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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Émissions des champs : 40 % de gaz à effet de serre en moins que prévu

25 Janvier 2022 Publié dans #Agronomie, #Climat

Émissions des champs : 40 % de gaz à effet de serre en moins que prévu

 

Olaf Zinke, AGRARHEUTE*

 

 

© stock.adobe.com/vrstudio

Partout en Allemagne, les émissions de protoxyde d'azote sont inférieures à la valeur de 1 % de l'azote apporté, utilisée jusqu'à présent. Dans le sud-est de l'Allemagne, les valeurs sont de 0,88 %, à l'ouest de 0,72 %. Elles sont encore plus faibles dans le nord-ouest avec 0,49 % et dans le nord-est avec 0,39 %. Quelles en sont les conséquences ?

 

 

Les émissions de protoxyde d'azote provenant des champs sont beaucoup plus faibles en Allemagne que ce que l'on pensait jusqu'à présent. Dans le nord-ouest, elles ne sont même pas à la moitié et dans le nord-est, elles n'atteignent qu'un bon tiers de la quantité supposée. Dans le sud et l'ouest, les valeurs sont également nettement plus faibles.

 

 

© stock.adobe.com/ververdis

L'Institut Thünen a constaté que les émissions de protoxyde d'azote dues à la fertilisation sont en moyenne 38 % inférieures à celles calculées avec la méthode utilisée jusqu'à présent.

 

 

Jusqu'à présent, les données du Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat (GIEC) étaient utilisées pour calculer les émissions. Celui-ci partait du principe qu'en moyenne mondiale, 1 % de l'apport d'azote par les engrais de synthèse, les engrais de ferme ou les résidus de récolte est transformé en protoxyde d'azote.

 

Jusqu'à présent, ce facteur d'émission a aussi été utilisé pour calculer les émissions de gaz à effet de serre provenant de l'agriculture allemande. On sait toutefois que cette valeur peut varier considérablement d'une région à l'autre. L'Institut Thünen a désormais mesuré et calculé avec précision l'ampleur réelle des émissions.

 

Pour ce faire, l'Institut Thünen a rassemblé et évalué les données de mesure de nombreuses études de terrain réalisées au cours des trente dernières années. Il en est ressorti que les facteurs d'émission de protoxyde d'azote issus des apports d'azote sur les sols minéraux sont inférieurs partout en Allemagne à la valeur de 1 % de l'azote apporté utilisée jusqu'à présent.

 

Dans le sud-est de l'Allemagne, ils sont de 0,88 %, dans l'ouest de 0,72 %. Ils sont encore plus faibles dans le nord-ouest avec 0,49 % et dans le nord-est avec 0,39 %. Pour les apports d'azote sur les sols organiques (pour la plupart des sols marécageux), le facteur d'émission pour l'ensemble de l'Allemagne est de 1,01 %.

 

 

Près de 40 % d'émissions en moins que prévu

 

© stock.adobe.com/martinfredy

Il n'est pas exclu que le législateur réajuste encore une fois la valeur cible pour 2030 à la lumière du nouveau calcul, selon l'Institut Thünen.

 

 

Pour calculer les émissions de protoxyde d'azote, les quantités d'azote épandues dans l'agriculture sont multipliées par les nouveaux facteurs d'émission en vigueur dans les régions. Il s'est avéré que les émissions de protoxyde d'azote dues à la fertilisation sont en moyenne 38 % inférieures à celles calculées avec l'ancienne méthode.

 

Une part importante provient toujours des districts disposant d'une grande surface agricole, d'un pourcentage élevé de sols organiques, d'un élevage important et/ou d'un potentiel de rendement très élevé. De tels districts se trouvent dans le nord de l'Allemagne, en Bavière et dans l'est du Bade-Wurtemberg.

 

Le nouveau calcul sera utilisé pour la première fois pour le rapport prévu par la loi fédérale sur la protection du climat pour l'année 2021 ainsi que pour le rapport destiné au Secrétariat des Nations Unies sur le climat. Ces deux documents seront publiés au printemps 2022. La modification méthodologique a pour conséquence que la quantité absolue d'émissions de gaz à effet de serre rapportée sera plus faible.

 

Pour l'agriculture, la loi fixe des plafonds d'émission qui baissent progressivement – de 70 millions de tonnes d'équivalent CO2 en 2020 à 56 millions de tonnes d'équivalent CO2 en 2030. Si la méthodologie améliorée avait été utilisée dès 2020, les émissions déclarées auraient été de 62 millions de tonnes d'équivalent CO2 au lieu de 66, soit 4 millions de tonnes d'équivalent CO2 de moins.

 

 

Le législateur pourrait « réajuster »

 

Le responsable du groupe de travail sur les inventaires d'émissions à l'Institut Thünen, le Dr. Roland Fuß, classe les résultats de la manière suivante : « Le fait que moins d'émissions de gaz à effet de serre soient rapportées ne signifie pas que l'agriculture doit faire moins d'efforts pour réduire sa part dans les émissions totales. En effet, un meilleur calcul des émissions ne constitue pas encore une contribution à la protection du climat. »

 

Il n'est pas exclu que le législateur réajuste encore une fois la valeur cible pour 2030 à la lumière du nouveau calcul. Il est donc nécessaire de continuer à mettre en œuvre des potentiels de réduction. Il s'agit notamment d'améliorer l'efficacité de l'azote, d'optimiser l'utilisation des protéines dans l'alimentation animale et de prendre des mesures pour réduire les émissions de méthane et d'ammoniac dans la gestion des engrais de ferme.

 

Selon les scientifiques de Thünen, l'Allemagne est la deuxième plus grande source d'émissions directes de protoxyde d'azote (N2O) provenant des sols agricoles cultivés en Europe. Pour 2019, l'Allemagne a déclaré des émissions directes de N2O de 67,29 kt N2O, ce qui représente 14,8 % des émissions européennes de N2O et n'est dépassé que par la contribution de 19,1 % de la France (Agence Européenne pour l'Environnement, 2021).

 

En 2019, les émissions directes de N2O provenant des sols agricoles représentaient 71,21 % des émissions totales de N2O de l'agriculture allemande, qui comprennent les émissions de N2O dues à l'élevage et à la gestion des engrais, ainsi que les émissions indirectes de N2O dues au lessivage des nitrates et à la volatilisation de l'azote. Les émissions de N2O provenant des sols agricoles sont considérées comme une « catégorie clé » dans l'inventaire national allemand des gaz à effet de serre en raison de leur contribution significative aux émissions totales et de l'évolution des émissions dans le temps (Office Fédéral de l'Environnement, 2021).

 

Avec du matériel de l'Institut Thünen

 

____________

 

* Olaf Zinke travaille pour agrarheute en tant que rédacteur cross-média pour les opérations et les marchés. Il analyse les marchés agricoles et des produits de base nationaux et internationaux depuis trois décennies et a travaillé à ce titre pour diverses institutions.

 

Source : Emissionen aus dem Acker: 40 Prozent weniger Treibhausgase als gedacht | agrarheute.com

Le lien vers l'étude: New N2O emission factors for crop residues and fertiliser inputs to agricultural soils in Germany - ScienceDirect

 

 

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U
L'azote des engrais augmente la croissance des plantes donc la capture de CO2.<br /> Plus de N2O, moins de CO2.<br /> Le calcul quantitatif a-t-il été fait ?<br /> Sinon, où trouver les éléments pour le faire ?
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D
C'est là que l'on voit que ces approches d'émissions se rapprochent plus de la pseudoscience que de la science: selon les modes de calculs, les résultats seront très différents.<br /> Même topo avec les calculs des émissions des GES liées à l'élevage, qui serait un des grands contributeurs au niveau mondial, juste après les transports - donc il faut limiter ou arrêter de consommer de la viande.<br /> Sauf que les GES émis par l'élevage sont produits à l’issue d'un cycle court (cycle du carbone, photosynthèse, fourrage), contrairement au transport qui utilise le stock de carbone (pétrole).<br /> Le problème, ce sont les décisions politiques qui suivent.<br /> Du bullshit institutionnalisé qui fait travailler désormais, beaucoup de monde.
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