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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Des scientifiques ougandais développent des variétés de caféier tolérantes à la sécheresse pour sauver une précieuse culture de rente

7 Novembre 2021 Publié dans #Afrique, #amélioration des plantes

Des scientifiques ougandais développent des variétés de caféier tolérantes à la sécheresse pour sauver une précieuse culture de rente

 

John Agaba*

 

 

 

 

Après avoir mis sur le marché des variétés de caféier résistant à la maladie du flétrissement (trachéomycose), des scientifiques agricoles ougandais ont commencé à développer des variétés de Robusta qui sont également tolérantes à la sécheresse.

 

Mais comme l'Ouganda ne dispose pas d'une loi sur la biosécurité, les chercheurs ont déclaré qu'ils ne pouvaient pas utiliser des outils d'édition de gènes plus rapides tels que CRISPR-Cas pour développer les nouvelles variétés. Au lieu de cela, ils prévoient que le processus prendra environ 10 ans.

 

L'Ouganda est l'un des principaux exportateurs de café Robusta en Afrique. Cette culture de rente a rapporté 559 millions de dollars au pays de l'Afrique de l'Est l'année dernière, selon l'Autorité Ougandaise de Développement du Café.

 

Mais la plante est de plus en plus menacée par la sécheresse et d'autres phénomènes météorologiques imprévisibles, ce qui incite les scientifiques à chercher une solution.

 

« Nous devons continuellement développer de meilleures variétés. C'est comme ça », a déclaré Mme Betty Magambo, chercheuse à l'Institut National de Recherche sur le Caféier (NaCORI). « L'environnement évolue, nous avons des maladies plus récentes et les sols sont désormais moins fertiles. Donc, nous ne pouvons pas vraiment nous asseoir et nous détendre. Nous devons donner des options aux agriculteurs. »

 

Le Dr Godfrey Sseremba, agent de recherche principal au NaCORI à Kituuza, a déclaré que les scientifiques utilisent la sélection moléculaire ou assistée par marqueurs pour développer les variétés tolérantes à la sécheresse.

 

« Nous avons identifié des matériels provenant de variétés de caféier sauvage qui sont tolérants à la sécheresse et nous les avons étudiés pour comprendre leur composition », a-t-il expliqué. « Les matériels poussent naturellement dans les forêts ougandaises [...] et dans leur germeplasme, il y a une diversité qui est tolérante à la sécheresse. »

 

Les scientifiques croisent donc soigneusement les variétés sauvages avec les variétés améliorées de Robusta résistantes à la trachéomycose. Les hybrides sont ensuite cultivés dans des serres et dans d'autres zones soumises à un stress hydrique afin d'observer leurs performances.

 

« Nous utilisons la sélection moléculaire ou assistée par marqueurs pour déterminer si les nouvelles variétés contiennent des matériels de tolérance à la sécheresse », a déclaré M. Sseremba. « Comme nous savons déjà quels gènes sont tolérants à la sécheresse, il nous suffit de prélever des échantillons de feuilles de ces hybrides et de les tester en laboratoire pour vérifier qu'ils contiennent de l'ADN tolérant à la sécheresse », a-t-il poursuivi.

 

Ensuite, les scientifiques utiliseront la culture de tissus pour multiplier les variétés souhaitées qui présentent à la fois des caractéristiques de résistance à des maladies et de tolérance à la sécheresse.

 

Outre la sécheresse, la précieuse culture du caféier est confrontée à d'autres problèmes en Ouganda.

 

« Le changement climatique s'accompagne d'une myriade d'autres défis », a déclaré Mme Magambo. « Par exemple, nous avons des maladies plus récentes comme la maladie de la cloque rouge [Cercospora coffeicola] qui attaque les cerises du caféier, les faisant tomber au sol avant qu'elles ne soient mûres et puissent être récoltées. »

 

Habituellement, le caféier fleurit après les pluies, qui sont généralement précédées d'une période de sécheresse, a-t-elle dit. Mais si le soleil brille après le stade de la floraison, la plupart des cerises commencent à tomber et les agriculteurs peuvent perdre jusqu'à 90 % de la récolte.

 

En plus de provoquer la chute prématurée des cerises du caféier, la sécheresse a un impact sur la qualité physique du fruit. Les cerises seront de couleur jaune clair, au lieu de rouge, et pèseront moins lourd – des caractéristiques qui peuvent être indésirables.

 

Selon Mme Magambo, la sécheresse est la raison pour laquelle les agronomes encouragent les cultures intercalaires ou mixtes pour le caféier.

 

« Nous ne voulons pas que nos agriculteurs perdent leur récolte. Nous les encourageons donc à planter leurs caféiers à l'ombre ou dans d'autres plantations comme le matooke [bananier] », a-t-elle déclaré.

 

Mais les scientifiques sont également conscients des projets de culture du caféier dans les régions plus chaudes de l'Ouganda, comme les districts de Kalamoja et de Kiruhura, où les agriculteurs ne peuvent pas compter sur les cultures intercalaires. Ils auront besoin de variétés améliorées qui peuvent également tolérer la sécheresse.

 

Dans le cadre d'une recherche distincte, les scientifiques du NaCORI greffent également les variétés de Robusta résistantes à la trachéomycose sur des porte-greffes de caféier Liberica, qui sont plus robustes et ont des systèmes racinaires plus forts qui peuvent s'étendre plus profondément dans le sol.

 

Le Liberica, appelé localement Kisansa, pousse aussi naturellement dans les forêts ougandaises. Mais il n'y fait pas l'objet d'un commerce.

 

Au fil des ans, les scientifiques du NaCORI ont développé de nouvelles variétés pour lutter contre les maladies et améliorer la qualité du café produit en Ouganda.

 

« Nous avons commencé par des variétés résistantes à la trachéomycose, car c'est le plus grand défi des producteurs ougandais depuis les années 90 », explique-t-elle.

 

Leur innovation phare, ce sont les 10 variétés de caféier Robusta CWDr [résistantes à la trachéomycose] sorties au cours de la dernière décennie.

 

« De Naro 1 à Naro 10, ces variétés ont été une révélation pour les agriculteurs, en particulier la dernière, Naro 10 », a déclaré Mme Magambo. « Elles sont résistantes aux maladies et ont un rendement plus élevé. »

 

Les agriculteurs qui plantent la toute dernière variété de Robusta CWDr, Naro 10, pourraient récolter jusqu'à 10 kilogrammes de cerises de caféier par arbre, soit 10 tonnes par hectare, a-t-elle précisé.

 

______________

 

* Source : Ugandan scientists developing drought tolerant coffee varieties to save valuable cash crop - Alliance for Science (cornell.edu)

 

 

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