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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Je suis un agriculteur de la conservation qui kidnappe le carbone pour de bon

6 Décembre 2021 Publié dans #Sol

 

Je suis un agriculteur de la conservation qui kidnappe le carbone pour de bon

 

Andre Figueiredo Dobashi*

 

 

 

 

Je suis un kidnappeur de carbone.

 

En tant qu'agriculteur de conservation, les pratiques que nous utilisons sur notre exploitation nous permettent de « kidnapper le carbone » de l'atmosphère et de le stocker dans notre sol.

 

Cela fait de moi un meilleur agriculteur. La pratique du carbon farming, de la « carboculture » [ma note : c'est mon néologisme] soutient mes efforts pour produire plus de nourriture et aider l'environnement en même temps.

 

Le mot « kidnapper » capte bien sûr l'attention des auditeurs. Il les met en éveil. C'est pourquoi je l'utilise. La plupart des gens n'ont aucune idée du fait que les agriculteurs enlèvent régulièrement le dioxyde de carbone de l'atmosphère – et que, ce faisant, nous luttons contre les effets néfastes du changement climatique.

 

En tant qu'agriculteurs, nous avons besoin qu'ils comprennent ce qui se passe.

 

Une partie de notre défi est que le public, y compris de nombreux fonctionnaires, n'en sait pas assez sur la science de la carboculture et sur la façon dont elle permet aux agriculteurs de faire partie de la solution au changement climatique. Lorsque les scientifiques tentent d'expliquer pourquoi il est important de capturer le carbone, ils ont tendance à compliquer la question en utilisant des mots tels que « séquestration » que beaucoup de gens ne comprennent pas.

 

Avez-vous déjà entendu quelqu'un dire « séquestration » dans une conversation normale ?

 

C'est le genre de mot que l'on découvre dans un mémento pour un test d'entrée à l'université, plutôt que celui que l'on utilise dans une conversation de tous les jours avec sa famille et ses amis.

 

C'est pourquoi, en tant qu'agriculteurs, nous devons trouver de nouvelles façons de décrire le processus de séquestration du carbone. Avec l'idée de « kidnapping du carbone », j'ai choisi une métaphore. Le pouvoir des métaphores est de permettre à une comparaison frappante, comprise par beaucoup, d'aider les gens à voir plus clairement le concept original. La métaphore spécifique du kidnapping de carbone peut améliorer la connaissance de la science réelle.

 

Donc, je suis un kidnappeur de carbone. En utilisant des pratiques intelligentes en matière de carbone dans notre ferme, nous produisons plus de nourriture, nous augmentons la matière organique pour que le sol soit plus sain et nous utilisons moins d'intrants pour faire tout ce bon travail.

 

Techniquement, c'est moi qui dirige cette mission. Mes cultures font la plupart du travail. Ce sont elles les véritables kidnappeurs.

 

Par un processus biologique ordinaire, les cultures extraient le dioxyde de carbone de l'atmosphère. Puis elles le poussent vers le bas par leurs racines et déposent le carbone dans le sol. C'est là qu'il est retenu en otage et qu'il fait le plus de bien.

 

Il y a en fait plusieurs bons résultats. Tout d'abord, la carboculture contribue à la croissance des plantes, ce qui signifie que mon maïs et mon soja se portent bien. Au fur et à mesure que mes rendements augmentent et que le coût de mes intrants diminue, ma situation économique s'améliore, ce qui nous permet d'apporter des améliorations constantes à nos pratiques d'exploitation du carbone.

 

Deuxièmement, la carboculture améliore la santé à long terme des sols de mon exploitation. Elle enrichit le contenu organique de mes champs, aide le sol à retenir l'humidité et contribue à prévenir l'érosion du sol en le maintenant en place.

 

Troisièmement, elle réduit les effets néfastes du changement climatique. Les gaz à effet de serre émis par les cheminées et les pots d'échappement alimentent une grande partie du problème. Le piégeage du carbone dans les exploitations agricoles fonctionne dans le sens inverse, en aspirant le carbone de l'air et en le stockant sous nos pieds.

 

 

 

 

Le simple fait de cultiver des plantes fait de moi un carboculteur, mais dans notre ferme, nous prenons des mesures supplémentaires pour faire un travail encore meilleur. Nous avons adopté la culture sans labour (no-till), ce qui signifie que nous gardons le sol intact plutôt que de le retourner. En refusant de le bouleverser, nous parvenons à mieux fixer le carbone dans la terre. Nous utilisons également un système de rotation des cultures et nous plantons des cultures de couverture – que j'appelle des cultures kidnappeuses – qui ne deviennent pas des aliments mais qui, grâce à la photosynthèse, convertissent le carbone de l'air, l'enfouissent dans le sol et le transforment en énergie pour la croissance des plantes.

 

Les kidnappeurs de carbone qui réussissent sont très attentifs à la « rançon » qu'ils attendent. En d'autres termes, nous mesurons ce que nous faisons. Cela commence par une base de référence. Quelle est la quantité de carbone présente dans le sol à l'heure actuelle ? Ensuite, nous vérifions et revérifions et vérifions encore une fois – trois mesures par campagne – pour voir comment nos champs se comportent.

 

Pour ce faire, nous pouvons accéder à des outils de pointe disponibles dans des laboratoires scientifiques spécialisés dans les sols, afin de mesurer spécifiquement la quantité de carbone supplémentaire présente dans le sol. Ces types d'outils deviendront encore plus courants à mesure que nous améliorerons la connectivité Internet en milieu rural, permettant ainsi aux agriculteurs des régions éloignées de mesurer le carbone, de partager les résultats en ligne et de poursuivre le travail sophistiqué de l'agriculture du XXIe siècle.

 

En étudiant les résultats, nous apprenons ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Nous pouvons adapter nos pratiques et améliorer ce que nous faisons.

 

Pendant de nombreuses années, les activistes climatiques ont critiqué l'agriculture et les agriculteurs comme faisant partie du problème du changement climatique, déterminant finalement des politiques et des lois qui entravent notre travail. Pourtant, nous sommes en fait une partie de la solution au dilemme du changement climatique.

 

En partageant notre histoire de « kidnapping du carbone », nous changeons le discours et aidons la société à comprendre que la carboculture est la meilleure affaire du monde pour nous tous.

 

______________

 

Andre Figueiredo Dobashi, agriculteur, Brésil

 

Andre cultive sans labour (no-till) 3.000 hectares de soja GM et de maïs hybride GM à la frontière entre le Brésil et le Paraguay. Il élève également du bétail dans la même zone pendant la saison hivernale, ce qui réduit l'empreinte carbone de la viande. Il a amélioré le premier projet d'agriculture à faible émission de carbone sur son exploitation, en travaillant avec un fonds bancaire public et le soutien d'un fournisseur multinational d'intrants pour mettre en œuvre ses meilleures pratiques et les partager avec d'autres producteurs. Les meilleures pratiques de gestion et la responsabilité environnementale le guident dans ses décisions de production.

 

André est un leader agricole dans l'État du Mato Grosso do Sul. Il est président de l'association des producteurs de soja de l'État. Outre l'agriculture, il conselle d'autres producteurs sur l'agriculture de précision et les systèmes de production intégrés. Andre a récemment pris part aux efforts de plaidoyer visant à amplifier la connectivité Internet dans les zones rurales.

 

Source : I’m a Conservation Farmer Who Kidnaps Carbon for Good – Global Farmer Network®

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T
Le carbone se stocke très lentement dans le sol quelque soit la pratique [1] et il suffit d'un seul évènement ou erreur de pilotage pour ruiner des années de stockage. Certaines études récentes remettent même en cause la fonction puits de carbone du sol. En fait il n'y a rien de nouveau ici à part un repositionnement de l'agriculteur en bon disciple de l'idéologie verte.<br /> <br /> Cependant à faire le jeu des escrolos, on oublie l'éléphant dans le couloir : le CO2 capté va d'abord dans les plantes. Et là c'est le drame puisque l'agriculture est considérée comme globalement émettrice de CO2 parce que les conventions actuelles dans les flux de carbone stipulent que tout ce qu'elle produit est considéré comme consommé par elle, mais en incluant aussi toutes les émissions indirectes en postproduction (transport, transformation, etc.) [2] : c'est évidemment une ineptie destinée, on imagine, à éviter de faire payer la note au consommateur final.<br /> <br /> Bref ce discours marketing revient à se tirer une balle dans le pied.<br /> <br /> [1] https://www.perspectives-agricoles.com/essai-travail-du-sol-a-boigneville-le-travail-du-sol-n-agit-pas-ou-peu-sur-le-stock-global-de-carbone-@/view-3241-arvarticlepa.html<br /> [2] https://acsess.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1002/agj2.20286<br /> https://doi.org/10.3917/pes.383.0003
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D
Entièrement d'accord.<br /> Dans mon boulot-productions animales- je suis pour le moins exaspéré par les professionnels et autres institutions qui tentent de surfer sur cette vague, avec l’apparition de nouveaux indicateurs "bas carbone" et toutes sortes de fadaises.<br /> <br /> Il n'y a qu'à observer les différences d'approches sur la gestion des calculs des GES entre l'INRA (Agri-balyse) et celle, hollandaise (CFP project). L'une veut être globale, l'autre, plus proche de la production: en tout cas, de belles usines à gaz dans les deux cas.<br /> J'aurais tendance à penser que ce sont des stratégies perdantes à coup sûr.