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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La frustration grandit face au retard du Ghana dans l'approbation du niébé GM

9 Décembre 2021 Publié dans #OGM, #Afrique

La frustration grandit face au retard du Ghana dans l'approbation du niébé GM

 

Joseph Opoku Gakpo*

 

 

Image : graines de niébé. Photo : Joseph Opoku Gakpo

 

Alors que les pertes de récoltes entraînent une montée en flèche des prix du niébé au Ghana – un aliment de base riche en protéines – les agriculteurs, les producteurs de semences et les scientifiques expriment leur frustration face au retard pris par le gouvernement pour approuver une variété génétiquement modifiée (GM) capable de résister à des insectes nuisibles.

 

Le prix du niébé (« haricot ») dans la région d'Ashanti a doublé depuis le début de l'année, selon les médias locaux. Au marché central de Kumasi, une tasse de haricots qui se vendait auparavant 2,50 cedis (0,40 USD) est passée à 5 cedis. « Le prix des haricots ne cesse d'augmenter. C'est pourquoi nous avons augmenté les prix et nos clients se plaignent du nouveau prix », a déclaré à Joy News M. Afia Mansah, un commerçant du marché.

 

Le retard du gouvernement dans l'approbation de la commercialisation du niébé GM a créé une situation où les cultures sont continuellement endommagées par des parasites, ce qui entraîne une flambée des prix, a déclaré M. Alhassan Amadu, président de la branche de la région nord de l'Association des Producteurs de Semences du Ghana, dans un communiqué.

 

« Nous tenons à préciser que la principale raison du très faible rendement des cultures de niébé est l'attaque des insectes nuisibles à tous les stades de végétation [...] Nous ne sommes pas en mesure de récolter au moins une tonne de niébé par hectare, ce qui rend le prix des graines de niébé très élevé sur le marché », a déclaré M. Amadu.

 

Le Nigeria a déjà approuvé le niébé GM, qui peut résister au foreur de gousses. Les agriculteurs nigérians qui cultivent la variété améliorée font état d'une réduction moyenne de 80 % de l'utilisation de pesticides, et de rendements plus élevés.

 

« Nous avons entendu dire que le Nigeria a donné cette variété à ses agriculteurs et qu'ils en profitent. Pourquoi l'agriculteur ghanéen est-il traité différemment ? » a demandé M. Mohammed Hafiz Alhassan, un producteur de niébé dans la région nord du Ghana. « Et donc, nous pensons que si nous ne faisons pas entendre notre voix, nous continuerons à souffrir, et aussi à polluer l'environnement. Ce n'est même pas sain, car il faut traiter tous les quatre jours au plus fort des infestations. Donc, quiconque est en position d'autorité et peut aider à mettre les semences dans les mains des agriculteurs devrait le faire le plus tôt possible afin que nous puissions tous bénéficier de cette technologie de nouvelle génération. »

 

Bien que les scientifiques ghanéens aient développé une variété locale de niébé génétiquement modifié, l'absence d'un conseil d'administration pour l'Autorité Nationale de Biosécurité (NBA), le régulateur étatique des aliments génétiquement modifiés, a bloqué le processus d'approbation.

 

« Il est triste de constater que, bien que le Ghana et le Nigeria aient commencé à travailler sur ce niébé GM à peu près en même temps, les dirigeants et les institutions de l'État du Nigeria ont soutenu leurs scientifiques pour qu'ils diffusent rapidement ces variétés à leurs agriculteurs, mais que le cas est différent au Ghana », a noté M. Amadu, qui est également un producteur de niébé.

 

Les agriculteurs veulent « avoir accès à des variétés (niébé GM) fondées sur la technologie qui aideraient à stimuler la productivité, à réduire les coûts de production et à augmenter le rendement des cultures », a ajouté M. Amadu.

 

Les agriculteurs, les scientifiques et les vendeurs de semences demandent au gouvernement de mettre en place les structures appropriées qui permettront de reprendre les processus d'approbation bloqués, dans le but de mettre les semences à la disposition des agriculteurs et, en fin de compte, de mettre un terme à la hausse continue des prix.

 

En janvier dernier, les scientifiques de l'Institut de Recherche Agricole de Savannah (SARI) du CSIR, géré par l'État, ont soumis à l'autorité des documents demandant l'autorisation environnementale de la variété après 12 ans de recherche. Mais l'autorité a demandé aux scientifiques de patienter et de présenter une nouvelle demande après la mise en place d'un nouveau conseil d'administration.

 

« La semence est prête entre les mains des scientifiques. Nous devons donc les distribuer aux agriculteurs. Mais pour ce faire, nous avons d'abord besoin d'une autorisation environnementale afin de pouvoir effectuer des essais multilocaux avec les scientifiques et les agriculteurs », explique le Dr Richard Ampadu-Ameyaw, chercheur à l'Institut de Politique Scientifique et Technologique du Conseil de la Recherche Scientifique et Industrielle (CSIR) et coordinateur national du Forum Ouvert sur la Biotechnologie Agricole (OFAB).

 

« Mais lorsque les scientifiques ont demandé l'autorisation de dissémination, ils l'ont malheureusement fait à un moment où le conseil avait été dissous. Nous devrons donc attendre que le conseil soit reconstitué pour pouvoir aller de l'avant. À l'heure où nous parlons, le conseil n'est toujours pas en place. Nous attendons donc que le conseil soit formé pour que la demande puisse lui être remise », a-t-il ajouté.

 

Le mandat de tous les conseils d'État a expiré le 6 janvier 2021, après la fin du premier mandat du président Nana Akufo-Addo. Mais près d'un an plus tard, le président élu pour un second mandat doit encore pourvoir un certain nombre de postes vacants, notamment le conseil d'administration de la NBA.

 

« Au départ, nous pensions qu'en tant qu'autorité, ils devaient pouvoir accepter des demandes sans le conseil d'administration », a expliqué M. Ampadu-Ameyaw dans une interview accordée à l'Alliance pour la Science. « Mais en cherchant une interprétation, nous avons réalisé que le conseil devait être en place. Même si cela a été une surprise pour certains d'entre nous, nous ne voulons pas transgresser la loi. Pour l'instant, je peux dire que l'horloge a été arrêtée. Nous attendons que le conseil soit mis en place. Et lorsque la demande sera finalement soumise au conseil, alors nous pourrons remettre l'horloge en marche. »

 

Le conseil pourrait ne pas être mis en place avant la fin de l'année, selon le ministère de l'environnement, des sciences et de la technologie, qui supervise les travaux de la NBA. Le ministre aurait recommandé une liste de membres potentiels du conseil et attendrait l'action du président.

 

Toutefois, même si la NBA approuve la demande de dissémination dans l'environnement, il faudra un certain temps aux scientifiques pour rassembler et analyser les informations provenant des essais sur le terrain effectués en plusieurs endroits du pays. Ces données seront ensuite soumises à l'approbation finale du Comité National d'Autorisation des Variétés du ministère de l'alimentation et de l'agriculture, avant que les semences ne soient mises à la disposition des agriculteurs ghanéens. Personne ne sait combien de temps prendra ce processus.

 

« Les frustrations que nous éprouvons sont dues au fait qu'on nous a parlé de ce niébé génétiquement modifié, qui était censé contribuer à réduire le coût de production et le régime actuel de pulvérisation », a déclaré M. Alhassan. « Nous lui avons apporté tout le soutien dont il avait besoin. Et nous avons reçu l'assurance qu'à un moment donné, il y a deux ans ou l'année dernière, il serait entre les mains des agriculteurs. Et c'est ce que nous espérions tous. Mais nous ne l'avons toujours pas. »

 

_________________

 

* Source : Frustration grows over Ghana's delay in approving GM cowpea - Alliance for Science (cornell.edu)

 

 

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