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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Bye bye phosmet... adieu Plan Protéines ?

31 Janvier 2022 Publié dans #Pesticides, #Agronomie, #Politique

Bye bye phosmet... adieu Plan Protéines ?

 

Glané sur la toile 912

 

 

(Source)

 

 

L'Opinion

 

Mme Emmanuelle Ducros nous a livré dans l'Opinion du 27 janvier 2022 un fort bel article, « Phosmet: cas de conscience autour d’un pesticide interdit ».

 

En chapô :

 

« La volonté de supprimer les produits phytosanitaires les plus dangereux est louable. Mais sans solution alternative, ce sont des dégâts irrémédiables qui sont causés à notre souveraineté alimentaire. »

 

Extrait :

 

« Ce n’est une surprise pour personne. La Commission européenne a acté, à la demande de l’agence sanitaire européenne Efsa, le retrait de l’homologation du pesticide organophosphoré Phosmet. Cette molécule, vendue sous divers noms, sert à lutter à l’automne et au printemps contre les insectes piqueurs et mordeurs du colza (les altises) et les mouches drosophiles qui ravagent les vergers.

 

"Contrairement à l’herbicide glyphosate, peu toxique, personne n’a envie de le défendre ou de demander son retour, constate Arnaud Rousseau, le président de la FOP, la fédération des oléoprotéagineux. On utilise le phosmet depuis vingt-cinq ans, mais il a un mauvais profil toxicologique, c’est un perturbateur endocrinien. La question est : que va-t-on faire maintenant?" Il y a bien une molécule, homologuée et réhomologable, qui peut en partie se substituer dans certains cas, le cyantraniliprole, mais son efficacité est deux fois moindre. »

 

Quel est l'enjeu pour le colza ? Les prédictions sont difficiles... surtout si elles concernent l'avenir. Elles le sont encore plus dans le contexte actuel d'envolée des prix des produits agricoles (mais aussi des intrants). M. Arnaud Rousseau avance une estimation de -200.000 à -300.000 hectares pour une sole qui est déjà passée de 1,5 million d'hectares à un peu plus d'un million.

 

Mais derrière le volet économique pour l'agriculture, il y a aussi un volet agronomique : le colza joue un rôle important dans les assolements. Et environnemental, le colza étant une plante nourricière pour de nombreux insectes (non ravageurs), dont les abeilles.

 

Les enjeux économiques sont aussi considérables. Le colza fournit de l'huile pour la consommation et de nombreuses applications industrielles, dont des biocarburants. Et le tourteau – le résidu de l'extraction de l'huile – est riche en protéines et va à l'alimentation animale.

 

 

 

 

Alerte Environnement

 

Dans « Pas d’insecticide Phosmet, pas de colza : Vive la déforestation importée ! », Alerte Environnement fait dans l'humour grinçant :

 

« Si le Phosmet est interdit, les mauvais insectes eux, seront toujours autorisés à visiter les champs. »

 

Il est plus disert sur le Plan Protéine Végétales 2030 :

 

« Le iatus, c’est que le colza, on en a drôlement besoin. D’ailleurs, le Gouvernement français a décidé de lancer un Plan Protéines Végétales 2030 avec un financement à hauteur de 120 millions d’euros. Objectif : 40% d’augmentation de la production de cultures oléoprotéagineuses… L’enjeu stratégique n’est pas anodin : il s’agit ni plus ni moins que de limiter les importations de soja du continent américain et de lutter contre la "déforestation importée" avec des protéines végétales bien de chez nous.

 

Sauf que c’est bien le colza qui est la pierre angulaire de ce plan. Pas de phosmet, pas de colza, pas d’autonomie… CQFD… »

 

Et d'enfoncer le clou :

 

« […] quelle crédibilité accorder à un plan ambitieux, quand, ce sur quoi il repose ne dispose pas des moyens suffisants pour le mettre en œuvre ?

 

Comment envisager un plan à long terme sur 10 ans quand l’agriculteur, lui, ne peut pas se projeter au-delà d’une année pour ses cultures ? »

 

 

La FOP, Terres Inovia et Terres Univia

 

 

(Source)

 

 

Le message en bref :

 

« Face aux dernières décisions #phosmet impactant les cultures riches en protéines #colza, la filière oléopro s'interroge: souveraineté en protéines: mythe ou réalité ? Les cultures #oleopro ne doivent pas être considérées comme des variables d'ajustement. »

 

Un élément du communiqué de presse :

 

« S’il avait été largement envisagé que le phosmet, principal recours dans la lutte contre les ravageurs du colza, n’allait pas être réapprouvé, la publication du règlement d’exécution le 24 janvier, officialisant cette non ré-approbation, laisse de facto des producteurs sans solutions. Cette décision sonne comme le glas pour ¼ de la surface nationale de cette culture pivot des assolements. Pour l’éviter, les représentants des producteurs demandent que l’instruction de la dérogation pour l’utilisation dès 2022 du cyantraniliprole, seule alternative efficace connue, soit rapidement conclue. »

 

Le communiqué de presse porte aussi sur une menace de nature réglementaire qui porte sur le pois. Il est question de « certaines déclarations intempestives » et d'une « situation, faisant fi des connaissances scientifiques ». Décidément...

 

Dans « Retrait du Phosmet : la filière mobilisée pour proposer des solutions pour le court et moyen terme », Terres Inovia écrit :

 

« Le 24 novembre le Ministre de l’Agriculture Julien Denormandie annonçait une enveloppe de 2,5 M € pour "accélérer les recherches de solutions" alternatives à l’insecticide phosmet. Ce montant destiné aux différents acteurs de la recherche et du développement engagés dans ce défi viendra s’additionner aux investissements déjà réalisés, notamment par notre filière. »

 

Nous n'avons aucune idée des montants investis ou engagés par la filière. Mais nous nous interrogeons sur l'efficacité de l'annonce d'une enveloppe de ce montant deux mois avant l'annonce du retrait de l'autorisation du phosmet.

 

Mais, peut-être, après l'«interdiction » du phosmet, viendront des dérogations de 120 jours comme pour l'imidaclopride et le thiaméthoxame sur betteraves sucrières... C'est ce laisse entendre la France Agricole. Gribouille sera à l'œuvre.

 

Pour une information plus détaillée, on pourra consulter ce document (avec peut-être une réserve sur l'appréciation de la dangerosité du phosmet, sachant qu'il faut distinguer danger et risques).

 

Nous retiendrons ce propos fort :

 

« Le cas de la lutte contre les ravageurs d’automne du colza nous montre qu’en matière de protection intégrée, il faut aller au-delà du raisonnement simple "pas d’interdiction sans alternative". Il faudrait élargir au vu des conséquences à "pas d’interdiction sans alternative, et pas d’interdiction si mise en péril à moyen terme des leviers restants". »

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Y
Petite correction : Le phosmet est H361 ce qui signifie suspecté d'être un PE . Si il y avait une preuve de son impacte en tant que PE il serait interdit depuis longtemps . Les Perturbateurs endocrinien avérés sont interdit en conventionnel . Vous ne pouvez en trouver qu'un seul et unique avéré utilisé en culture et c'est l'huile de neem insecticide bio qui avait aussi été interdit mais qui à une dérogation depuis quelque années déjà (Et oui mais il est naturel ...... monde de dingue)<br /> Par contre c'était surement un des produit les plus toxique (par ingestion) qu'il pouvait rester dans les armoire phyto. Je ne suis pas sur qu'après sa disparition il reste encore un produit phyto avec le pictogramme "tête de mort" dans les pharmacie des agri pour leurs cultures! Les pictogrammes "tête de mort" ne se verront maintenant que sur les produits ménagés dans les maisons ......
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R
Et accessoirement quasi-disparition des cerises pour lesquelles on employait le phosmet contre la drosophyle . Le cyanthraniliprole est bien moins efficace sur cerises . Les seuls vergers restants seront ceux sous filets d'où baisse de la production totale française et augmentation stratosphérique des prix !
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