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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La Russie veut produire des céréales dans l'Arctique et approvisionner le monde entier

16 Janvier 2022 Publié dans #Agronomie, #Economie, #Politique

La Russie veut produire des céréales dans l'Arctique et approvisionner le monde entier

 

Olaf Zinke, AGRARHEUTE*

 

 

© stock.adobe.com/arhSib

La Russie pourrait être la gagnante du changement climatique. Des régions de l'Arctique jusqu'ici soumises à un gel permanent pourraient devenir des zones de culture du blé. La Russie est déjà le plus grand exportateur de blé. Les Russes approvisionneront alors la moitié du monde.

 

 

La Russie est déjà le plus grand exportateur de blé au monde. Mais le changement climatique pourrait encore renforcer la position des Russes sur le marché des céréales.

 

 

© stock.adobe.com/arhSib

Les Russes cultivent déjà du blé sur environ 28 à 29 millions d'hectares. C'est une surface plus importante que celle dont dispose l'ensemble de l'Union Européenne avec ses 24 millions d'hectares.

 

Les régions de l'Extrême-Orient et de l'Arctique qui étaient jusqu'à présent soumises à un gel permanent pourraient devenir des zones de culture du blé et d'autres céréales. Cela renforcerait considérablement la position de la Russie en tant que principal fournisseur de céréales pour une population mondiale toujours croissante.

 

D'autres exportateurs importants comme les États-Unis, l'Europe ou encore l'Australie et l'Amérique du Sud pourraient perdre beaucoup de terrain dans le classement des grands exportateurs de céréales. Du moins si l'on prend au sérieux les prévisions climatiques et leurs conséquences sur la production de céréales et d'autres cultures agricoles. On y prévoit en effet des périodes de chaleur plus longues, davantage de sécheresses et de fortes précipitations.

 

La FAO estime que les températures dans les principales régions de production augmenteront de 1,8 degré au cours de la prochaine décennie et même de 3,9 degrés d'ici 2050. Lors du Forum de l'Arctique de 2019, un événement qui réunit les pays riverains de l'Arctique, la communauté scientifique et les organisations internationales, le président russe Vladimir Poutine a déclaré : « L'Arctique nous pose d'énormes défis. Nous ne pourrons y répondre avec succès que si nous le faisons ensemble. L'un des défis sera de trouver un équilibre entre le développement économique et la préservation de l'environnement arctique. »

 

Michael Paul, expert auprès de la Stiftung Wissenschaft und Politik (Fondation Science et Politique) à Berlin, a déclaré au Deutschlandfunk à propos des ambitions russes : « Certains parlent de jusqu'à 20 pour cent que l'Arctique rapporterait au produit national brut russe. »

 

 

La Russie approvisionne déjà la moitié du monde en céréales

 

© stock.adobe.com/Vera Tichonowa

Près de 60 pour cent de la surface de blé russe – soit 15 à 17 millions d'hectares – est toutefois consacrée au blé de printemps. En raison des conditions climatiques, celui-ci est surtout cultivé en Extrême-Orient et dans les régions russes les plus froides.

 

Les Russes cultivent déjà du blé sur environ 28 à 29 millions d'hectares. C'est une surface plus importante que celle dont dispose l'ensemble de l'Union Européenne, qui est de 24 millions d'hectares. Près de 60 pour cent de la surface de blé russe – soit environ 15 à 17 millions d'hectares – est consacrée au blé de printemps. En raison des conditions climatiques, celui-ci est surtout cultivé en Extrême-Orient et dans les régions russes les plus froides.

 

C'est tout à fait similaire à ce qui se passe au Canada, où les provinces des Prairies, comparables à l'Extrême-Orient sur le plan climatique, cultivent surtout du blé de printemps riche en protéines. Toutefois, seuls 9 à 10 millions d'hectares y sont consacrés à la culture de la principale céréale d'exportation canadienne.

 

Les prévisions pour l'Arctique russe et l'Extrême-Orient, où le permafrost régnait jusqu'à présent sur les sols, offrent un énorme potentiel pour l'expansion de la production de blé. En outre, les périodes de végétation dans les autres régions froides de Russie devraient également s'allonger et le potentiel de rendement des cultures de céréales devrait également augmenter.

 

Il y a un an, le New York Times a écrit un grand article intitulé « Comment la Russie gagne avec la crise climatique ». On pouvait y lire que le plus grand pays du monde en termes de superficie est le mieux placé au niveau mondial pour tirer profit du réchauffement, car beaucoup plus de terres deviennent utilisables pour la culture de céréales.

 

Outre l'amélioration des conditions de culture, la Russie bénéficie également de la croissance continue de la demande mondiale. Au vu de l'évolution actuelle de la population mondiale, le Conseil International des Céréales (CIC) s'attend à une augmentation continue des besoins et de la consommation de céréales de un à deux pour cent par an au cours des prochaines décennies. Au cours des dernières années, la croissance de la consommation de blé a été nettement plus élevée. En 2019/20, elle a même atteint près de 6% !

 

Selon les estimations du Département Américain de l'Agriculture (USDA), les Russes devraient exporter cette année entre 35 et 36 millions de tonnes de blé, malgré les droits de douane et les restrictions à l'exportation en vigueur. Lors de l'année record 2017/18, ils avaient même exporté 41 millions de tonnes. Cela représente entre 17 et 21 pour cent des exportations mondiales. Personne ne peut vraiment rivaliser. Ce n'est que dans les bonnes années que les 27 pays de l'UE parviennent à exporter une quantité aussi importante.

 

 

Une période dorée : les exportations agricoles deviennent aussi importantes que le pétrole et le gaz

 

© stock.adobe.com/Anton Doronin

La FAO s'attend également à ce que la Russie puisse encore augmenter considérablement sa production et ses rendements céréaliers. Ces dernières années, la récolte de blé russe a oscillé entre 75 et 85 millions de tonnes. Près de la moitié de cette quantité est exportée.

 

 

Au vu de cette évolution, une période dorée pourrait s'ouvrir pour les exportateurs de céréales russes. Les exportations de céréales et d'autres produits agricoles pourraient être aussi importantes pour la Russie d'ici une décennie que le sont aujourd'hui les exportations de pétrole et de gaz, déclarait déjà en 2017 le ministre russe de l'agriculture de l'époque, Alexander Tkachev.

 

La FAO s'attend également à ce que la Russie puisse encore nettement augmenter sa production et ses rendements céréaliers. Les facteurs sont, outre l'énorme expansion potentielle des cultures dans l'Arctique et l'Extrême-Orient, l'utilisation accrue d'engrais minéraux, dont la Russie est elle-même un grand producteur et exportateur, mais aussi l'utilisation de nouvelles techniques modernes, l'amélioration des infrastructures de transport et bien sûr l'utilisation de nouvelles variétés de céréales.

 

Dernièrement, les rendements du blé d'hiver n'étaient que de 35 quintaux/hectare et ceux du blé de printemps de 18 quintaux/hectare. Il y a donc encore beaucoup de marge de progression. Ces dernières années, la récolte de blé russe a oscillé entre 75 et 85 millions de tonnes. Près de la moitié de cette quantité a été exportée.

 

Dans l'Union Européenne, les rendements en blé ont été en moyenne de 58 quintaux/hectare l'année dernière, et l'Ukraine a également récolté 40 à 45 quintaux/hectare. En revanche, la production aux États-Unis est également très extensive par rapport à l'Europe et on n'y récolte que 30 à 35 quintaux/hectare, soit autant (aussi peu) qu'en Russie pour le blé d'hiver ; le Canada n'atteint lui aussi que 35 quintaux/hectare.

 

Dans son étude, la FAO conclut que la production céréalière de la Russie a jusqu'à présent surtout augmenté grâce à l'extension des surfaces cultivées. Et l'augmentation des surfaces devrait rester l'un des principaux moteurs de la croissance dans le contexte du réchauffement persistant en Extrême-Orient et en Sibérie.

 

En 2020, le président russe Vladimir Poutine a signé la « stratégie nationale pour l'Arctique » de son pays, qui doit s'appliquer jusqu'en 2035. Celle-ci prévoit avant tout l'extraction de matières premières dans la région arctique russe, mais aussi l'expansion de l'agriculture dans une région de plus en plus exploitable sur le plan climatique, technique et agronomique.

 

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* Olaf Zinke travaille pour agrarheute en tant que rédacteur cross-média pour les opérations et les marchés. Il analyse les marchés agricoles et des produits de base nationaux et internationaux depuis trois décennies et a travaillé à ce titre pour diverses institutions.

 

Source : Russland will Getreide in der Arktis ernten und die Welt versorgen | agrarheute.com

 

 

 

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