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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Est-il temps de reconsidérer le cas du blé génétiquement modifié ?

26 Janvier 2022 Publié dans #amélioration des plantes, #OGM

Est-il temps de reconsidérer le cas du blé génétiquement modifié ?

 

Jake Leguee*

 

 

 

Il est sûr. Il aiderait les agriculteurs à faire face à la sécheresse, à soutenir la biodiversité, à protéger l'environnement et à réduire l'empreinte carbone des exploitations. Il aiderait les consommateurs à faire face à l'inflation et à payer leurs factures alimentaires.

 

Alors pourquoi ne cultivons-nous pas de blé génétiquement modifié ?

 

Nous posons à nouveau cette question en raison de l'annonce faite en Amérique du Sud, à la fin de l'année dernière, que le Brésil acceptera l'importation de farine de blé génétiquement modifié en provenance d'Argentine.

 

Il s'agit d'un pas énorme, car c'est la première fois dans le monde qu'un organisme de réglementation approuve une telle démarche. Bloomberg l'a qualifié d'« étape la plus importante à ce jour pour le blé génétiquement modifié ».

 

D'autres pays pourraient suivre. L'Australie et la Nouvelle-Zélande examinent actuellement le blé génétiquement modifié. Le Royaume-Uni a commencé des essais en champ pour un blé génétiquement édité. D'autres pays sont également intéressés.

 

Il reste d'énormes obstacles à franchir. En Argentine, les agriculteurs cultivent actuellement des milliers d'hectares de blé HB4, génétiquement modifié pour résister à la sécheresse, mais les meuniers brésiliens sont sceptiques. Ils craignent que les consommateurs ne veuillent pas d'aliments dérivés de blé génétiquement modifié.

 

Personne ne sait quelle sera la suite des événements.

 

Il est peut-être judicieux de passer en revue les faits – et de penser à un avenir meilleur.

 

Je cultive du blé et d'autres cultures ici, dans la Saskatchewan, au Canada. Je ne cultive pas de blé GM parce qu'il n'est pas disponible, du moins pour le moment. Par contre, je cultive du canola génétiquement modifié et j'ai vu les avantages que la biotechnologie peut offrir lorsque nous permettons à la science sûre d'informer l'amélioration des plantes.

 

Dans le cas du blé HB4, les scientifiques ont mis au point une technologie de semence qui tolère la sécheresse. Des essais sur le terrain ont montré que lorsque cette technologie est associée à des pratiques de régénération du sol comme le sans labour (no till), l'empreinte carbone de cette culture diminue et les rendements sont protégés lorsque l'eau est limitée.

 

Les sécheresses constituent une menace croissante dans ma région, car le Canada, comme une grande partie du monde, connaît des phénomènes météorologiques extrêmes imprévisibles. En 2021, dans l'Ouest canadien, nous avons subi la pire sécheresse depuis des décennies. Nous avons eu des étés secs et des étés chauds, et souvent nous pouvons faire face à ces problèmes lorsqu'ils se présentent séparément. L'année dernière, cependant, ils ont frappé ensemble – et le résultat a été notre plus petite récolte de mémoire récente.

 

Le blé génétiquement modifié aiderait les agriculteurs comme moi à faire face à de tels problèmes. Plutôt que de voir nos cultures se flétrir et mourir, nous les verrions continuer à prospérer et à survivre. Ce serait également bénéfique pour l'environnement, car nous cherchons à produire autant de nourriture sur aussi peu de terres que possible. C'est l'un des principaux objectifs de l'agriculture durable, et la biotechnologie est une innovation qui nous permet de l'atteindre.

 

Par-dessus tout, le blé génétiquement modifié permettrait de répondre à la demande croissante des consommateurs pour des produits à base de blé abordables comme les pâtes et le pain. Lorsque des agriculteurs comme moi sont en mesure de cultiver régulièrement du blé en quantité suffisante en s'adaptant aux défis d'un climat changeant, nous sommes en mesure de répondre à ces demandes et de faire en sorte que les produits à base de blé restent disponibles et abordables.

 

C'est une grande préoccupation en ce moment. Les gens ont remarqué que les prix dans les magasins et sur les marchés montent en flèche. Les principaux facteurs en sont le ralentissement de la chaîne d'approvisionnement et l'inflation générale. Les sécheresses jouent également un rôle – et elles ont contribué à ce que, en prévision d'une pénurie, les prix à terme du blé atteignent leur niveau le plus élevé depuis des années.

 

Le blé génétiquement modifié fait partie de la solution. Dans un monde où le blé serait abondant, tout, du pain aux pâtes en passant par les céréales du petit-déjeuner et la croûte de pizza, coûterait moins cher.

 

Nous utilisons la biotechnologie depuis une génération pour le canola, le maïs et le soja. Bien que ces cultures aient autrefois suscité des incertitudes, ce débat est clos : la technologie GM fait partie intégrante de l'agriculture. Chaque jour, des milliards de personnes mangent des aliments dont l'origine remonte à des cultures génétiquement modifiées.

 

Nous aurions adopté le blé génétiquement modifié il y a des années, sauf que notre industrie craignait que les consommateurs ne l'acceptent pas. Alors qu'une grande partie du maïs et du soja cultivés est destinée à l'alimentation du bétail ou à servir d'ingrédient alimentaire, le blé entre directement dans la chaîne alimentaire humaine.

 

Au début du siècle, lorsque les OGM étaient une technologie relativement nouvelle, beaucoup de gens ne savaient pas quoi en penser. Il est facile de rejeter quelque chose que l'on ne comprend pas. Malheureusement, nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous-mêmes : nous n'avons pas su communiquer aux consommateurs les grands avantages de cette culture.

 

Mais cela ne signifie pas que nous ne devrions jamais réessayer. L'opinion des consommateurs est essentielle, mais elle peut aussi changer. À mesure que les gens en apprennent davantage sur ces technologies sûres et qu'ils comprennent que ces mêmes technologies aident les agriculteurs à atteindre les objectifs de durabilité que de nombreux consommateurs demandent et que nous partageons, leur soutien à ces « outils de durabilité » peut changer. C'est l'histoire de l'acceptation des cultures génétiquement modifiées, et il n'y a aucune raison pour qu'elle ne s'étende pas à l'acceptation du blé génétiquement modifié.

 

En tant que producteur de blé, je surveillerai de près les développements en Argentine et au Brésil et j'espère qu'ils mèneront à un avenir meilleur pour les agriculteurs, les consommateurs et tout le monde.

 

_____________

 

Cet article est également paru sur AgriPulse le 7 janvier 2022.

 

Jake Leguee, agriculteur, Canada

 

Jake et sa famille cultivent du canola GM, du blé, du blé dur, du pois, du soja GM, du lin et des lentilles. C'est l'une des premières fermes de la région à avoir cultivé du soja en 2010. Ils envisagent maintenant de produire du maïs. Sans labour (no till) depuis plus de 20 ans.

 

Source : Time to rethink genetically modified wheat? – Global Farmer Network

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M
Bonjour, heureusement pour ces pays extra Européens, ils pourront nous approvisionner ! Bravo les écolos à la c.. ! ! !
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