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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Insectes « pesticidés » dans les zones protégées : encore une bouse « scientifique »

20 Décembre 2021 Publié dans #Article scientifique, #Pesticides

Insectes « pesticidés » dans les zones protégées : encore une bouse « scientifique »

 

 

 

 

Le prestigieux groupe Nature...

 

Nature – oups ! le prestigieux groupe Nature – a publié dans Scientific Reports « Direct pesticide exposure of insects in nature conservation areas in Germany » (exposition directe des insectes aux pesticides dans les zones de conservation de la nature en Allemagne) de Carsten A. Brühl, Nikita Bakanov, Sebastian Köthe, Lisa Eichler, Martin Sorg, Thomas Hörren, Roland Mühlethaler, Gotthard Meinel et Gerlind U. C. Lehmann.

 

Le premier auteur et correspondant est de l'Institut pour les Sciences Environnementales de Landau, Université de Coblence Landau. Trois auteurs relèvent du Naturschutzbund Deutschland e. V. (NABU – Union pour la Protection de la Nature de l'Allemagne), une organisation non gouvernementale allemande.

 

Non, non, il n'y a pas de conflits d'intérêts... Imaginez les vociférations pour une étude à front inversé, avec un tiers des auteurs de Bayer/Monsanto...

 

 

Le résumé

 

Voici le résumé (découpé) :

 

« En Allemagne, le déclin de la biomasse des insectes a été observé dans les zones de conservation de la nature dans les paysages agricoles. L'un des principaux facteurs de causalité discutés est l'utilisation de pesticides de synthèse dans l'agriculture conventionnelle.

 

Dans une étude de terrain à l'échelle de l'Allemagne, nous avons collecté des insectes volants à l'aide de pièges Malaise dans des zones de conservation de la nature adjacentes à des terres agricoles. Nous avons utilisé une analyse chimique des éléments traces à plusieurs composants pour détecter 92 pesticides agricoles courants dans l'éthanol provenant de pièges à insectes échantillonnés en mai et août 2020.

 

 

 

 

Au total, les résidus de 47 pesticides d'usage courant ont été détectés, et les échantillons d'insectes étaient en moyenne contaminés par 16,7 pesticides.

 

Des résidus des herbicides métolachlor-S, prosulfocarb et terbuthylazine, ainsi que les fongicides azoxystrobine et fluopyram ont été enregistrés sur tous les sites. Le néonicotinoïde thiaclopride a été détecté dans 16 des 21 zones de conservation de la nature, très probablement en raison de son utilisation finale avant une interdiction à l'échelle européenne.

 

Un changement dans la composition des mélanges de résidus était perceptible en raison d'une utilisation plus importante d'herbicides au printemps et d'une augmentation des applications de fongicides en été.

 

Le nombre de substances pour lesquelles des résidus ont été enregistrés est lié à la proportion de la zone de production agricole dans un rayon de 2000 m. Par conséquent, une réduction drastique des pesticides dans de larges zones tampons autour des zones de conservation de la nature est nécessaire pour éviter la contamination de leur faune d'insectes. »

 

 

 

Des doses infinitésimales

 

Résumons le résumé.

 

Les auteurs ont capturé des insectes volants dans des zones équivalant à nos Natura 2000. Les insectes tombaient dans de l'alcool à 96 % et y séjournaient jusqu'à 14 jours. On a analysé les résidus dans l'alcool selon une méthodologie présence/absence avec une limite de détection se situant entre 0,0004 et 0,186 µg/L. Pour fixer les idées, la détection la plus fine correspond à 400 grammes par... kilomètre cube (un peu moins que le volume du lac d'Annecy).

 

 

 

 

À part le fait qu'on a trouvé des résidus de pesticides issus d'insectes volants, à des niveaux supérieurs à la limite de détection – et quelques banalités comme la variation de la composition du mélange de pesticides en cours de saison –, que nous apprend cette étude ? Fondamentalement rien !

 

Curieusement, les auteurs écrivent :

 

« Les pesticides détectés en dessous de la LDM [limite de détection de la méthode] ont été classés comme non détectés, tous les autres comme détectés. »

 

On détecte donc en dessous de la limite de détection... La revue par les pairs a bien fonctionné...

 

 

 

 

On a trouvé des traces... et alors ?

 

Oups ! Conclu trop vite !

 

Les insectes piégés étaient... vivants.

 

Mais on pourra toujours laisser entendre que ce sont ceux qui ont survécu à une terrible épreuve.

 

Les deux premières phrases du résumé ne sont-elles pas une référence directe à « More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas » (un déclin de plus de 75 pour cent en 27 ans de la biomasse totale d'insectes volants dans des zones protégées) de Caspar A. Hallmann et al., premier article cité dans la bibliographie ?

 

Mais il a été démontré que cette étude de 2017 – de piètre qualité – était affectée d'un vice rédhibitoire quant à sa conclusion et que les données recueillies ne supportaient pas la thèse générale (voir pas exemple ici sur ce site). Par ailleurs, elle est quasi muette sur le rôle des pesticides dans le déclin allégué.

 

 

Quatre jours après la publication de Caspar Hallmann et al. un commentateur avait publié une analyse différente, illustrée par les graphiques ci-dessus. M. Philippe Stoop avait plus que suspecté un changement de méthodologie de collecte des échantillons entre 2006 et 2007. Malgré ces démonstrations, Caspar Hallmann et al. reste une référence iconique dans le monde de la recherche militante.

 

 

On pourra toujours arguer qu'on n'a trouvé que peu de résidus d'insecticides et qu'un seul, le thiaclopride, a été trouvé sur plus de 10 sites... C'est un indice – oups ! une preuve – du fait que les insectes volants ont été tués par les autres insecticides avant d'être capturés dans les pièges... Allez, on offre ça gratos à Générations Futures... et, bien sûr, M. Stéphane Foucart.

 

Sauf que la « presse scientifique d'opinion » (copyright : M. Philippe Stoop) regorge d'articles qui incriminent toutes sortes de pesticides dans le déclin de l'entomofaune.

 

Les auteurs n'ont pas fait de recherches sur les pesticides employés dans les environs des pièges. On ne saurait donc conclure que les insecticides ont tué, sauf si on s'appelle, devinez... Et, pour l'article discuté ici, point besoin de démonstration : la seule présence de résidus de pesticides dans l'alcool des flacons des pièges Malaise suffit pour sauter à la conclusion... comme chez... devinez...

 

Les auteurs trouvent aussi une corrélation entre l'importance de la surface agricole adjacente (terres arables ou vignes), dans un rayon de 2.000 mètres, et le nombre de pesticides trouvés.

 

 

 

 

Ce n'est pas de la « rocket science »... un autre constat aurait été surprenant. On s'étonnera cependant de trouver des valeurs de plus de 8 km2 de terres arables pour une surface totale de 12,56 km2 d'un cercle de 2 km de rayon.

 

 

Les résultats minces autorisent des conclusions péremptoires...

 

Avec leur protocole simpliste, les auteurs n'ont évidemment pas pu aller plus loin que le constat qu'il y a des résidus de pesticides dans le liquide dans lequel des insectes ont baigné, et ce, à des doses qui ne nous sont pas indiquées et qui, de toute façon, seraient ininterprétables.

 

On est en définitive dans le schéma des gesticulations chères à Générations Futures : houlah ! on a trouvé jusqu'à 27 résidus de pesticides aux Ziegenbuschhänge bei Oberau.

 

On est aussi dans ce schéma pour la conclusion :

 

« Les insectes collectés dans les zones de conservation de la nature ont montré qu'ils avaient été exposés à une variété de résidus et de mélanges de pesticides qui changeaient tout au long de l'année. Ces insectes ont dû être exposés aux pesticides dans le paysage agricole environnant, où l'agriculture conventionnelle utilisant des pesticides de synthèse prédomine.

 

Actuellement, une législation a été mise en œuvre en Allemagne qui interdit l'utilisation d'herbicides et d'insecticides toxiques pour les abeilles dans les zones de conservation de la nature, bien que les applications soient toujours autorisées dans les zones ZSC [zones spéciales de conservation] environnantes plus vastes. Cependant, pour protéger les insectes dans les zones de conservation de la nature, il n'est pas seulement obligatoire d'y arrêter l'utilisation de pesticides, mais il est également nécessaire de réduire les applications de pesticides de synthèse, en particulier dans les environs, de préférence pour former une zone tampon de protection. Notre analyse de différents paysages environnants de 500 à 3.500 m, représentant les zones de vol potentielles des insectes, a révélé que le nombre de pesticides détectés est lié à la zone de production agricole dans un rayon d'environ 2.000 m. Les zones tampons de protection visant à réduire la contamination des insectes par les pesticides devraient donc être établies dans une fourchette de plusieurs centaines de mètres et non de quelques dizaines de mètres. Une zone tampon de 2.000 m autour de toutes les zones de conservation de la nature affecterait environ 30 % de la totalité des terres arables d'Allemagne. Bien qu'il s'agisse d'une proportion importante, elle se situe dans la zone de transformation suggérée dans le Pacte Vert de l'UE, qui vise à ce que 25 % des terres agricoles soient consacrées à l'agriculture biologique d'ici 2030. […]

 

Et il y en a encore sous la pédale...

 

Non, non, il n'y a pas de conflits d'intérêts...

 

Et c'est juste de la « science » militante.

 

 

Au fait...

 

Au fait, le titre – « Direct pesticide exposure of insects in nature conservation areas in Germany » (exposition directe des insectes aux pesticides dans les zones de conservation de la nature en Allemagne) est-il bien juste ? L'article est construit sur la base de la prémisse que l'exposition n'est pas « directe […] dans les zones de conservation de la nature », mais en dehors... pour arriver à la conclusion – nullement étayée – qu'il faut instaurer des zones tampons dédiées à l'agriculture... biologique.

 

 

« Une nouvelle étude allemande montre que les insectes des réserves naturelles, dont la biomasse a diminué de 76 % en 26 ans, sont contaminés par des cocktails de pesticides. Très inquiétant pour le concept de conservation de la nature dans les réserves naturelles "insulaires". »

L'article ne dit strictement rien sur les effets de la « contamination »... mais le chercheur à gages Dave Goulson tire déjà des conclusions préoccupantes.

(source)

 

 

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U
Cette étude démontre sans ambiguité qu'il y a plus de pesticide près d'endroits où on les utilise que là où on n'en utilise pas.<br /> Cela mérite bien une publication dans une revue "prestigieuse" ...
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