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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le Nigeria a besoin de la biotechnologie pour faire face aux effets du changement climatique sur l'agriculture, selon des scientifiques ouest-africains

4 Janvier 2022 Publié dans #Afrique, #OGM, #NGT

Le Nigeria a besoin de la biotechnologie pour faire face aux effets du changement climatique sur l'agriculture, selon des scientifiques ouest-africains

 

Joan Conrow*

 

Image : Un champ ravagé par la sécheresse au Nigeria. Photo : Shutterstock : Paul shuang

 

 

La biotechnologie agricole aidera le Nigeria à répondre aux problèmes liés au changement climatique et à soutenir la sécurité alimentaire, affirme une nouvelle étude réalisée par des chercheurs ouest-africains.

 

« Les preuves du changement climatique sur l'agriculture au Nigéria ont été établies depuis et l'augmentation de la chaleur atmosphérique, l'irrégularité des précipitations, l'émergence de parasites, les maladies [des cultures] et leur effet négatif sur la productivité agricole sont flagrants », écrivent les auteurs dans le Handbook of Climate Change Management de novembre 2021. « Ce scénario constitue une menace sérieuse pour la sécurité alimentaire au Nigeria et appelle à l'adoption de biotechnologies innovantes pour créer des cultures résilientes avec une meilleure adaptation aux stress environnementaux occasionnés par le changement climatique croissant. »

 

Alors que la production agricole est extrêmement vulnérable aux impacts du changement climatique, les températures moyennes plus élevées et les saisons de végétation plus longues résultant du réchauffement climatique pourraient favoriser l'agriculture dans les régions où les températures sont déjà basses, comme l'Amérique du Nord, l'Europe et l'Asie, écrivent les auteurs. Mais la production dans les régions déjà chaudes, comme l'Afrique, pourrait subir des baisses de productivité plus importantes, car les températures plus élevées entraînent des périodes de chaleur excessive plus longues, ce qui raccourcit la saison de végétation et réduit finalement les rendements des cultures.

 

En outre, les recherches et les prévisions météorologiques mondiales de 2010 affirment que le changement climatique réduira la production agricole mondiale de 6 % d'ici 2080 – un chiffre qui pourrait atteindre 30 % ou plus dans les régions chaudes comme l'Afrique et l'Inde, écrivent les auteurs, qui sont affiliés à l'université d'État d'Ebonyi au Nigeria et à l'Institut Boyce Thompson (BTI) de l'Université Cornell. (Avertissement : l'Alliance pour la Science est hébergée au BTI).

 

Les agriculteurs africains qui ont peu ou pas d'accès aux installations d'irrigation seront les plus durement touchés, écrivent-ils. « Par conséquent, les agriculteurs de ces régions ont grandement besoin de pratiques et de technologies innovantes qui améliorent la production agricole dans le cadre des scénarios de changement climatique actuels. Les biotechnologies actuelles ont offert des possibilités illimitées d'améliorer les cultures grâce à leur capacité à extraire les gènes des caractéristiques souhaitées d'espèces très éloignées. » [Ma note : « ...illimitées » est bien présomptueux.]

 

Les biotechnologies agricoles ont permis de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) qui contribuent au changement climatique et de développer des cultivars capables de tolérer la chaleur, le froid, la sécheresse, la submersion et le stress de la salinité, ainsi que les parasites et les maladies, écrivent les auteurs.

 

Cependant, une évaluation des effets du changement climatique sur l'agriculture, des causes anthropogéniques du changement climatique et des biotechnologies actuellement employées pour l'atténuation du changement climatique et l'adaptation à celui-ci au Nigéria « a mis en évidence la très faible capacité du pays à faire face aux problèmes du changement climatique en utilisant des approches biotechnologiques », concluent les auteurs.

 

« Au Nigeria, seul l'IITA [Institut International d'Agriculture Tropicale] dispose de la capacité technique nécessaire à l'approche du génie génétique des cultures », notent-ils.

 

Les chercheurs nigérians ont mis au point deux cultures biotechnologiques pour aider les agriculteurs à relever ces défis : le cotonnier et le niébé résistants à des insectes (Bt). Tous deux ont été approuvés pour une utilisation commerciale. Deux autres cultures génétiquement modifiées – le sorgho bio-fortifié d'Afrique et le riz efficace en azote et en eau et tolérant au sel (NEWEST) – sont à différents stades des essais en plein champ et en milieu confiné.

 

« Malgré les nombreuses organisations qui devraient être impliquées dans le développement, l'adoption, la promotion et la réglementation de la biotechnologie agricole au Nigeria, un examen complet récent de l'état actuel de la biotechnologie agricole au Nigeria a montré que le taux de développement, d'adoption et de mise en œuvre de la biotechnologie agricole au Nigeria est encore à un faible niveau », affirment les auteurs. « En particulier, la recherche et le déploiement de la technologie transgénique sont encore à un stade embryonnaire dans le pays le plus peuplé d'Afrique [...] La lenteur du développement et du déploiement de la biotechnologie agricole dans le pays est sans équivoque due à des problèmes éthiques, socio-économiques et politiques, ainsi qu'à une mauvaise connaissance des technologies. »

 

Les auteurs mettent en garde contre le fait que « la dépendance totale à l'égard des méthodes de sélection conventionnelles pour développer des variétés de cultures résistantes et respectueuses du climat, sans intégrer les techniques biotechnologiques plus efficaces, modernes, avancées, précises et fiables, privera à long terme la population en expansion rapide de l'accès à une alimentation adéquate et menacera la sécurité alimentaire et le développement économique ».

 

Le changement d'affectation des terres et la foresterie (LUCF) et le secteur de l'énergie ont représenté jusqu'à 70 pour cent des émissions de GES du Nigeria en 2014. L'agriculture y contribue à hauteur d'environ 13 pour cent, en grande partie du fait de l'élevage et de la culture du riz. Au Nigeria, les agriculteurs utilisent chaque année de grandes quantités d'engrais de synthèse (azote) pour augmenter le rendement des cultures, notamment du riz, ce qui entraîne une forte émission de N2O par ce secteur, écrivent les auteurs.

 

Le secteur agricole nigérian produit beaucoup plus d'émissions de GES que celui des pays développés en raison de l'utilisation de pratiques agricoles traditionnelles et d'une dépendance excessive à l'égard de l'agriculture, notent les auteurs.

 

Le changement climatique a déjà déclenché des scénarios de sécheresse et d'inondation qui ont eu un impact négatif sur la production agricole dans diverses régions du Nigeria, écrivent les auteurs. La diminution des précipitations dans certains États du nord en 2010 a réduit la production de millet, de sorgho et de niébé d'environ 10 %. D'autres États du nord, qui ne connaissent pas normalement de fortes précipitations, ont connu des inondations qui ont réduit la production de riz jusqu'à 50 %.

 

Les fluctuations de la température et des précipitations sont également associées à une augmentation des maladies des plantes et de la pression exercée par les insectes nuisibles, ce qui réduit encore la production et rend l'agriculture de plus en plus difficile. « Les pertes de rendement des cultures induites par le changement climatique obligent les agriculteurs actuels et potentiels du Nigeria à abandonner l'agriculture pour des activités non agricoles », préviennent les auteurs.

 

« Les effets du changement climatique sur la productivité agricole d'une région ne dépendant pas seulement de l'évolution des conditions climatiques, mais plus encore de la capacité d'adaptation de la région, le Nigéria risque fort de subir les effets néfastes du changement climatique si les technologies et les stratégies d'adaptation et d'atténuation efficaces font toujours cruellement défaut », préviennent les auteurs.

 

« Toutefois, avec le paysage biotechnologique émergent au Nigeria, l'exploitation d'approches biotechnologiques innovantes pour une réponse efficace au changement climatique est essentielle, mais nécessiterait des efforts concertés et l'engagement de toutes les parties prenantes, y compris les décideurs politiques, les scientifiques et les agriculteurs. »

 

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* Source : Nigeria needs biotechnology to weather climate change impacts on farming, say West African scientists - Alliance for Science (cornell.edu)

 

 

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H
C'est d'abord et surtout en raison d'une démographie totalement délirante que le Nigéria doit se battre pour nourrir sa population. 1960 : 45 millions d'habitants, 1980 : 73 millions, 2000 : 122 millions, 2020 : 206 millions. Et on peut lister de la même manière tous les pays d'Afrique et les pays du sous continent Indien. Le vrai désastre planétaire qui est la source de tous les autres problèmes, climat notamment, le voilà.
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