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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'équipe de Nutrinet-Santé s'attaque aux additifs alimentaires

24 Novembre 2021 Publié dans #Article scientifique, #Alimentation

L'équipe de Nutrinet-Santé s'attaque aux additifs alimentaires

 

Dites, combien ça coûte ?

 

 

Nos pérégrinations cybernétiques nous ont fait rencontrer « Exposure to food additive mixtures in 106,000 French adults from the NutriNet Santé cohort » (exposition à des mélanges d'additifs alimentaires chez 106.000 adultes français de la cohorte NutriNet-Santé).

 

 

Deux dizaines d'auteurs

 

Cela vaut la peine de donner la liste dela vingtaine d'auteurs : elle reflète d'une certaine manière les investissements consentis (sachant, par ailleurs, qu'on a épluché les jeux de réponses de 106.000 participants et les étiquettes de composition alimentaire d'un grand nombre de produits) :

 

Eloi Chazelas, Nathalie Druesne-Pecollo, Younes Esseddik, Fabien Szabo de Edelenyi CédricAgaesse, Alexandre De Sa, Rebecca Lutchia, Pauline Rebouillat, Bernard Srour, Charlotte Debras, Gaëlle Wendeu-Foyet, Inge Huybrechts, Fabrice Pierre, Xavier Coumoul, Chantal Julia, Emmanuelle Kesse-Guyot, Benjamin Allès, PilarGalan, Serge Hercberg, Mélanie Deschasaux-Tanguy, MathildeTouvier.

 

 

Le résumé

 

Voici le résumé (découpé pour faciliter la lecture) :

 

« Les additifs alimentaires (édulcorants artificiels, émulsifiants, colorants, etc.) sont ingérés quotidiennement par des milliards d'individus.

 

Certains résultats inquiétants, principalement issus d'études expérimentales sur des animaux et/ou des cellules, ont récemment émergé, suggérant des effets néfastes potentiels de plusieurs additifs largement consommés.

 

Les profils d'exposition aux additifs ainsi que l'impact potentiel à long terme d'une exposition multiple sur la santé humaine sont peu documentés. Ce travail visait à estimer la consommation habituelle d'additifs alimentaires parmi les participants de la cohorte française NutriNet-Santé et d'identifier et décrire les profils d'exposition (substances uniques et mélanges).

 

Au total, 106.489 adultes de l'étude de cohorte française NutriNet-Santé (2009-en cours) ont été inclus. La consommation de 90 additifs alimentaires principaux a été évaluée à l'aide d'enregistrements alimentaires répétés sur 24 heures comprenant des informations sur les marques de produits commerciaux.

 

Les informations qualitatives (présence/absence) de chaque additif dans les produits alimentaires ont été déterminées en utilisant 3 bases de données de composition à grande échelle (OQALI, Open Food Facts, GNPD), en tenant compte de la date de consommation du produit. Les doses quantitatives ingérées ont été estimées en combinant des tests de laboratoire sur des matrices alimentaires (n= 2677) et des données de l'EFSA et du JECFA. L'exposition a été estimée en mg par kg de poids corporel par jour.

 

Les profils d'exposition aux mélanges d'additifs alimentaires ont été extraits à l'aide d'une factorisation matricielle non négative (NMF) suivie d'un regroupement par k-means et d'un Lasso graphique.

 

La comparaison sociodémographique et alimentaire des groupes de participants a été effectuée par des tests de Chi-deux ou des régressions linéaires. Les données ont été pondérées en fonction du recensement national.

 

Quarante-huit additifs étaient consommés par plus de 10 % des participants, les amidons modifiés et l'acide citrique étant consommés par plus de 90 %.

 

Le top 50 comprenait également plusieurs additifs alimentaires dont les effets négatifs potentiels sur la santé ont été suggérés par des études expérimentales récentes : lécithines (86,6 % des consommateurs), mono- et diglycérides d'acides gras (78,1 %), carraghénane (77,5 %), nitrite de sodium (73.9 %), di-, tri- et polyphosphates (70,1 %), sorbate de potassium (65,8 %), métabisulfite de potassium (44,8 %), acésulfame K (34,0 %), cochenille (33,9 %), nitrate de potassium (31,6 %), sulfate d'ammoniaque caramel (28,8 %), bixine (19,5 %), glutamate monosodique (15,1 %) et sucralose (13,5 %).

 

Nous avons identifié et décrit cinq groupes de participants plus spécifiquement exposés à cinq mélanges d'additifs distincts et un groupe supplémentaire rassemblant des participants globalement peu exposés aux additifs.

 

Les additifs alimentaires, y compris plusieurs d'entre eux pour lesquels les problèmes de santé sont actuellement débattus, étaient largement consommés dans cette étude basée sur la population. En outre, les principaux mélanges d'additifs ont été identifiés. Leur impact sur la santé et leurs effets cocktail potentiels devraient être explorés dans de futures études épidémiologiques et expérimentales. »

 

 

Donnez-nous des sous !

 

Fait remarquable : d'entrée de jeu, les auteurs se placent dans le registre de l'anxiogenèse. Non, ils ne cherchent pas, de manière neutre et impartiale, de savoir quelle est l'exposition, mais « [c]ertains résultats inquiétants […] ont récemment émergé, suggérant des effets néfastes potentiels ». Avec une double précaution de langage : « suggérant » et « potentiels ».

 

La conclusion est du même registre. En clair : donnez-nous des sous pour étudier « [l]eur impact sur la santé et leurs effets cocktail potentiels […] dans de futures études épidémiologiques et expérimentales »

 

Ce n'est qu'au détour d'un paragraphe que l'on peut lire :

 

« La plupart des additifs n'ont probablement aucun effet néfaste sur la santé (certains peuvent même avoir des effets bénéfiques : par exemple, les antimicrobiens, les antioxydants, les polyphénols) [...] »

 

Ça ne méritait visiblement pas de figurer dans le résumé...

 

 

Des résultats a priori rassurants

 

Le graphique suivant montre le pourcentage de personnes « consommant » tel ou tel additif.

 

 

 

 

Le top 6 est constitué par des amidons modifiés, de l'acide citrique (un composant du jus de citron), des lécithines (un produit naturel présent dans nombre d'aliments), de l'acide ascorbique (la vitamine C), de la gomme xanthane (un gélifiant naturel, même s'il est maintenant produit par voie biotechnologique) et des pectines (l'ingrédient qui, par exemple, fait épaissir les confitures).

 

Voici encore le début du tableau 1 qui présente les doses ingérées par les consommateurs avec, informations importantes, les doses journalières admissibles et le pourcentage de personnes dépassant cette dose.

 

 

 

 

Sauf pour le glutamate monosodique (46,74 % de consommateurs au-dessus de la dose journalière admissible) et le borax (15,15 %), les dépassements de DJA (quand il y en a une) touchent majoritairement une fraction seulement de pour cent de la population ou quelques pour cent (par exemple 4,4 % dans le cas des oxydes et hydroxydes de fer).

 

 

 

Qu'en est-il des « additifs alimentaires dont les effets négatifs potentiels sur la santé ont été suggérés par des études expérimentales récentes », mentionnés dans le résumé ? Glutamate monosodique mis à part, les autres ne sont pas associés à une DJA, ou ont une DJA qui n'est dépassée que dans deux cas par 0,23 et 0,24 % de la population testée.

 

En définitive, cet énorme travail nous montre en fait – contrairement à l'angle qui est donné dans le résumé –, que notre système de sécurité alimentaire fonctionne bien.

 

Rappelons que les doses journalières admissibles sont établies avec une grande marge de sécurité (généralement à un centième de la dose la plus élevée supportée sans effets néfastes par des animaux de laboratoire). Ajoutons aussi que les avis sont très divergents pour le glutamate monosodique.

 

 

Les « clusters »

 

On peut bien sûr s'attendre à ce que cette équipe – une fois les financements trouvés ou tout simplement après un nouveau passage des données dans les moulinettes informatiques et statistiques – nous entretiendra des effets néfastes des « cocktails ».

 

Le décor est planté avec l'identification de six « clusters » ou groupes, comme le montre le chapeau du tableau 2 (qui vient ici avec les cinq premières lignes.

 

 

 

 

Que nous dit la première ligne ? Que, si l'on considère que le groupe 6 représente le top alimentaire, les membres de la cohorte (pas forcément représentatifs de la population générale) mangent « bien ».

 

Mais nul doute qu'on trouvera de quoi nous inquiéter avec les effets du cocktail de jus de salsepareille (qui a beau être le mets favori des Schtroumpfs) et de poudre de perlimpinpin.

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