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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Femina et les pesticides dans les fruits et légumes : féminable !

19 Novembre 2021 Publié dans #critique de l'information, #Pesticides, #Alimentation

Femina et les pesticides dans les fruits et légumes : féminable !

 

 

(Source)

 

 

On peut trouver ce « Pommes, salades, fraises… Voici les fruits et légumes à absolument acheter bio car ils sont bourrés de pesticides » publié par Femina le 15 novembre 2021 grotesque et dérisoire.

 

À la réflexion, il mérite un grand coup de gueule à double titre.

 

En premier lieu, cette bouse est l'œuvre d'une « Alternante rédaction web transverse pour VersionFemina.fr/Public.fr/Télé7jours.fr/FranceDimanche.fr » – whatever that means – fraichement émoulue de l'Institut Européen de Journalisme (IEJ) avec un master (après quatre années d'études).

 

S'agissant de l'auteure, il est difficile de faire preuve de tolérance au vu de la production, même avec une forte dose de compréhension et de charité envers une jeunesse.

 

S'agissant de Femina, il est surtout intolérable qu'elle ait publié cette production sans égards pour sa propre réputation (c'est son problème) et celle de sa collaboratrice.

 

En second lieu, Femina s'est livré à un conseil nutritionnel qui, à la fois, est inepte et constitue à notre sens un dénigrement des filières de production de fruits et légumes « non bio ». Il suffit de s'en remettre au titre !

 

Mais voici le détail.

 

 

« La pomme

 

Sa peau est très fine et ne la protège pas des pesticides. Le fruit sera gorgé de 36 substances toxiques. »

 

« On » nous met en lien « Pommes, poires, courgettes, aubergines… Découvrez les fruits et légumes qui ne seront plus vendus sous plastique en 2022 ». C'est de la même auteure, ce qui identifie sans nul doute l'auteur du lien.

 

Prenez les quatre assertions. Une peau très fine ? Une protection des pesticides grâce à la peau (quel que soit le fruit ou légume) ? « ...gorgé » ? « ...36 substances toxiques » ?

 

 

« Les fraises

 

Choisissez-les toujours locales et de saison. 70% des barquettes non-bio contiennent des pesticides perturbateurs endocriniens. »

 

Un conseil d'achat qui fera plaisir aux producteurs espagnols ! Et aussi aux nombreux Français qui veulent se payer des fraises sans pouvoir payer le prix des françaises...

 

Les 70 % sont plutôt corrects selon le dernier rapport de l'Autorité Européenne de Sécurité Sanitaire – sachant toutefois que les résidus se situent en dessous des limites maximales de résidus, sauf dans 4,5 % des échantillons (sans que cela soit source de préoccupations, les normes étant établies de manière très protectrice).

 

Mais quelle est la source de la référence aux « perturbateurs endocriniens » ?

 

 

« Les pêches

 

Elles contiennent du captane et de l’iprodione, deux polluants provoquant des cancers. 73% des pêches dépassent les limites des normes en termes de pesticides. »

 

Deux lignes... la loi de Brandolini...

 

Non, « les pêches » – lire : « toutes les pêches » – ne contiennent pas du captane.

 

L'iprodione a été retirée du marché en mars 2018. Mais il est vrai que l'EFSA a rapporté des cas où cette substance maintenant non autorisée a été trouvée dans des échantillons.

 

« ...provoquant des cancers » est au mieux une exagération. En France, le captane est classé en catégorie 2 de cancérogénicité, « Substances suspectées d'être cancérogènes pour l'homme », une classification qui concerne essentiellement les professionnels, pas les consommateurs. Pour le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), il est en catégorie 3, « inclassable quant à sa cancérogénicité pour l'Homme ».

 

Et non, « 73% des pêches » ne dépassent pas... Selon les données colligées par l'EFSA, le taux de dépassement des limites maximales de résidus a été de 1,5 % des échantillons en 2019 (sans qu'il en résulte de préoccupations sanitaires, les normes étant fixées de manière très protectrice). Ces 73 %, c'est du reste mettre en accusation les autorités sanitaires qui laisseraient se produire et persister une telle situation.

 

 

« Les épinards

 

Les plants sont cultivés avec beaucoup de pesticides. »

 

Gros coup de fatigue de l'auteure... du commentateur aussi...

 

 

« Les nectarines

 

Tout comme la pomme, la peau des nectarines est très fragile et ne permet pas d’empêcher les pesticides de pénétrer le fruit. »

 

Gros coup de fatigue (bis).

 

 

« Le raisin

 

C’est l’un des fruits les plus sensibles aux attaques d’insectes et de champignons. C’est pour cette raison qu’il contient une dizaine de pesticides. Problème, on n’épluche pas le raisin. »

 

Gros coup de fatigue (ter).

 

 

« Le céleri

 

Le légume n’a pas de peau pour le protéger et donc assimile tous les pesticides directement dans sa chair. »

 

Un légume qui n'a pas de peau, ça vient de sortir...

 

 

« Le kale

 

Comme les épinards, il contient beaucoup de pesticides. Le légume n’a aucune écorce ou pelure pour se protéger des différents produits dont il est aspergé. »

 

On tourne en rond...

 

 

« Les pommes de terre

 

Elles contiennent 81% des pesticides même après avoir été lavées et épluchées. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, même si elle est enfouie dans la terre, c’est l’un des aliments les plus touchés par les pesticides. »

 

À quoi correspondent les (100 – 81 =) 19 % restants ?

 

La logique est aussi stupéfiante. Il y a des fruits et des légumes qui seraient « gorgés » de pesticides parce que leur peau est trop mince, voire inexistante, et voici un légume « enfoui[e] dans la terre » et muni d'une peau qui contient pas moins de « 81% de pesticides ».

 

 

« Le poivron

 

C’est l’un des légumes les plus exposés aux pesticides pendant sa croissance. C’est dans les plis que l’on retrouve le plus de résidus chimiques. »

 

Les plis dans le poivron... en plus de tout le reste...

 

 

« La salade

 

La laitue contient un nombre affolant de pesticides perturbateurs endocriniens. 16% d’entre elles contiennent même des substances chimiques interdites en France. »

 

Ouf ! On arrive au bout ! C'est finalement « affolant ».

 

Ce qui est le plus affolant, au final, est tout de même que Femina n'ait pas pris la décision de retirer cet article de son site.

 

 

(Source)

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F
Il faut rappeler, répéter, rabâcher, marteler: les légumes bio contiennent eux aussi des pesticides. Des pesticides agréés bio, certes, mais des pesticides tout de même. Le message bio = sans pesticide est un mensonge éhonté. Les “journalistes” qui le répètent sont des instruments de la propagande. Incompétence ou malveillance?
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M
Bonjour, il y a t-il un seul journaliste qui connaisse le sujet dont il parle (excepté celui de l'Agri 66) ? à part faire du bruit en forçant l'agribasching ! Je ne lis pas ce journal, mais pour ses annonceurs, il les classe par ordre écolo ? Car toutes leurs publicités ne concernent, bien sûr, que des produits bio : voitures, parfums, cosmétiques, boissons, habillements, lingeries, hygiène, plats cuisinés, ... ? On peut dire et écrire n'importe quoi sans avoir peur de se regarder dans la glace ! Affligeant
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H
J'avais remarqué cet article dans ma revue de presse et je m'abstient désormais de cliquer sur ce genre de titre car en le faisant on entretient les inepties de ce genre puisque chaque clic de plus incite les rédacteurs en chef à commander une autre bouse du même acabit à une (ou un) journaliste sur laquelle je ne taperais pas. Cette journaliste est jeune, ne connait pas ce sujet et sans doute bien d'autres sujets sur lesquels elle écrit mais elle a eu une commande du chef de rédaction : esprit général, nombre de lignes, ton de l'article, mots clés à utiliser. Ou elle écrit l'article et d'autres du même acabit, ou elle va pointer à l'ANPE assez rapidement. C'est cela la réalité du journalisme du moins pour la grande majorité de ceux qui ne sont pas des ténors. Etant une femme, je m'empresse de renchérir en rajoutant au passage qu'à ma grande désolation, les journaux féminins sont en général d'un niveau complètement pitoyable quelque soit le sujet. J'en croise parfois dans des salles d'attente ou chez le coiffeur. Je suis toujours effarée par leur contenu : frivole, futile et profondément bête.
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H
Merci Murps, vous avez tout à fait raison, l'ANPE a été remplacé par Pôle Emploi en 2008 ! C'est à ce genre de détail qu'on sent qu'on commence à vieillir :-) Remarquez que cela a changé de nom mais ne fonctionne pas mieux.
Les féministes... Née dans une famille où toutes les femmes travaillaient et étaient éduquées, j'y croyais étant jeune, je n'en attends plus rien depuis bien longtemps.
Ces 50 dernières années, les féministes ont essentiellement défendu les droits de l'homme dans le monde, ce qui était loin d'inclure partout les droits des femmes, pire ce fut même souvent au mépris du droit des femmes. Le comble de l'abjection fut atteint par une certaine Judith Butler, une soit disant ultra féministe US, aux écrits totalement déjantés, égérie du wokisme et de la cancel culture qui a quand même réussi à défendre le port de la burqa par les femmes afghanes en tant que symbole de la résistance à l'impérialisme US.
U
J'admire votre mansuétude, sans la partager. La qualité de la presse est un élément de la démocratie.
M
Les journaux féminins devraient être combattus par les féministes... Quant aux journalistes, on m'avait expliqué qu'ils étaient soit des chômeurs, soit des prostituées.
Ici, on ajoute la bêtise et l'incompétence.
Petit détail, cher Hbsc Xris : l'ANPE n'existe plus depuis longtemps.
;-)