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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'entourloupe des « pisseurs de glyphosate » devient un article « scientifique » !

14 Janvier 2022 Publié dans #Article scientifique, #Activisme, #critique de l'information, #Glyphosate (Roundup)

L'entourloupe des « pisseurs de glyphosate » devient un article « scientifique » !

 

Gros scandale en vue

 

 

(Source : « BioCheck, un laboratoire aux curieuses analyses »Agriculture et Environnement)

 

 

C'est incroyable ! Ce qu'il convient bien d'appeler une entourloupe – à défaut d'utiliser un terme figurant dans le droit pénal – est devenu un article « scientifique » publié dans Environmental Science and Pollution Research, du groupe Springer.

 

Il s'agit de « Quantifiable urine glyphosate levels detected in 99% of the French population, with higher values in men, in younger people, and in farmers » (teneurs urinaires quantifiables en glyphosate détectées dans 99 % de la population française, avec des valeurs plus élevées chez les hommes, les jeunes et les agriculteurs).

 

 

Le résumé

 

En voici le résumé (découpé pour faciliter la lecture) :

 

« La France est le premier pays consommateur de pesticides en Europe. Le glyphosate est le pesticide le plus utilisé dans le monde et le glyphosate est détecté dans la population générale des pays industrialisés, avec des niveaux plus élevés chez les agriculteurs et les enfants.

 

Peu de données étaient disponibles concernant l'exposition en France. Notre objectif a été de déterminer les niveaux de glyphosate dans la population générale française et de rechercher une association avec les saisons, les caractéristiques biologiques, le mode de vie, les habitudes alimentaires et l'exposition professionnelle.

 

Cette étude inclut 6.848 participants recrutés entre 2018 et 2020. Les données associées comprennent l'âge, le sexe, le lieu de résidence, le statut professionnel et les informations sur le régime alimentaire.

 

Le glyphosate a été quantifié par un seul laboratoire dans les échantillons d'urine de la première miction par ELISA.

 

Nos résultats soutiennent une contamination générale de la population française, le glyphosate étant quantifiable dans 99,8 % des échantillons d'urine avec une moyenne de 1,19 ng/ml +/- 0,84 après ajustement à l'indice de masse corporelle (IMC).

 

Nous confirmons des niveaux de glyphosate plus élevés chez les hommes et les enfants. Nos résultats soutiennent la contamination au glyphosate par l'alimentation et l'eau, car des niveaux de glyphosate plus faibles sont associés à une consommation dominante d'aliments biologiques et d'eau filtrée.

 

Une exposition professionnelle plus élevée est confirmée chez les agriculteurs et les exploitants travaillant dans un environnement viticole.

 

Ainsi, nos résultats actuels montrent une contamination générale de la population française par le glyphosate, et contribuent à la description d'une contamination généralisée dans les pays industrialisés. »

 

 

Les auteurs

 

Les auteurs en sont :

 

  • Daniel Grau, Nicole Grau, Quentin Gascuel, Association Campagne Glyphosate, Foix ;

  • Christian Paroissin, Université de Pau et des Pays de l’Adour, CNRS, LMAP, E2S UPPA, Pau ;

  • Cécile Stratonovitch, ARSEAA, Pôle Guidance Infantile, Psychiatrie Infanto-juvénile Secteur III, Labège ;

  • Denis Lairon, Faculté de Médecine de La Timone, Aix Marseille Université, INSERM, INRA, C2VN, Marseille, France ;

  • Damien A. Devault, Centre Universitaire de Formation et de Recherche de Mayotte, Dembeni, Mayotte ;

  • Julie Di Cristofaro, ADES, Aix Marseille University, CNRS, EFS, Marseille 

 

Complément de 14h15 (source)

 

 

Objectif militant

 

Comme indiqué en titre et en introduction – et contrairement à ce que laisse entendre le résumé –, il s'agit d'une exploitation des données recueillies dans le cadre de l'opération « pisseurs de glyphosate » organisée par « Campagne Glyphosate » en soutien des 21 « faucheurs volontaires » de l'Ariège inculpés de « destruction du bien d’autrui en réunion » après avoir investi trois jardineries pour peinturlurer des centaines de bidons de produits phytosanitaires afin de les rendre impropres à la vente.

 

Il s'agissait, avec cette opération de « démontrer » une « contamination » généralisée de la population française par le glyphosate et, par voie de conséquence, une action dans le cadre d'un état de nécessité.

 

 

Des données bidons

 

Sans entrer dans les détails, nous poserons ici qu'il a été démontré que cette opération était foireuse et que, notamment, les « glyphotests » n'étaient pas valides car entachés d'importantes déficiences méthodologiques.

 

Nous avons produit quelques articles sur ce sujet sur ce site. C'est le Point de l'excellente Géraldine Woessner qui a publié l'article au titre le plus explicite – et au contenu évidemment ravageur –, « Preuve à l'appui : les glyphotests sont bidon ! ». En chapô :

 

« Une analyse sous contrôle d'huissier s'est intéressée aux "pisseurs de glyphosate". Sa conclusion : c'est une vaste opération de manipulation de l'opinion. »

 

Et s'il vous faut un article de toxicologue, et non de journaliste, voici, de M. Joël Guillemain, « Présence de glyphosate dans les urines : les faits et leurs interprétations » et « Toxicocinétique et glyphosate ».

 

 

 

 

On ne peut dès lors que s'étonner – fort légitimement – devant la publication d'un article « scientifique » qui repose sur des mesures de glyphosate dans les urines dont les auteurs de l'étude devaient savoir, ou du moins se douter, qu'elles étaient sans valeur biologique.

 

On s'en est même inquiété au Comité de Recherche et d'Information Indépendantes sur le Génie Génétique (CRIIGEN) ! Le non moins excellent Gil Rivière-Wekstein s'est servi de l'information dans Agriculture et Environnement pour écrire : « Campagne Glyphosate savait que la méthode des glyphotests était bancale »

 

 

Pourquoi un article « scientifique » ?

 

Du coup, on doit aussi s'interroger sur l'objectif poursuivi avec cet article « scientifique »

 

Est-ce une manière de clore un dossier devenu embarrassant ? Vous voyez, chers contributeurs d'urine matinale, votre dévouement n'a pas été vain... une étude scientifique, suivie d'une dépêche par un ami complaisant de l'Agence France Presse (AFP) reprise par des amis complaisants de divers médias, et suivi aussi d'une conférence de presse...

 

Libération a fait particulièrement fort : le « Glyphosate: une étude confirme la présence de l’herbicide dans l’urine des Français » comporte en effet en encart un lien vers un débunkage de CheckNews, « Les tests urinaires utilisés par les «pisseurs» de glyphosate sont-ils fiables ? ». Mais que ne ferait-on pas pour diffuser une « information » conforme à la ligne idéologique (c'est en plus une mauvaise nouvelle sur le plan de la santé publique qui ne peut être qu'une bonne nouvelle sur le plan médiatique).

 

Ou est-ce une manière de contribuer à la création d'une « bonne ambiance » en vue de faire capoter la ré-autorisation du glyphosate devant intervenir avant la fin de cette année ?

 

Les deux peut-être...

 

 

Tout se plaide, ou presque...

 

Libération écrit :

 

« La campagne de prélèvements s’est accompagnée de plus de 5 800 plaintes individuelles par les participants sur la base des résultats positifs, notamment pour"mise en danger de la vie d’autrui", regroupées au pôle santé publique du tribunal de Paris, selon "Campagne glyphosate". De son côté, l’avocat accompagnant le collectif, Guillaume Tumerelle, se félicite de cette analyse extérieure par des scientifiques qui "vient faire avancer le dossier". »

 

Une « analyse extérieure » ? De qui se moque-t-on ?

 

Sur les huit auteurs, plus de la moitié sont profondément impliqués dans « Campagne Glyphosate ».

 

 

Nooon ! Il n'y a pas de conflits d'intérêts...

 

Trois se réclament expressément de « Campagne Glyphosate » (sans indiquer leur affiliation professionnelle)... et ne déclarent aucun conflit d'intérêts. Nous connaissons cela d'autres équipes ou auteurs qui se réclamaient par exemple du CRIIGEN, mais cela n'empêche pas d'en questionner le bien-fondé et l'adéquation aux faits.

 

Pour autant que nous ayons pu le constater, deux auteurs, M. Daniel Grau et Mme Cécile Stratonovitch ont témoigné (avec aussi M. Gilles-Éric Séralini) en faveur des « faucheurs volontaires » inculpés.

 

Ainsi, 20 Minutes écrit dans « Ariège : Des peines symboliques requises contre les faucheurs volontaires ayant peint des pesticides en jardineries » :

 

« La pédiatre toulousaine, Cécile Stratonovitch de l’association Alerte des médecins sur les pesticides, a expliqué les dangers de ces produits qui sont incriminés dans "l’augmentation des cas d’autisme, de maladie de Parkinson ou des lymphomes non hodgkiniens" dénonçant "l’inaction des pouvoirs publics". »

 

Vraiment ? L'autisme pour ne citer que cette affection ?

 

Notons que Mme Cécile Stratonovitch a déclaré ce lien associatif.

 

En tout cas, l'article « scientifique » est muet sur l'implication des auteurs dans les procédures judiciaires.

 

De manière similaire, M. Quentin Gascuel est ou était le porte-parole du Collectif FEC (Foix en Commun.e) très impliqué dans les questions de pollution de l'air.

 

 

99,8% de « contamination », c'est surprenant, sans plus...

 

Sud-Ouest – le régional de l'étape en quelque sorte – semble avoir été le premier à reprendre la dépêche de l'AFP avec « Du glyphosate retrouvé dans les urines de nombreux volontaires-plaignants, selon une étude », un titre fort prudent. Il relève :

 

« Mais pour eux sa taille rend l’analyse pertinente, d’autant que "nos résultats confirment la quasi-totalité des autres études internationales", tout en se situant "plutôt dans la partie haute" des niveaux trouvés, relève Denis Lairon, directeur de recherche émérite à l’INSERM et un des auteurs. Il se dit toutefois "surpris de voir une contamination quasi-systématique". »

 

Comment ? La « quasi-totalité » ? Un rapide examen de la littérature citée nous indique qu'on a fait preuve de sélectivité...

 

On notera avec amusement ou grincement de dents, selon le cas, des références à deux articles de M. Stéphane Foucart et un article de M. Stéphane Mandard dans le Monde, et aucune à celui de Mme Géraldine Woessner dans le Point.

 

Et M. Denis Lairon qui se dit surpris ? Faut-il croire qu'un chercheur – de surcroît en nutrition et sans doute doté de quelques connaissances sur la problématique – puisse simplement trouver surprenant un taux de 99,8 % de résultats positifs ?

 

 

Des allégations...

 

Ne citons pas nos références...

 

Nous n'entrerons pas dans le détail de l'étude elle-même... la loi de Brandolini nous amènerait beaucoup trop loin. Mais nous avons été tenté...

 

Et nous avons trouvé des allégations qui, curieusement (ou peut-être pas), ne sont pas étayées par des références. Par exemple :

 

« Nos résultats sont globalement cohérents avec les données de la littérature internationale et montrent une large exposition de la population française aux herbicides à base de glyphosate. Dans l'ensemble, cette exposition semble comparable ou légèrement supérieure à celle mesurée chez les habitants d'autres pays industriels. »

 

 

Ah, l'abeille...

 

En voici une autre qui nous paraît fort suspecte :

 

« Nos résultats concernant une contamination plus élevée au printemps et en été, ainsi qu'un niveau plus élevé trouvé chez les consommateurs d'eau non filtrée, soulèvent également la question de la contamination environnementale, soutenue par la contamination généralisée du miel par le glyphosate (Zoller et al. 2018). »

 

Que vient faire le miel ici, si ce n'est créer une association par la pensée à l'abeille ? Zoller et al. avaient analysé 19 produits du marché suisse. Le miel, avec une concentration médiane de 3 nanogrammes de glyphosate par kilogramme de miel ne se distinguait pas vraiment des autres produits (pour le blé dur, la médiane s'établissait à 139).

 

Ce paragraphe se poursuit avec l'évocation du déclin des insectes et des oiseaux, ainsi que de l'apparition de résistances au glyphosate parmi les mauvaises herbes... Pertinence ?

 

 

Les résultats de Zoller et al.

 

 

Pas de données disponibles ?

 

Il y a aussi :

 

« Il faut noter que nos résultats ne permettent pas d'estimer le niveau réel d'absorption quotidienne de glyphosate dans la population. La pertinence de la mesure du niveau de glyphosate dans l'urine comme une estimation fiable de l'exposition est un problème méthodologique majeur. Jusqu'à récemment, les données n'étaient disponibles qu'à partir d'études sur des animaux de laboratoire, avec des taux d'excrétion d'environ 20 % d'une dose de glyphosate administrée par voie orale (EFSA 2015).

 

Le lien vers l'EFSA est faux (celui que nous donnons ci-dessus est juste).

 

Plus important est le fait que des données sur l'exposition humaine existent, contrairement à ce qu'affirment les auteurs, qui ont ainsi pu « zapper » une vérité dérangeante.

 

Dans « A critical review of glyphosate findings in human urine samples and comparison with the exposure of operators and consumers » (une revue critique des découvertes de glyphosate dans les échantillons d'urine humaine et une comparaison avec l'exposition des opérateurs et des consommateurs), Lars Niemann, Christian Sieke, Rudolf Pfeil et Roland Solecki analysent les résultats de sept études (et « études » produites par des activistes) et trouvent qu'à une exception près, l'exposition est inférieure à une fraction de pourcentage de la dose journalière admissible (ADI selon l'abréviation anglaise) ou du niveau acceptable d'exposition pour l'opérateur (AOEL),

 

 

Les sources et résultats de Niemann et al.

 

 

Et qu'a écrit l'EFSA ?

 

Pour rappel, les auteurs ont écrit :

 

« Jusqu'à récemment, les données n'étaient disponibles qu'à partir d'études sur des animaux de laboratoire, avec des taux d'excrétion d'environ 20 % d'une dose de glyphosate administrée par voie orale. »

 

Voici le texte de l'EFSA censé avoir servi de base à l'allégation ci-dessus :

 

« Le glyphosate est rapidement mais incomplètement absorbé après administration orale (environ 20 % de la dose administrée d'après l'excrétion urinaire après 48 heures et la comparaison du comportement cinétique après administration orale et iv [intra-veineuse], étant principalement éliminé sous forme inchangée par les fèces. Le glyphosate absorbé est faiblement métabolisé, largement distribué dans l'organisme, ne subit pas de circulation entéro-hépatique et est rapidement éliminé ; il ne présente aucun potentiel de bioaccumulation. »

 

 

 

 

Une conclusion militante

 

La conclusion se devait évidemment d'être politique :

 

« En conclusion, nos données contribuent à la description d'une contamination généralisée de la population par le glyphosate dans les pays industrialisés et soulèvent la question de la durabilité de l'utilisation généralisée et répétée du glyphosate. Le glyphosate et les pesticides, en général, sont décrits comme étant nocifs à la fois pour la santé des agriculteurs et pour la biodiversité, avec une contamination environnementale de longue durée. Bien que la production d'aliments biologiques ne cesse d'augmenter en France (Agreste 2020c), le glyphosate est toujours autorisé dans l'agriculture française et européenne et la PAC (Politique agricole commune) récemment adoptée par l'Union Européenne pourrait ne pas être assez forte pour mettre en œuvre et soutenir une transition vers un nouveau modèle agricole (Massot Marti 2020) à la hauteur des défis de l'approvisionnement alimentaire, du revenu des agriculteurs, de la santé et de la biodiversité. »

 

Et vous savez quoi ? À aucun moment les auteurs n'ont abordé la question de la pertinence du point de vue de la santé publique des nanogrammes de glyphosate par millilitre de pipi matinal. Il est vrai que la réponse à cette question se trouve dans leur idéologie et leur objectif politique... Sauf à dire comme nous l'avons vu ci-dessus qu'on manque – ou manquerait – de données.

 

 

(Source)

 

 

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