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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'agriculture sans labour : pas d'utilité après tout ? Faits nouveaux

23 Novembre 2021 Publié dans #Agronomie

L'agriculture sans labour : pas d'utilité après tout ? Faits nouveaux

 

Olaf Zinke, AGRARHEUTE*

 

 

Ma note : Cet article ne laissera pas indifférent...

 

 

© stock.adobe.com/Lukas

L'itinéraire technique sans labour ou le semis direct dans les cultures arables n'améliorent pas la teneur en humus du sol par rapport aux autres méthodes, n'augmentent pas les rendements et ne sont donc pas plus durables, affirme une étude suisse, confirmant une étude similaire de l'Institut Thünen. Mais lisez par vous-même.

 

 

L'itinéraire technique sans labour dans les cultures arables n'est pas aussi durable qu'on le pensait. C'est la conclusion d'une méta-analyse réalisée par l'Université de Bâle.

 

 

Le pédologue Axel Don, de l'Institut Thünen de Braunschweig, était auparavant arrivé à des conclusions très similaires. Les conclusions d'Axel Don ont déjà fait l'objet d'une discussion animée et très controversée sur agrarheute.

 

Les scientifiques de l'Université de Bâle ont fondé leurs recherches sur les 17 objectifs de durabilité formulés par les Nations Unies. Il s'agit notamment de l'objectif d'une agriculture plus durable. Au cours des dernières décennies, de nombreuses études ont été menées dans ce domaine dans le but de développer des pratiques agricoles plus efficaces en termes de ressources.

 

Dans le domaine des grandes cultures, les organisations internationales telles que la Banque Mondiale ou l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) recommandent depuis longtemps trois principes : l'agriculture sans labour, le fait de laisser de la paille sur les champs et la rotation des cultures, expliquent les scientifiques bâlois dirigés par le professeur Nikolaus Kuhn du Département des Sciences de l'Environnement.

 

Jusqu'à présent, l'accent a été mis principalement sur le sans -labour et le semis direct. Cela signifie que le sol n'est pas labouré, et que les semences sont mises dans un sol non travaillé. L'objectif de cette approche est de protéger le sol contre l'érosion, de stocker davantage de dioxyde de carbone (c'est-à-dire d'accumuler de l'humus) et d'augmenter le rendement des cultures.

 

 

Aucun effet positif du semis direct

 

© stock.adobe.com/Lukas

Le résultat de l'étude de Bâle est le suivant : les objectifs fixés – stockage du dioxyde de carbone (accumulation d'humus), protection des sols et augmentation du rendement des cultures – ne peuvent pas être atteints avec les seuls sans-labour et semis direct.

 

Selon M. Kuhn, l'un des problèmes est qu'on n'a jamais défini précisément ce que l'on entendait par la méthode de culture sans labour. Surtout, il n'était pas clair si le fait de laisser de la paille sur le terrain faisait partie du processus.

 

Au final, certaines études ont conclu que l'itinéraire technique sans labour était extrêmement efficace. D'autres études – comme celles d'Axel Don – n'ont trouvé aucun effet positif. Le scepticisme des agriculteurs s'est également accru, car dans certains cas, les récoltes ont même diminué, indique M. Kuhn.

 

Avec son ancien doctorant Liangang Xiao de l'Université de Chine du Nord, le scientifique suisse a donc examiné 49 études différentes dans une méta-analyse.

 

Résultat : les objectifs fixés – stockage du dioxyde de carbone (accumulation d'humus), protection des sols et augmentation des récoltes – ne peuvent pas être atteints avec les seuls sans-labour et semis direct. En revanche, si la paille est laissée sur le champ après la récolte, les effets positifs souhaités se feront sentir.

 

 

Critique des orientations politiques

 

M. Kuhn explique les résultats très variables des études menées jusqu'à présent par l'imprécision de la définition de la méthode et par l'approche des organisations internationales, qui veulent passer à la pratique avec des solutions universelles et simplifiées.

 

Selon M. Kuhn, les données actuellement disponibles montrent que le fait de laisser la paille dans le champ constitue une approche plus prometteuse de l'agriculture arable durable que le seul sans-labour.

 

Toutefois, le scientifique met en garde contre le fait de se focaliser dès maintenant sur une seule méthode : « La nature est trop diverse pour obtenir de bons résultats à l'échelle mondiale avec une seule méthode. »

 

Pour contrecarrer le scepticisme de nombreux agriculteurs à l'égard des recommandations de la science et de la politique, il importe à l'avenir de ne plus chercher de solutions globales unifiées. Il est plutôt important de développer la procédure appropriée localement et en échange avec les personnes sur le terrain, notent les scientifiques.

 

 

Institut Thünen : pas d'accumulation supplémentaire d'humus

 

© stock.adobe.com/Contrypixel

Un bilan climatique exige plus qu'un regard superficiel au sens propre du terme. Alors que l'accumulation d'humus se produit à la surface du sol dans le cadre du semis direct, la teneur en humus diminue dans les couches sous-jacentes de la couche arable, explique l'Institut Thünen.

 

L'Institut Thünen de Braunschweig a tiré de nombreux enseignements d'une étude approfondie des sols agricoles en Allemagne. L'une d'entre elles : ll'itinéraire technique sans labour, qui consiste à désherber le champ à l'aide de pesticides chimiques, n'a apparemment pratiquement aucun effet positif sur la teneur en humus du sol. Cela contredit évidemment l'opinion majoritaire des agriculteurs et les déclarations de nombreux scientifiques.

 

Le chercheur en pédologie de l'Institut Thünen de Braunschweig, le Dr Axel Don, a été chargé de l'étude complète de l'état des sols du BMEL [Ministère Fédéral de l'Alimentation et de l'Agriculture]. Il a également étudié les effets de l'itinéraire technique sans labour et a évalué de nombreuses autres études et les a utilisées pour l'évaluation. M. Don déclare : « Pour un bilan climatique, il faut plus qu'un regard littéralement superficiel. Alors qu'il y a une accumulation d'humus à la surface du sol dans le cadre du semis direct, la teneur en humus diminue dans les couches sous-jacentes de la terre arable. »

 

Il poursuit : « L'humus provient des racines, des résidus de culture et des engrais de ferme et pénètre donc dans le sol principalement par le haut. Sans travail de retournement avec la charrue, l'humus nouvellement formé reste proche de la surface du sol. » Il n'est donc pas mélangé uniformément à la terre végétale, ce qui signifie que moins d'humus atteint la partie inférieure de la terre végétale.

 

 

Un meilleur contrôle de l'érosion – mais plus de chimie

 

© stock.adobe.com/dieter76

Le semis direct n'est possible qu'en combinaison avec une utilisation accrue de produits phytosanitaires. Au moins une application supplémentaire d'un herbicide total (par exemple, de glyphosate) est nécessaire avec les méthodes du semis direct. La réduction de la consommation de carburant diesel grâce aux méthodes de semis direct est toutefois positive pour l'environnement et le portefeuille.

 

C'est ce qu'a découvert l'Institut Thünen dans plus de 100 études de terrain qui ont pris en compte l'ensemble du profil du sol : les méthodes de semis direct ont permis de stocker en moyenne seulement 150 kg/ha de carbone par an. Dans de nombreuses études, on a même constaté une perte d'humus.

 

La conclusion est donc la suivante : les scientifiques n'ont pas trouvé d'accumulation significative d'humus avec l'itinéraire technique sans labour. Il en va de même pour le travail réduit du sol : là aussi, les essais à long terme n'ont montré qu'une légère augmentation des réserves d'humus en moyenne. De plus, celle-ci n'était pas détectable de manière fiable après plusieurs décennies.

 

Toutefois, le semis direct n'est pas aussi répandu en Allemagne qu'aux États-Unis ou en Amérique du Sud. Mais : ces dernières années, de plus en plus d'agriculteurs sont passés au travail réduit du sol. L'objectif est d'améliorer la structure du sol et de le protéger contre l'érosion. Et, bien sûr, moins de travail et moins de passes sur le terrain. Cependant, comme mentionné ci-dessus, l'enrichissement en humus n'a pas d'effet positif sur la protection du climat.

 

Un autre inconvénient, selon les chercheurs de Thünen autour d'Axel Don, est que le semis direct n'est possible qu'en combinaison avec une utilisation accrue de produits phytosanitaires. Au moins une application supplémentaire d'un herbicide total (par exemple, de glyphosate) est nécessaire avec les méthodes de semis direct. La réduction de la consommation de carburant diesel grâce aux méthodes de semis direct est toutefois positive pour l'environnement et le portefeuille.

 

Mais : tant la production que le transport des produits phytosanitaires produisent des gaz à effet de serre qui doivent être pris en compte dans le bilan de CO2. Par conséquent, on peut se demander si le fait de se passer de la charrue contribue réellement à la protection du climat. Les avantages évidents du sans-labour résident principalement dans la lutte contre l'érosion et le gain de temps de travail.

 

_____________

 

M. Olaf Zinke travaille pour Agrarheute en tant que rédacteur cross-média pour les opérations et les marchés. Il analyse les marchés agricoles et des produits de base nationaux et internationaux depuis trois décennies et a travaillé à ce titre pour diverses institutions.

 

Source : Pfluglos ackern: Bringt doch nichts? – Neue Fakten | agrarheute.com

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F
Dans certains cas, avec un couvert végétal de féverole, par exemple, on peut se passer de glyphosate avant le semis de la culture. Donc, pas de généralisation.
Les premières expérimentations pluriannuelles de l'INRA en rotations céréalières ont donné des résultats négatifs au non-labour car il n'y avait pas de couverts végétaux intermédiaires, les matériels et techniques n'étaient pas aussi perfectionnés que maintenant. Il y avait des pertes de rendement, donc aussi de restitutions de paille...
Dans le Sud-Ouest, même en monoculture de maïs, de nombreux cultivateurs maîtrisent maintenant les techniques de non-labour, de strip-till et surtout de semis direct dans un couvert végétal vivant de féverole. Les rendements sont équivalents voire supérieurs. Il y a alors un réel enrichissement du sol en matière organique, en faune et en flore. La capacité de rétention en eau et en minéraux est améliorée, le risque de sécheresse ou le besoin en irrigation diminué.
Là où le bénéfice est le plus important, c'est dans les terrains pentus à cause de la quasi-suppression de l'érosion, et dans les terrains pauvres ou champs hétérogènes. En général, les stations expérimentales sont situées sur des sols plats et riches...
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M
Bonjour, lors d'une journée démonstration chez "Horsch", en France, j'avais lancé que cette société commercialiserait, dans quelque temps, une charrue !Horreur ! mais attendons 4 ou 5 ans, car en Haute-Marne, le non labour a de sérieuse limites.
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D
Ce n'est pas vraiment nouveau.
J'ai toujours été gêné quand on a présenté le non labour comme "une soluce" contre le "changement climatique",
Il a bon dos le "changement climatique", on l'évoque à toutes les sauces, mais qu'est ce qu'on ne ferait pas pour attirer l'attention.
Bien sûr que son utilisation (non labour) dépend d'un paquet de facteur et c'est à l’agriculteur d'arbitrer entre les différentes techniques.
L'argument de l'augmentation de la MO avec le non labour, m'a toujours étonné, tout dépend sur quelle profondeur de sol, on analyse la MO.

Pour l’anecdote, je me rappelle même d'avoir lu dans le "canard", un article élogieux sur le "non labour": la raison était simple, le labour, c'est la FNSEA/CNJA (symbolisé par le concours de labour) et c'était, à l'époque, la CR qui soutenait les méthodes simplifiées. Pour le "Canard", tout était bon pour taper le syndicat majoritaire, sans trop regarder les aspects techniques.
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P
On en est plus là...
J'ai des amis cultivateurs qui font du non-labour et qui adhérent à la FDSEA, ou pas, pas bio ou pas.... Ils s'en fichent un peu de leur adhésions. Ils souhaitent être efficaces et le font ensemble, en partageant leurs expériences.
Il y a des bons résultats (vers de terre, meilleurs rendements dans des sols moyens, voire médiocres) mais ce n'est pas la panacée...
En pratique, les sols sont tellement différents les uns des autres...
Ils connaissent l'auteur du livre ""Revitaliser les sols" dont j'ai fais mention dans mon précédent post.
C'est très intéressant. Pas d'œillères.
Les controverses bio ou pas bio, FDSEA ou pas, étouffent ce qui se passe aujourd'hui d'intéressant.
J
Le déserbage peut aussi être thermique (chalumeau) et c'est pas top point de vue émissions de CO2...
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P
Un livre fort intéressant :
"Revitaliser les sols
Diagnostic, fertilisation, protection"
de Francis Bucaille

Dans ce livre l'auteur explique pourquoi le non labour n'est pas toujours positif, sans toutefois exclure cette pratique. C'est un livre nuancé. Il donne un rôle important à certains champignons (favorisés par la paille et les restes de tiges de maïs laissés sur la surface en hiver) qui seraient plus bénéfiques (pour l'humus, pour l'azote fixé) que les bactéries favorisées par le non labour (qui recouvrent le sol avec de la matière verte en hiver, ce qui ne correspondrait pas au cycle de végétation sous nos climats), etc.

Difficile à résumer mais très intéressant.
Je serais heureux d'en lire une critique .
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H
Merci pour la référence. Les premières pages m'ont convaincu de l'intérêt de ce livre ! Remarquons qu'il ne peut avoir une seule "recette" en agriculture. Natures des sols, variabilité considérables des climats et types de plantes cultivées entrainent forcément une infinité de méthodes différentes si l'on veut être efficace et le rester dans le temps.