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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Plus de méthane et moins de vaches ?

10 Octobre 2021 Publié dans #Divers

Plus de méthane et moins de vaches ?

 

La vache, « tueuse du climat » ? Un argument difficile à étayer*

 

 

© DI Peter Frühwirth, Chambre d'Agriculture de Haute-Autriche

 

 

Le méthane est un gaz nuisible au climat, 25 fois plus puissant que le dioxyde de carbone. Les vaches produisent du méthane pendant leur digestion. La vache a donc été qualifiée de tueuse du climat. Alors, supprimons le bétail. Et le climat sera sauvé, semble-t-il. C'est ainsi que l'argument est transmis au consommateur simple d'esprit.

 

Plus le message est simple, plus il faut le remettre en question. L'histoire nous l'enseigne.

 

À l'observatoire du Sonnblick, la teneur en méthane de l'air est mesurée par l'Agence Fédérale de l'Environnement depuis mai 2012. L'évolution de la teneur en méthane de mai 2012 à décembre 2019 est la suivante :

 

 

Évolution des valeurs moyennes mensuelles du méthane de mai 2012 à décembre 2019, Observatoire du Sonnblick. Source : © SPANGL, W. 2020 ; Office Fédéral de l'Environnement, Vienne.

 

 

La tendance pour le méthane est clairement à la hausse, avec des fluctuations saisonnières.

 

 

L'évolution de l'élevage bovin

 

Les bovins, en particulier les vaches laitières et les vaches allaitantes, se nourrissent d'herbe, de trèfle et de plantes herbacées. La digestion des aliments est assurée par les bactéries présentes dans le rumen. Ceux-ci dégagent du méthane. C'est un fait.

 

En retour, les bovins nous fournissent des protéines de haute qualité sous forme de lait et de produits laitiers, ainsi que de la viande pour les humains et les animaux de compagnie. Ce dernier point est souvent oublié.

 

Ce n'est que grâce aux ruminants (bovins, ovins, caprins) que nous disposons de prairies et que nous pouvons les préserver en tant qu'habitats et puits de CO2. Et, semble-t-il, également pour la réduction du méthane pendant la période de végétation.

 

 

Évolution du cheptel bovin en Autriche 2012-2019 ; © Source : BMLRT, base de données sur les bovins, en date de décembre 2019.

De haut en bas : total ; vaches laitières ; vaches allaitantes

 

 

Le cheptel bovin total a diminué en Autriche de 30.252 animaux entre 2012 et 2019 (moins 3,9 %). Le nombre de vaches allaitantes a diminué de 55.380 animaux (moins 22,1 %). Le nombre de vaches laitières n'a que légèrement augmenté, de 3.121 animaux (plus 0,6 %). Cette évolution est due à une légère augmentation du nombre de vaches laitières au Tyrol et dans le Vorarlberg.

 

 

Cheptel bovin Union Européenne – 28 pays (2013-2020) ; © Source : Eurostat

 

 

Le cheptel bovin total a légèrement diminué de 703.270 animaux dans l'UE entre 2012 et 2019 (moins 0,8 %). Le nombre de vaches allaitantes a augmenté de 175.540 animaux (plus 1,5 %). Le nombre de vaches laitières a diminué de 565.360 animaux (moins 2,4 %).

 

 

Pour résumer :

 

  • Le cheptel bovin total a légèrement diminué en Autriche ainsi que dans l'UE, au cours de la période 2012-2019.

 

  • Le nombre de vaches laitières est resté à peu près le même en Autriche entre 2012 et 2019, alors qu'il a légèrement diminué dans l'UE.

 

 

Pourquoi plus de méthane malgré moins de vaches ?

 

La teneur en méthane dans l'air à l'observatoire du Sonnblick n'a cessé d'augmenter depuis le début des mesures en mai 2012. Les mesures satellitaires (ENVISAT, ESA ; GOSAT, Japon) documentent également l'augmentation continue de la teneur en méthane dans l'atmosphère. Le cheptel bovin de l'UE et aussi de l'Autriche est resté à peu près le même depuis 2012, voire a très légèrement diminué.

 

L'Agence Spatiale Européenne (ESA) écrit : Le plus grand défi scientifique consiste à identifier l'influence naturelle et anthropique sur les gaz atmosphériques.

 

Cela laisse ouverte la question des sources de méthane pour les augmentations annuelles. Il ne peut guère s'agir du bétail de l'Europe (et de l'Autriche) au cours de cette période en raison des effectifs à peu près constants.

 

 

Méthane et gaz à effet de serre, et ruminants

 

Dans l'UE, l'Autriche et l'Irlande ont les plus faibles émissions de gaz à effet de serre (en équivalents CO2 par kg de lait de vache).

 

Il est incontestable que les bovins fournissent une charge de base de méthane en raison de leur digestion. Le méthane des ruminants ne représente que 13 % des émissions totales de méthane. Le méthane total représente 20 % du « forçage radiatif » de tous les gaz à effet de serre. Le méthane des ruminants contribue à hauteur de 2,6 % au « forçage radiatif ».

 

 

Contribution du méthane au changement climatique ; © Source : HÖRTENHUBER, S. et ZOLLITSCH, W. (2020).

À gauche : contributions des différents GES au forçage radiatif.

À droite : sources d'émissions. De haut en bas : sources naturelles (marais, termites...) ; culture du riz ; ruminants ; décharges et déchets ; combustion de biomasse ; énergie fossile.

 

 

L'expression « tueuses du climat » suggère inconsciemment aux gens que les vaches sont les principales responsables du méthane, un gaz à effet de serre, et donc du changement climatique. Aussi simple et subtil que soit ce message, il est erroné. C'est particulièrement vrai pour l'élevage bovin et la production laitière en Autriche.

 

 

Trois déclarations fondamentales peuvent être faites :

 

  • La disqualification « vache = tueuse du climat » est vraiment erronée.

 

  • Acheter de la viande bovine et des produits laitiers autrichiens ne contribue pas à l'augmentation des niveaux de méthane.

 

  • La production de lait permet de préserver nos prairies en tant qu'habitats et puits de CO2.

 

____________

 

Cet article est un court résumé. Le rapport intégral (en allemand) se trouve ici.

 

Source : Chambre d'Agriculture de Haute-Autriche

 

Mehr Methan und weniger Kühe? | Landwirtschaftskammer - Grünland & Futterbau (lko.at)

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U
@Seppi et Xris
Je me permets de souhaiter que Hbsc Xris puisse disposer de toute une page pour nous expliquer en détail son analyse des cartes d'émissions de méthane.
Répondre
M
Comme "Un physicien" (j'en suis un autre, ESPCI l'école de Becquerel et des Curie) je trouve les interventions de Hbsc toujours pertinentes. J'ai suivi le lien qu'elle a fourni sur les cartes de pollution et effectivement le pic de CH4 est largement en Inde, Bangladesh et Chine avec une zone inexpliquée en Pacifique Ouest. Quant à la carte des particules en Europe de l'Ouest ça n'est pas si catastrophique que certaines études voudraient nous le faire croire de 20000 décès prématurés en France on est passés à 40000 puis 48000 et récemment 97242 en 2018 (admirez la précision!)
Source
https://www.lefigaro.fr/sciences/la-pollution-de-l-air-provoquerait-pres-de-100-000-morts-prematurees-par-an-en-france-20210209
H
Merci pour votre intérêt... J'écrirais dans les semaines à venir quelque chose là dessus sur mon blog sans coloniser celui de Seppi qui a tant de sujets à faire découvrir. Je n'ai pas d'analyse à proprement parler, j'ai une multitude d'interrogations qui se sont accumulées au cours de 2 ans d'observation. En essayant de faire court (il y en a qui vont rigoler), les émissions massives de CH4 que ce soit en mesure au sol, ou en mesure de la totalité de la colonne proviennent 365/365 d'Asie et du sous continent Indien et c'est GIGANTESQUE. Pollution industrielle sans doute en partie, mais aussi riziculture et zones humides dont l'effet est je pense sous évalué (volontairement ? par nos chercheurs militants et destructeurs ?). A côté de cette vaste région du monde, tout le restant de la planète est en catégorie "petits joueurs". S'agissant de l'Europe, les émissions de CH4 s'observent surtout au niveau du sol, avec peu d'accumulation globale (colonne totale). Les émissions semblent surtout varier pour des causes climatiques, par exemple en France il a beaucoup plus d'émission en automne et au printemps, et je soupçonne une corrélation température/humidité au niveau des sols. En été par temps sec, les émissions sont en général faibles, et comme je pense que les éleveurs de ruminants ne pratiquent pas un abattage massif à l'entrée dans l'été.... pourquoi cette baisse prolongée alors que les vaches sont toujours là ? On peut également observer en été sur toute la partie nord de la Scandinavie des émissions tout simplement énormes de CH4 qui semble en corrélation encore une fois entre l'humidité et la température et les sols.
Je ne suis pas scientifique de formation, mon domaine c'est l'histoire. Mais il me semble que si le méthane des ruminants européens constituait une menace pour la planète, cela devrait se voir sur les cartes satellitaires 365/365 et avec une forte accumulation dans toutes la colonne des mesures. Encore une fois, je ne nie pas que les ruminants rejettent du CH4 lors du processus de rumination, je soupçonne cependant une considérable exagération dans le domaine des chiffres. Par ailleurs, pour ce qui est de la rumination, des recherches sont en cours et à condition de ne pas refuser le progrès scientifique, des solutions (alimentaires et génétiques) pourraient être trouvés dans les années à venir, sans qu'il soit nécessaire de sacrifier absurdement nos ruminants sur l'autel des délires écolos.
H
Sans contester la source de méthane que sont les ruminants, il est évident que nous sommes confrontés aujourd'hui à une vaste campagne de désinformation de la part des médias en ce qui concerne les sources principales de méthane. Il semblerait que certains milliardaires veulent faire diminuer ou disparaitre nos élevages, sans doute condition sine qua non pour vendre de la viande de synthèse ou d'insectes dans lesquelles ils ont lourdement investis. Pourtant nous disposons d'outils satellitaires qui rendent compte des émissions de GES (gaz à effet de serre) de manière assez précise par des cartographies quotidiennes réactualisées par tranches de quelques heures. On peut y constater les émissions au sol et estimer l'ampleur cumulative des émissions au sol par la "colonne totale" d'émission d'un de ces GES. J'invite tout simplement ceux qui s'interrogent à aller se faire leur propre opinion sur Copernicus, le site des données satellitaires européennes. Depuis près de 2 ans, je le consulte régulièrement et ce site me raconte une toute autre histoire en matière de GES. Nos ruminants menacent la planète avec le méthane ? Ne serait ce pas plutôt les émissions provenant des industries et rizières asiatiques et des zones humides (si chères aux écolos) en période de chaleur, voir le nord de la Scandinavie en été ? https://atmosphere.copernicus.eu/charts/cams/methane-forecasts?facets=undefined&time=2021100700,24,2021100800&projection=classical_global&layer_name=composition_ch4_totalcolumn
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P
Quelle belle science que la science du climat.

Si je comprends bien en 2050 quand nous serons +/- 10 milliards nous devrons manger le la luzerne et des herbes.
Cette histoire de forçage radiatif n'a pas beaucoup de sens.

Le GIEC a décidé que le méthane cause 20% du forçage radiatif. Il y aurait grosso mode 1,8 ppm de méthane dans l'atmosphère. Pourquoi l'argon qui représente 0,9 % ne cause pas d'effet radiatif ?
Je pense que le vrai choix est de nourrir convenablement 10 milliards de personnes.
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