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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Premier cas d'amarante rugueuse résistante au dicamba signalé en Illinois

21 Décembre 2021 Publié dans #Agronomie, #Pesticides

Premier cas d'amarante rugueuse résistante au dicamba signalé en Illinois

 

AGDAILY reporters*

 

 

 

 

Les malherbologistes de l'Université de l'Illinois ont confirmé la résistance à l'herbicide dicamba dans une population d'amarante rugueuse (Amaranthus tuberculatus) du comté de Champaign. Dans l'étude, le dicamba a contrôlé 65 % des amarantes dans les champs lorsqu'il a été appliqué à la dose indiquée sur l'étiquette. Et dans la serre, les plantes ont montré une réduction de 5 à 10 fois de l'efficacité du dicamba par rapport aux plantes sensibles.

 

Ce n'est pas un niveau de résistance énorme, mais il y a un hic. La population n'avait jamais été traitée avec du dicamba ou son cousin, le 2,4-D, auquel elle est également résistante. Alors, pourquoi l'amarante rugueuse a-t-elle cessé de répondre à ces herbicides ?

 

« Lorsque nous utilisons des herbicides, nous sélectionnons les plantes qui peuvent survivre à ces herbicides par divers mécanismes. Historiquement, il s'agissait d'une mutation du site cible, mais aujourd'hui, nous observons de plus en plus une résistance métabolique, c'est-à-dire que les mauvaises herbes activent des gènes de détoxification avant que les produits chimiques ne puissent être nocifs. Ainsi, ces populations de mauvaises herbes accumulent des séries de gènes qui sont actifs contre divers herbicides, et il y a une réactivité croisée », explique M. Pat Tranel, professeur au Département des Sciences des Cultures de l'Illinois et co-auteur de l'étude.

 

M. Tranel et ses collègues savaient déjà que des amarantes rugueuses de la population du comté de Champaign était résistantes au 2,4-D, un herbicide de synthèse à base d'auxine. Comme le dicamba est également une auxine de synthèse, il n'est pas difficile d'imaginer que la voie de détoxification pourrait être la même. Mais l'amarante rugueuse de la population étudiée résiste à des herbicides appartenant à cinq autres groupes de sites d'action, de sorte que la réactivité croisée pourrait provenir de n'importe où.

 

« Au fur et à mesure que nous obtenons ces populations plus complexes qui ont subi la sélection de plusieurs produits chimiques, elles deviennent résistantes à des séries d'herbicides de plus en plus larges, qu'elles aient vu ces herbicides dans le passé ou non. C'est une idée effrayante », dit M. Tranel. Cela pourrait signifier que les nouveaux produits chimiques pourraient être rendus inefficaces avant même d'arriver dans les rayons.

 

L'origine de la résistance mise à part, 65 % de contrôle, en particulier par une auxine de synthèse, n'est pas suffisant.

 

« À 65-75 % de contrôle, un agriculteur peut ne pas se rendre compte qu'il s'agit d'une résistance et penser qu'il s'est trompé lors du traitement. Parce qu'il verrait une certaine activité. Et ces herbicides régulateurs de croissance peuvent en fait stimuler la croissance, ce qui fait que la plante se tord et s'épaissit sans jamais vraiment mourir. Elle reste simplement là », dit M. Tranel. « Cela rend plus difficile la quantification de la résistance ».

 

Les chercheurs se sont donné beaucoup de mal pour documenter les dommages causés par le dicamba. Au champ, ils ont pulvérisé du dicamba seul et en combinaison avec d'autres herbicides pour quantifier les dommages. Et en serre, ils ont mené une expérience dose-réponse et déterminé l'héritabilité du trait de résistance sur plusieurs générations.

 

« Comme les dommages causés par l'auxine peuvent être difficiles à évaluer visuellement, j'ai utilisé une analyse d'images, en prenant plus de 4.000 images sous plusieurs angles. Avec cela, j'ai pu former un modèle pour dire si les plantes étaient résistantes ou non. C'est vraiment difficile, car même lorsque nous constatons des dégâts, à la fin, de nombreuses plantes continuent de fleurir. Et si elles fleurissent, elles produisent des graines, et elles seront un problème l'année suivante », explique M. Lucas Kopecky Bobadilla, doctorant et auteur principal de l'étude.

 

Les chercheurs ont constaté que la résistance au dicamba était modérément héritable, ce qui signifie qu'elle peut être transmise à la descendance, du moins de temps en temps. Selon M. Tranel, ces gènes sont incomplètement dominants, ce qui explique pourquoi l'équipe a observé une gamme de réponses allant d'une sensibilité à une résistance jusqu'à 10 fois supérieure.

 

L'équipe a testé la résistance au dicamba dans le même champ en 2014 et 2015, montrant une efficacité de 80 %. La baisse à 65 % quelques années plus tard – le travail sur le terrain dans l'étude actuelle a été effectué en 2018 – ne signale pas une bonne tendance.

 

« On peut dire sans se tromper que le dicamba ne va pas devenir plus efficace », déclare le coauteur Aaron Hager, professeur associé et spécialiste de la vulgarisation en sciences des cultures. « Et une fois que nous trouvons une population résistante, cela ne signifie pas qu'il n'y en a pas d'autres. Cela signifie simplement que nous en avons trouvé une. Nous n'avons aucune idée de la fréquence de cette résistance. »

 

En fait, la résistance au dicamba a été récemment documentée dans une population d'amarante rugueuse du Tennessee, et dans une population d'amarante de Palmer du Tennessee, un parent agressif de l'amarante rugueuse. M. Hager et son équipe testent actuellement une autre population de l'Illinois dont l'exposition au dicamba est connue.

 

Le dicamba est utilisé dans l'Illinois depuis au moins 50 ans. Mais avec l'augmentation des surfaces plantées en soja tolérant au dicamba, l'utilisation de ce produit chimique est en hausse. Et avec la pression de sélection croissante, dit M. Hager, la résistance au dicamba pourrait se propager rapidement.

 

« Nous avons vu ce déclin à 65 % de contrôle dans une population qui n'était pas gérée avec du dicamba. S'il y avait eu une sélection intense par des applications répétées de dicamba, je suis sûr que nous verrions une augmentation du niveau de résistance dans cette population », dit M. Tranel.

 

MM. Hager et Tranel, ainsi que le reste de l'équipe de malherbologistes de l'Illinois, font les mêmes recommandations depuis des années.

 

« Écoutez, nous allons continuer à utiliser des herbicides sur la grande majorité des hectares dans cet État. Nous n'allons pas nous arrêter », déclare M. Hager. « Mais il incombe aux gens d'avoir des conversations approfondies avec les personnes qui vous donnent des recommandations, qu'il s'agisse de votre fournisseur d'intrants, de votre agronome ou de toute autre personne. Il est temps de revenir à ce que nous avions l'habitude de faire et d'essayer d'élaborer des programmes de désherbage sur trois ou quatre ans et de ne pas se contenter de faire cela sur une base annuelle. »

 

Et il ajoute : « Nous allons devoir faire quelque chose en plus des herbicides pour essayer d'arriver à la fin de la saison de végétation sans aucune production de graines. Si nous n'y parvenons pas, l'évolution se poursuivra. »

 

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*Source : First dicamba-resistant waterhemp reported in Illinois | AGDAILY

 

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