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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La révolution microbienne promet de bouleverser l'agriculture et l'avenir de l'alimentation

12 Novembre 2021 Publié dans #Alimentation

La révolution microbienne promet de bouleverser l'agriculture et l'avenir de l'alimentation

 

Mark Lynas*

 

 

 

 

Depuis des décennies, les nouvelles technologies dans l'agriculture ont aidé les agriculteurs en rendant la production alimentaire plus efficace. Les engrais artificiels ont augmenté la productivité, tandis que les outils de génétique ont permis de produire de meilleures variétés de plantes cultivées.

 

Mais que faire si des technologies encore plus récentes menacent de rendre les agriculteurs eux-mêmes superflus ? Telle est la perspective soulevée par la révolution microbienne à venir, qui verra potentiellement des micro-organismes utilisés dans des cuves industrielles pour produire la plupart des aliments dont l'homme a besoin avec une efficacité bien supérieure à celle de l'agriculture conventionnelle.

 

Certains experts estiment qu'il pourrait s'agir du plus grand changement dans l'économie humaine depuis l'invention de l'agriculture, il y a 10.000 ans, en libérant les gens de leur lien avec la terre et en réduisant, voire en éliminant, notre dépendance à l'égard de la production de nourriture à partir du sol, du soleil et d'autres ressources environnementales.

 

Parmi les partisans de cette idée figure George Monbiot, militant écologiste et chroniqueur au Guardian, basé au Royaume-Uni, qui a inventé le terme « farmfree foods » (aliments sans exploitation agricole) pour décrire les nouveaux produits annoncés. George Monbiot insiste sur le fait que les aliments sans exploitation agricole « créent des possibilités étonnantes pour sauver à la fois les gens et la planète ».

 

En particulier, l'alimentation sans exploitation agricole « nous permettra de rendre de vastes zones de terre et de mer à la nature, ce qui permettra le réensauvagement et la réduction des émissions de carbone à grande échelle », a-t-il déclaré. Cela signifiera également « la fin de l'exploitation des animaux, la fin de la plupart des déforestations » et une « réduction massive de l'utilisation des pesticides et des engrais ».

 

Monbiot n'est pas le seul enthousiaste. Un rapport du groupe de réflexion RethinkX, qui s'intéresse aux technologies de rupture, affirme que « le système actuel d'agriculture animale industrialisée sera remplacé par un modèle "Food-as-Software", où les aliments sont conçus par des scientifiques au niveau moléculaire et téléchargés dans des bases de données auxquelles les concepteurs d'aliments peuvent accéder partout dans le monde. »

 

Il ne s'agit pas d'une révolution menée par les gouvernements, mais par des scientifiques et des innovateurs travaillant dans le domaine de la « biologie de précision ». Celle-ci englobe toute une série de technologies nécessaires à la conception et à la reprogrammation des cellules et des organismes, comme le génie génétique, la biologie synthétique, le génie métabolique et la biologie computationnelle.

 

Selon RethinkX, « la biologie synthétique a subi un changement conceptuel en devenant une discipline d'ingénierie. Tout comme les développeurs de logiciels, les biologistes synthétiques peuvent concevoir la biologie et améliorer la qualité, l'évolutivité, la nutrition, le goût, la structure et le coût ».

 

Le potentiel de cette technologie est presque illimité. Les génomes des microbes peuvent être programmés pour produire pratiquement n'importe quelle molécule souhaitable, des acides gras oméga 3 aux protéines, glucides ou sucres spécifiques. Les intrants peuvent être produits en utilisant à peine plus que de l'air et de l'eau.

 

L'entreprise finlandaise Solar Foods, qui produit des protéines et des glucides microbiens en utilisant uniquement de l'hydrogène, de l'oxygène et du dioxyde de carbone comme principales matières premières, est un exemple très cité de cette nouvelle vague. L'hydrogène est dérivé de l'eau par électrolyse à l'aide d'électricité renouvelable, ce qui en fait également un produit alimentaire à faible impact en carbone.

 

Solar Foods affirme que son produit expérimental en poudre, Solein, est 10 fois plus économe en terres que les plantes photosynthétiques, si l'électricité consommée provient de panneaux solaires. Bien que l'entreprise ne le précise pas, il est clair que ce ratio pourrait être considérablement amélioré si l'électricité provenait d'une source plus économe en terres, comme le nucléaire (qui peut également produire directement de l'hydrogène).

 

 

Les microbes peuvent également être utilisés pour remplacer les protéines produites par les vaches dans le lait et dans leur viande, tandis que les viandes à base de cellules deviendront probablement compétitives en termes de coût – initialement pour le marché du bœuf haché – d'ici quelques années seulement. Une société, Finless Foods, vise maintenant à utiliser la technologie cellulaire pour remplacer les fruits de mer, espérant ainsi réduire la pression sur les océans du monde.

 

L'impact sur l'élevage pourrait être spectaculaire. RethinkX prévoit que d'ici 2030, la demande de produits bovins aura chuté de 70 % et que, même avant cette date, « l'industrie bovine américaine sera effectivement en faillite ». La demande de cultures destinées à nourrir le bétail chutera de 50 %, affectant en particulier les pays exportateurs de céréales comme le Brésil, et la valeur des terres agricoles « s'effondrera de 40 à 80 % ».

 

Comme le souligne Monbiot, c'est potentiellement une excellente nouvelle pour la nature. Les terres épargnées par l'agriculture pourraient être reboisées pour contribuer à enrayer le déclin spectaculaire de la biodiversité et de l'abondance de la faune et de la flore sauvages, qui résulte en grande partie de la conversion des terres à l'agriculture et au pâturage.

 

Les terres épargnées pourraient également permettre le piégeage de milliards de tonnes de carbone dans les forêts qui repoussent, réduisant ainsi les concentrations atmosphériques de CO2 et aidant la planète à éviter les conséquences les plus catastrophiques du réchauffement climatique.

 

Des denrées alimentaires moins chères produites sur une infime partie des terres actuelles pourraient également améliorer la sécurité alimentaire dans le monde entier, notamment en déconnectant la production alimentaire des caprices d'un climat de plus en plus erratique à mesure que les impacts climatiques s'accélèrent.

 

Les agriculteurs ne seront pas les seuls à voir leur rentabilité économique et leur mode de vie bouleversés dans un tel scénario. Les fabricants d'engrais et de pesticides, ainsi que les semenciers et les constructeurs de machines agricoles, verraient tous leurs modèles économiques mis à mal et leurs marges érodées.

 

De nombreux écologistes ne sont pas enthousiastes. M. Monbiot admet avoir été « hué jusqu'au plafond » lorsqu'il a présenté sa vision à la Oxford Real Farming Conference récemment. Cette rencontre tend à attirer les partisans de l'agriculture « régénérative » et biologique, dont l'approche de retour à la nature entraîne malheureusement une occupation des sols et des émissions de gaz à effet de serre bien plus importantes que l'agriculture conventionnelle.

 

Comme pour le génie génétique antérieur, il est clair que la biologie de précision de la prochaine génération va perturber les idéologies aussi bien que les économies. Les Verts, qui ont tendance à imaginer un retour à une idylle rurale bucolique, auront besoin d'être persuadés que les aliments microbiens en cuve produits à l'échelle méga-industrielle sont un pas dans la bonne direction.

 

Mais rien ne prouve que les approches environnementalistes actuelles fonctionnent, alors que la déforestation augmente, que la population humaine se dirige vers les 9,5 à 10 milliards d'individus et que la croissance économique se poursuit au niveau mondial. Si l'on ne parvient pas à nourrir toutes ces nouvelles personnes sans avoir à cultiver encore plus de terres, les forêts tropicales restantes tomberont sûrement aussi.

 

L'espoir de la biologie de précision est que cette révolution soit portée par l'innovation et l'économie. Comme le souligne RethinkX, lorsque les nouvelles technologies commenceront à ronger les marchés des produits animaux existants, les industries de l'élevage entreront dans une « spirale de la mort » en essayant de rester à flot en augmentant les prix de leurs produits restants.

 

La nouvelle ère de la biologie de précision et de l'alimentation hors-sol va bouleverser nos approches et nos systèmes de croyance actuels en matière d'alimentation et d'agriculture. Nous ne pouvons tout simplement pas savoir comment les nouvelles technologies vont changer la vie des gens à travers le monde.

 

Mais, au moins au niveau conceptuel, il est désormais possible d'envisager comment une population humaine plus nombreuse peut potentiellement survivre à l'urgence climatique à venir sans détruire une grande partie de la biodiversité restante de la planète. Et cela ne peut être qu'une bonne chose.

 

______________

 

* Source :Microbial revolution promises to upend agriculture and future of food - Alliance for Science (cornell.edu)

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Y
hormis pour le coup de "l'électrolyse à l'aide d'électricité renouvelable provenant du solaire" le reste peut tenir la route! Pourquoi pas ! il va quand même falloir que les mentalités s'ouvrent <br /> Sauf pour les pro nature et les "si c'est de synthèse c'est mauvais "qui vont être en PLS, il y a forcement des choses qui pourraient être bénéfique pour l'humanité! <br /> Voila la solution pour nos futures voyageurs vers mars !
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