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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

OGM et colonialisme : l'humoriste britannique Russell Brand met en garde contre la mainmise des milliardaires sur l'approvisionnement alimentaire mondial.

15 Janvier 2022 Publié dans #Divers

OGM et colonialisme : l'humoriste britannique Russell Brand met en garde contre la mainmise des milliardaires sur l'approvisionnement alimentaire mondial

 

Voici ce qu'il a mal compris

 

Cameron English*

 

 

Image : Eva Rinaldi, via Wikimedia Commons

 

[Ma note : Le titre donne le contexte. Ce qui importe, c'est le fond.]

 

« Pourquoi Bill Gates achète-t-il des terres amérindiennes volées ? » a demandé l'humoriste et acteur britannique Russell Brand dans une récente vidéo sur YouTube. S'appuyant largement sur la militante anti-OGM Vandana Shiva, Russel Brand a passé près de 17 minutes à mettre en garde contre les dangers de la mainmise des milliardaires sur le système alimentaire mondial. Voici ce qu'il a mal compris.

 

 

Russell Brand est un comédien de génie. J'aime particulièrement son personnage dans le film « Forgetting Sarah Marshall », une rock star égocentrique nommée Aldous Snow qui écrit des ballades pleines de clichés pour sauver la planète.

 

Récemment, il semble que Russel Brand ait adopté certaines des préoccupations environnementales et économiques de son personnage à l'écran. Selon une vidéo YouTube du 18 avril 2021, il est particulièrement inquiet des efforts de Bill Gates pour promouvoir l'agriculture durable comme moyen de lutter contre le changement climatique. Il s'inquiète en particulier du fait que Bill Gates et d'autres milliardaires achètent de grandes quantités de terres agricoles aux États-Unis et dépensent des ressources considérables en lobbying pour soutenir des technologies telles que les cultures génétiquement modifiées.

 

Selon l'humoriste, ces efforts s'inscrivent dans le cadre d'une résurgence plus large du colonialisme occidental, qui repose en partie sur l'agriculture industrielle, laquelle détruit la biodiversité et monopolise l'approvisionnement alimentaire mondial. La « grande réinitialisation » du Forum Économique Mondial est le dernier exemple en date de ce projet en action.

 

 

Il n'y a certainement rien de mal à critiquer les milliardaires et les grandes entreprises lorsqu'ils agissent de manière contraire à l'éthique. Mais Russel Brand n'a pas d'arguments convaincants dans ce cas, en grande partie parce que ses récriminations proviennent du Guardian, un journal britannique dont l'intérêt pour l'exactitude scientifique est à géométrie variable, et de Vandana Shiva, l'une des plus grandes militantes anti-OGM du monde, pour qui l'exactitude scientifique est le cadet des soucis.

 

 

L'accaparement des terres par les milliardaires

 

Alors, pourquoi Bill Gates achète-t-il autant de terres agricoles, et devons-nous nous inquiéter ? En un mot, non. Le milliardaire de la technologie a annoncé en mars que l'acquisition était liée à la recherche sur les semences et au développement des biocarburants. « Le secteur de l'agriculture est important », a déclaré Bill Gates. « Avec des semences plus productives, nous pouvons éviter la déforestation et aider l'Afrique à faire face aux difficultés climatiques auxquelles elle est déjà confrontée. Il n'est pas clair à quel point les biocarburants peuvent être bon marché, mais s'ils le sont, cela peut résoudre les émissions de l'aviation et des camions. »

 

Il a tout à fait raison en ce qui concerne la productivité des semences ; les cultures à haut rendement permettent de produire plus de nourriture par hectare, ce qui réduit notre besoin d'étendre les terres agricoles et protège ainsi la biodiversité. Les avantages des biocarburants sont beaucoup moins évidents. Certains experts ont fait remarquer que leur production nécessite de grandes quantités de combustibles fossiles et des terres cultivées supplémentaires. Elle fait également grimper le coût des aliments pour animaux, ce qui entraîne une hausse des prix de la viande et du lait pour les consommateurs.

 

Il se peut que la poursuite du développement des biocarburants pour lutter contre le changement climatique ne vaille pas la peine d'en supporter le coût élevé. Mais même si Bill Gates se trompe sur les biocarburants, son achat de terres n'est pas si alarmant que cela. Le fait est que le remembrement des terres se poursuit depuis des siècles et s'explique facilement par l'économie.

 

Au fur et à mesure que les sociétés s'industrialisent et s'enrichissent, de nombreuses personnes trouvent la perspective d'une vie à la ferme moins attrayante. Elles s'installent dans les villes pour travailler dans le secteur manufacturier ou dans le secteur des services et profitent des commodités offertes par leur nouvel environnement. Les agriculteurs qui restent sur place achètent les terres vacantes et les cultivent. Au fil du temps, ils utilisent les nouvelles technologies pour travailler plus efficacement et – boum ! – nous obtenons l'agriculture moderne et industrielle. À propos, 97 % des exploitations agricoles sont encore des exploitations familiales, représentant 87 % des terres agricoles américaines.

 

 

OGM et colonialisme

 

Russel Brand a peut-être trouvé nouvelle l'analyse de Vandana Shiva sur les cultures GM et le colonialisme, mais elle date maintenant de plusieurs décennies et reste sans fondement. L'argument est le suivant : les grandes entreprises semencières financent la recherche dans les pays en développement afin d'obtenir le soutien des scientifiques locaux. Elles promettent des rendements plus élevés et d'autres avantages en termes de durabilité pour rendre les agriculteurs « accros ». Cela confère à ces entreprises une influence indue sur la production alimentaire, car elles disposent désormais d'une clientèle garantie, à savoir les agriculteurs qui doivent acheter leurs semences, et d'alliés universitaires, à savoir les scientifiques qui dépendent d'elles pour le financement de la recherche. Tout mouvement visant à restaurer le contrôle local a peu de chance de résister au lobbying puissant de ces mastodontes colonisateurs.

 

C'est une belle histoire de David contre Goliath, mais elle ne correspond pas à certains faits facilement vérifiables. Comme je l'ai écrit dans un article récent pour le Genetic Literacy Project :

 

« Peu importe que les agriculteurs du monde entier aient exprimé leur désir de cultiver des plantes biotechnologiques, et que certains d'entre eux soient même prêts à enfreindre la loi pour les acquérir. Ignorez également le fait que des scientifiques du monde en développement ont conçu des cultures biotechnologiques pour aider les agriculteurs de leur propre pays – comme au Bangladesh où le brinjal (aubergine) Bt résistant à des insectes a été distribué à peu de frais, voire gratuitement, aux agriculteurs pauvres. »

 

L'une des raisons pour lesquelles les agriculteurs de nombreux pays en développement ne peuvent pas obtenir ces semences améliorées est que des militants comme Shiva et leurs bailleurs de fonds milliardaires font pression pour les empêcher d'en obtenir, un effort parfois appelé « néo-colonialisme vert ». Cela peut surprendre Russell Brand, mais de nombreux habitants de ces pays ne sont pas enchantés à l'idée que les parasites détruisent leurs récoltes parce qu'on leur refuse les outils modernes qui pourraient les aider.

 

Russell Brand me semble être un homme réfléchi qui essaie d'utiliser sa célébrité pour faire le bien dans le monde. En outre, il n'a pas tort d'exprimer son scepticisme à l'égard de la Grande Réinitialisation, dont le Forum Économique Mondial reconnaît ouvertement qu'elle vise à transformer l'économie mondiale. Mais il existe des moyens réfléchis de critiquer l'influence des entreprises dans le monde sans promouvoir des idées fausses et nuisibles [1]. Russel Brand, il me semble, n'a pas trouvé comment faire l'un sans l'autre.

 

______________

 

[1] Michael Rectenwald, ancien professeur d'études libérales à l'Université de New York, a écrit une série d'articles critiquant la Grande Réinitialisation d'un point de vue libertarien.

 

Cameron English, directeur de Bioscience

 

Cameron English est auteur, éditeur et co-animateur du podcast Science Facts and Fallacies. Avant de rejoindre l'ACSH, il était rédacteur en chef du Genetic Literacy Project.

 

Source : GMOs And Colonialism: Billionaires Taking Over The Global Food Supply, Comedian Russell Brand Warns | American Council on Science and Health (acsh.org)

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H
Contrairement à ce que certains esprits "simplement anticapitalistes" pensent, priver les agriculteurs de semences performantes ne pénalise aucunement les puissantes entreprises semencières. C'est même exactement l'inverse qui s'est produit suite à l'interdiction des semences enrobées de néonicotinoïdes. <br /> D'une part, les pays de l'est ont davantage acheté aux semenciers prévoyant la baisse des rendements en Europe de l'ouest. D'autre part les paysans européens constatant l'échec d'un premier semis ont souvent racheté des semences pour lancer un second semis s'il était encore temps dans la saison. <br /> Les interdictions et limitations en matière de semences performantes sont un Bingo pour les semenciers dont les chiffres d'affaire sont en nette augmentation ces dernières années. <br /> Ceux qui payent les pots cassés de ces délires sont les agriculteurs. Et à terme ce sont les consommateurs et les plus pauvres en premier.
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T
Ces ONG ecolo sont criminelles ,qui préfèrent laisser mourir de faim ou de maladies des millions d'hommes.<br /> Elles devraient être jugées pour crime contre l'humanité .
Répondre
M
Bonjour, les ONG vivent sur le malheur de certaines populations; c'est leur gagne pain avec les dons et l'argent des états; si ces populations deviennent moins pauvre, c'est leur existence qui est menacée !