

Cameron English, directeur de Bioscience

 

Cameron English est auteur, éditeur et co-animateur du podcast Science Facts and Fallacies. Avant de rejoindre l'ACSH, il était rédacteur en chef du Genetic Literacy Project.

 

Source : 4 Awful Science Journalism Trends That Should Die in 2022 | American Council on Science and Health (acsh.org)

 

 

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H
A lire cet article https://seppi.over-blog.com/2022/01/l-entourloupe-des-pisseurs-de-glyphosate-devient-un-article-scientifique.html l'année commence très mal pour les publications dites scientifiques.
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