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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La technologie résout le problème du brûlage des chaumes en Inde

9 Janvier 2022 Publié dans #Inde, #Agronomie

La technologie résout le problème du brûlage des chaumes en Inde

 

Malwinder Singh Malhi*

 

 

 

 

L'Inde cherche son souffle et les agriculteurs sont injustement blâmés.

 

L'Associated Press a récemment brossé un tableau du problème à New Delhi : « Le ciel est obscurci par un épais smog gris. Les monuments et les gratte-ciel sont cachés par une couche de brume. Les gens ont du mal à respirer. »

 

La qualité de l'air dans notre capitale est si mauvaise que le gouvernement a ordonné la fermeture des écoles et des chantiers de construction. Les employés des bureaux publics ont été priés de rester chez eux. Des fermetures plus sévères pourraient arriver bientôt.

 

La cause de cette mauvaise qualité de l'air, selon de nombreux articles de presse, est l'agriculture – et en particulier, la pratique des agriculteurs qui mettent le feu aux chaumes de leurs cultures.

 

« Une minorité bruyante de riches agriculteurs d'un seul État brûle les poumons du nord de l'Inde », se plaint un chroniqueur de journal.

 

Cette façon de blâmer les agriculteurs est devenue incontrôlable – et beaucoup de gens commencent à le remarquer. « C'est devenu une mode de dénigrer les agriculteurs », a déclaré M. Surya Kant, juge à la Cour Suprême de l'Inde.

 

Il est temps de rétablir la vérité sur les agriculteurs indiens et le brûlage des chaumes. Nous devons aller au-delà des accusations et proposer des solutions constructives.

 

Je suis un agriculteur de troisième génération au Pendjab, où je produis du riz, du blé, des pommes de terre et d'autres cultures. Comme tant d'habitants du nord de l'Inde, nous souffrons de la mauvaise qualité de l'air dans mon État.

 

Malwinder Singh Malhi tient une poignée de paille de blé.

 

Je ne brûle pas le chaume, mais je comprends pourquoi de nombreux agriculteurs le font. Le temps entre la récolte du riz et le semis du blé est court. Les agriculteurs doivent passer rapidement d'une culture à l'autre. L'un des moyens les plus rapides et les plus efficaces de préparer une rizière pour un semis de blé est de brûler les résidus de la récolte de riz.

 

Lorsque de nombreux agriculteurs font cela en même temps, leurs feux nuisent à la qualité de l'air. Cela se produit chaque année, et chaque année, les gens se plaignent des agriculteurs.

 

J'admets volontiers que le brûlage des chaumes est un problème. Mais nous devons garder les choses en perspective afin de trouver des solutions constructives et efficaces à la mauvaise qualité de l'air en Inde.

 

Il s'avère que le brûlage des chaumes n'est responsable que de 4 % de la pollution atmosphérique de New Delhi. Lorsque ce fait est apparu récemment dans une déclaration sous serment à la Cour Suprême, le juge D.Y. Chandrachud a réagi avec surprise : « Le chat est sorti du sac », a-t-il déclaré. « Nous visons quelque chose qui est totalement insignifiant. »

 

Les plus gros pollueurs n'ont rien à voir avec l'agriculture. Les cheminées d'usines, les générateurs d'électricité et les pots d'échappement des véhicules produisent la grande majorité du smog indien. Même les pétards jouent un rôle. Les allumer est un passe-temps populaire à New Delhi.

 

Les agriculteurs sont devenus une cible facile. Les critiques les visent, nous détournent du vrai problème et nous empêchent de réfléchir aux solutions possibles.

 

Il est insensé d'espérer que le brûlage des chaumes disparaisse sans se concentrer sur les options que les agriculteurs peuvent utiliser. Le gouvernement, les agriculteurs et les universités ont la possibilité de travailler ensemble pour fournir des informations qui favoriseront l'adoption de nouvelles technologies susceptibles d'aider les agriculteurs à abandonner cette méthode.

 

Plutôt que de crier sur les agriculteurs qui brûlent les chaumes, nous devrions les persuader d'envisager des alternatives, afin qu'ils puissent réduire leur contribution de 4 % au dilemme de la qualité de l'air en Inde.

 

Les agriculteurs entreprenants peuvent transformer les chaumes en aliments pour le bétail, en énergie de biomasse, en compost, en matériau d'emballage, en combustible, en papier, etc. Dans les zones rurales, ils peuvent devenir un matériau de couverture. Ils peuvent même être utilisé pour la culture des champignons.

 

Les agriculteurs peuvent également adopter une technique de semis direct que j'utilise dans ma ferme depuis plusieurs années. Au lieu de repiquer les plants de la pépinière, nous établissons notre culture de riz à partir de graines semées directement dans le champ. Avec un tracteur, nous semons les graines directement dans le sol.

 

Une rangée de Happy Seeders.

 

Lorsque le riz est prêt à être récolté, nous utilisons un outil appelé « Happy Seeder » qui soulève et coupe la paille de riz et sème les grains de blé en même temps. La paille coupée devient un paillis qui non seulement aide le blé à pousser mais protège les qualités organiques du sol, comme les micro-organismes et les insectes utiles qui maintiennent la fertilité de nos champs et repoussent les nuisibles.

 

Nous n'avons pas besoin de brûler quoi que ce soit.

 

Les avantages de l'adoption de cette technologie sont nombreux. Nous gagnons du temps. Nous économisons du carburant et des coûts de main-d'œuvre. Le processus nous aide à contrôler les mauvaises herbes. Lorsque le chaume est brûlé, des éléments nutritifs importants sont perdus pour le sol. Avec le Happy Seeder, nous sommes en mesure de conserver ces nutriments au profit de la prochaine culture.

 

Voilà la voie à suivre pour l'Inde et ses agriculteurs : l'encouragement et l'innovation, plutôt que la rancœur et les restrictions.

 

J'attends avec impatience le jour où les Indiens pourront profiter d'un air plus pur – et aussi le jour où nous considérerons les agriculteurs comme des partenaires qui ont intérêt à nous aider à résoudre les problèmes.

 

____________

 

Malwinder Singh Malhi, agriculteur, État du Punjab, Inde

 

Un agriculteur de troisième génération qui produit du riz, du blé, des pommes de terre, des pois et des cultures fourragères d'avoine, de ray-grass et de moutarde sur sa ferme familiale de 10 hectares dans l'État du Pendjab.

 

Source : Technology Solves India’s Stubble Burning Problem – Global Farmer Network

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