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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate dans les urines : retour sur les tests bidons

19 Janvier 2022 Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Activisme

Glyphosate dans les urines : retour sur les tests bidons

 

 

(Source du premier)

 

 

Nous avons vu dans « L'entourloupe des "pisseurs de glyphosate" devient un article "scientifique" ! » que les têtes pensantes de Campagne Glyphosate – et, peut-être, quelque idiot utile – ont réussi à faire publier « Quantifiable urine glyphosate levels detected in 99% of the French population, with higher values in men, in younger people, and in farmers » (teneurs urinaires quantifiables en glyphosate détectées dans 99 % de la population française, avec des valeurs plus élevées chez les hommes, les jeunes et les agriculteurs) dans Environmental Science and Pollution Research, du groupe Springer.

 

Cet article, en principe scientifique, ne peut qu'être bidon, à commencer par le fait qu'il repose sur des analyses d'urine bidon, ainsi que cela a été démontré à maintes reprises.

 

Le test ELISA utilisé par Campagne Glyphosate et les mouvances anti-glyphosate de toutes obédiences a notamment été contesté par des analyses comparatives, par rapport à la chromatographie couplée à la spectrométrie de masse, quasi unanimement considérée comme plus fiable. Le résultat est sans appel : le test ELISA produit des faux positifs et le chiffre de 99 % (99,8 % selon le texte) de personnes « contaminées » – déjà invraisemblable en soi – est faux.

 

Nous ajouterons ici une pierre à l'édifice en regardant de plus près les relevés des résultats d'analyse produits par le laboratoire d'analyses.

 

 

Drôle de laboratoire

 

À notre connaissance, beaucoup d'opérations de communication anti-glyphosate européennes – le glyphosate dans le lait maternel (réfutation), le glyphosate dans la bière, le glyphosate dans les urines de parlementaires européens, de « personnalités » (ainsi, dans l'infameux Envoyé spécial de janvier 2019) ou de quidam – font appel à un laboratoire d'analyse allemand, BioCheck ou Bio Check (l'orthographe est fluctuante), dont la maison mère est située à Leipzig.

 

 

 

 

Ce laboratoire a une particularité : il a été fondé, après son départ à la retraite, par Mme Monika Krüger, qui fut en dernier lieu à la tête de l'Institut de Bactériologie et de Mycologie de l'Université de Leipzig et professeure. Mais, plus important encore, c'est une des figures de proue de l'opposition aux OGM et au glyphosate.

 

Ce laboratoire a une autre particularité qui ressort immédiatement de son logo : « Laboratoire de diagnostics vétérinaires et d'hygiène environnementale ».

 

Mais vous – enfin les personnes qui ont recours à ce laboratoire – ne lisez pas l'allemand ? Les images défilantes du site web devraient susciter des interrogations !

 

 

 

 

Allons un peu plus loin : le laboratoire est accrédité auprès de la DakkS, numéro D-PL-19272-01-00. Une annexe fait l'inventaire de toutes les analyses que le laboratoire est habilité à réaliser. Bilan : aucune analyse médicale... et aucune mention du glyphosate !

 

 

 

 

Comment peut-on ?

 

Face à ce constat, il faut s'interroger : comment?!

 

Comment BioCheck a-t-il pu se lancer dans des analyses pour lesquelles il n'est doublement pas accrédité – n'étant pas un laboratoire d'analyses médicales et déployant une analyse pour laquelle il n'est pas accrédité ?

 

On ne se demandera pas comment les activistes – et notamment l'Élise Lucet d'Envoyé Spécial – ont pu s'adresser à BioCheck... Mais pour Campagne Glyphosate c'est autrement plus sérieux puisqu'elle a couplé ses opérations « pisseries de glyphosate » avec des dépôts de plaintes pénales pour, notamment, « mise en danger de la vie d'autrui ».

 

On en sait un peu plus grâce au Comité de Recherche et d'Information Indépendantes sur le Génie Génétique (CRIIGEN) :

 

« […] Ensuite, le cabinet Tumerelle a été sollicité par les Faucheurs de Foix pour faire des analyses afin de montrer leur intérêt à agir puis en cas de résultats positifs, de porter plainte. Les analyses ont été faites sous constat d’huissier, ce n’est pas le cabinet Tumerelle qui a sélectionné le laboratoire. Ce sont les faucheurs qui ont choisi le labo après demande de conseil auprès de Générations Futures, qui leur a donné les coordonnées de Biocheck (qu’ils avaient l’habitude d’utiliser) . Ces analyses ont été utilisées lors du procès de Foix, puis la décision a été prise de porter plainte.

 

Quand il a été question de faire une campagne nationale, Aude avait conseillé de sélectionner un laboratoire français (pour avoir les comptes rendus en français) et un laboratoire non vétérinaire. Les Faucheurs ont cherché mais pas trouvé de laboratoire français avec des conditions d’envoi pratique (certains labos demandent un envoi des échantillons sous forme surgelé‐ ce qui n’était pas envisageable pour une grosse campagne‐) . Ils sont finalement restés sur le choix de Biocheck à Leipzig du fait de la facilité d’envoi, de coût). »

 

Résumons : à partir de quand était-il devenu clair que l'opération était foireuse ? Que des procédures judiciaires adossées à des analyses d'un laboratoire vétérinaire sur des matrices humaines avaient peu de chances de prospérer ? Que le fait que des laboratoires français demandaient la surgélation des échantillons signalait un problème avec la procédure acceptée par BioCheck ? Etc.

 

Ces questions ne se posent pas seulement dans le contexte des procédures judiciaires, qui semblent être au point mort, mais aussi dans celui de l'étude « scientifique ».

 

Les auteurs sont plutôt évasifs et cryptiques sur la méthode d'analyse. Après un long paragraphe sur les mérites du test ELISA pour l'eau, ils écrivent :

 

« Les échantillons d'urine ont été analysés selon le protocole du fabricant, validé par Krüger et al. (Krüger et al. 2014) sur la base d'une comparaison des données d'essais d’ELISA et de GC-MS sur des échantillons d'urine humaine.

 

Tous les dosages ont été effectués par le laboratoire Biocheck GmbH. L'ELISA a été réalisé selon le protocole du fabricant destiné aux échantillons d'urine humaine. Brièvement, [...] »

 

Un protocole du fabricant... mentionné deux fois mais pas référencé... validé par les gens du laboratoire qui l'a mis en œuvre (selon une étude par ailleurs fortement contestée)... aucune indication des limites de détection et de quantification (en fait, on la trouve ailleurs, en quelque sorte sous la forme d'une remarque incidente, et elle ne correspond pas aux indications d'Abraxis – 0,075 ng/mL pour les auteurs, 0,6 ng/mL selon Abraxis pour la méthode par filtration et 7,5 ng/mL pour la méthode par dilution)...

 

Et aucune indication sur les conditions dans lesquelles les échantillons ont été préparés et acheminés à Leipzig. Les prélèvements effectués sous contrôle d'huissier, c'est du pipô, de l'esbroufe.

 

 

Des résultats d'analyse sous forme de propagande

 

Une procédure non accréditée

 

Nous avons pu obtenir un exemplaire de la page de résultats d'une analyse.

 

La modestie de la présentation – notamment l'absence de logo – nous semble étonnante. Il est aussi remarquable que le laboratoire BioCheck n'ait pas pris la peine de produire un document étalon en anglais ou en français, sachant que les documents individuels ne s'en distinguent que par l'ajout de la valeur mesurée.

 

Mais il n'y a pas que ça...

 

Nous trouvons, en haut à gauche, le résultat de l'analyse : 1,40 ng/mL, avec une note « (2) » (surlignée en violet dans notre copie).

 

 

Il faut un œil de lynx et un esprit affûté pour comprendre qu'il faut voir le texte en petit en bas de page.

 

Voici la traduction :

 

« Légende de la procédure et lieu de la détermination (indication suivant la désignation du paramètre)

 

1 Lieu 53 procédure accréditée

2 Lieu 53 procédure non accréditée

3 Lieu 88 procédure accréditée

4 Lieu 88 procédure non accréditée

5 Lieu extérieur procédure accréditée

6 procédure non accréditée »

 

 

 

 

Avez-vous bien lu ? La note 2 signifie que la procédure n'est pas accréditée !

 

Pensez-vous que cela fera l'affaire dans une procédure judiciaire en « mise en danger de la vie d'autrui » ? Que penser aussi d'un laboratoire (de surcroît vétérinaire) qui ne chercherait pas à faire accréditer sa procédure d'analyse alors qu'il produit des milliers de résultats d'analyses – et qui sait que ses analyses ont été utilisées pour des opérations politiques et médiatiques et des plaintes en justice ?

 

Que penser aussi d'une étude « scientifique » fondée sur une telle procédure qui se contente d'alléguer qu'elle a été « validée » par la fondatrice du laboratoire – sans doute pour éviter d'aborder le lancinant problème de l'extravagante limite de quantification ?

 

 

Une absence de valeurs de référence ?

 

 

 

 

Le texte en petits caractères indique la signification des résultats mis (le cas échéant) en gras, de « » (inférieur à la limite de détection), etc.

 

Suit :

 

« Valeur de référence : sans (pour ce substrat, nous ne disposons pas de valeur de référence) »

 

C'est exact, si l'on fait preuve de rigorisme – tiens, tiens, un mot qu'on a trouvé en titre d'une très étonnante chronique de M. Stéphane Foucart dans le Monde. Mais on dispose de suffisamment d'éléments de toxicocinétique dans la littérature scientifique pour calculer une valeur de référence.

 

Citons à cet égard le rapport d'évaluation de l'EFSA, et « A critical review of glyphosate findings in human urine samples and comparison with the exposure of operators and consumers » (une revue critique des découvertes de glyphosate dans les échantillons d'urine humaine et une comparaison avec l'exposition des opérateurs et des consommateurs) de Lars Niemann, Christian Sieke, Rudolf Pfeil et Roland Solecki.

 

 

(Source : EFSA)

 

 

Il suffit de savoir que BioCheck rapporte des concentrations urinaires exprimées en fractions ou unités de nanogrammes/millilitre (microgrammes/litre) d'urine, et que la dose journalière admissible est de 0,5 milligramme/kilogramme de poids corporel (soit 30 milligrammes pour un individu de référence de 60 kg).

 

 

Opération enfumage et anxiogenèse

 

 

 

 

Attention les yeux !

 

« Valeurs limites

 

Comme la thématique du glyphosate n'a pas fait l'objet de suffisamment de recherches, il n'y a pas encore de valeurs limites pour le glyphosate établies de manière scientifique

 

  • La limite fixée par l'Institut Fédéral d'Évaluation des Risques (BfR) pour les résidus de tous les agrotoxiques dans l'eau potable est de 0,1 ng/ml (nanogramme par millilitre).

  • L'alimentation infantile peut à ce jour contenir des résidus d'agrotoxiques jusqu'à 10 ng/ml. Cette valeur est cent fois plus élevée que la valeur limite pour l'eau potable

 

Votre résultat :

 

  • Idéalement, votre urine ne devrait contenir aucun résidu de glyphosate

  • Les résultats d'analyse de l'urine humaine avec des valeurs inférieures à 1 ng/ml ne peuvent actuellement être classés comme peu préoccupants qu'avec réserve compte tenu du manque d'études claires

 

Point n'est besoin de s'appesantir sur cette prose qui, pour la mise en bouche, divague vers les teneurs d'« agrotoxiques » dans l'eau et les aliments infantiles.

 

Il n'y a certes pas de « valeurs limites pour le glyphosate établies de manière scientifique »... mais les auteurs du papier sont capables de donner une valeur de 1 ng/ml en relation avec une déclaration alambiquée sur les niveaux « préoccupants »...

 

Et comme nous l'avons vu ci-dessus, on est dans la plage des microgrammes/litre alors que les valeurs toxicologiques de référence sont exprimées en milligrammes/kilogramme de poids corporel.

 

 

Et c'est signé...

 

...Marianne Reinboth, vétérinaire...

 

 

Comment ont-ils pu ?

 

Cela repose la question : comment a-t-on pu organiser une campagne collective de plaintes individuelles sur la base d'analyses par un laboratoire vétérinaire non accrédité pour des analyses biologiques humaines, pratiquant une analyse pour laquelle il n'est pas accrédité dans son domaine d'activité strict, sur la base d'une procédure non accréditée, et produisant un résultat signé par une vétérinaire (ce propos est sans connotation péjorative pour les vétérinaires) ?

 

Comment ont-ils aussi pu produire un article « scientifique » ?

 

Il y avait les articles dans les médias, et surtout des signaux d'alerte qu'on notamment constitué les tests comparatifs que certains membres de la profession agricole ont fait effectuer. Mais les discussions qui ont eu lieu au sein du CRIIGEN le 14 janvier 2020 n'ont pas pu échapper aux dirigeants de Campagne Glyphosate, ni à leur avocat Guillaume Tumerelle.

 

Voici encore un extrait du compte rendu du CRIIGEN :

 

« Réflexions de Arnaud : 1/ La réputation de Biocheck est en jeu , il faut leur réécrire et si leurs procédures ne sont pas fiables, il y a un préjudice. Ils doivent une réponse. 2/ Il faudrait peut‐être voir avec François Veillerette sur la question du choix du laboratoire, sachant que la crédibilité de la campagne est en jeu, mais cela remettrait également en cause des analyses précédentes commanditées par Générations Futures.

 

Guillaume Tumerelle, dit que la campagne nationale a été stoppée avant les articles critiques. »

 

Le CRIIGEN avait essayé de faire faire une analyse comparative en juin 2020 mais s'était heurté à des difficultés logistiques. C'est une preuve de plus...

 

Laissons le mot de la fin à M. Arnaud Apoteker :

 

« ...la crédibilité de la campagne est en jeu, [et] cela remettrait également en cause des analyses précédentes commanditées par Générations Futures»

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M
C'est en tout cas la preuve que Tumerelle et les lanceurs de campagne glyphosate ont clairement monté une arnaque sachant que ces analyses non aucune valeur médico légal et qui seront donc immédiatement déboutés.
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