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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Nous devons tirer les leçons du désastre de l'agriculture biologique au Sri Lanka causé par l'Homme

25 Octobre 2021 Publié dans #Agriculture biologique, #Sri Lanka

Nous devons tirer les leçons du désastre de l'agriculture biologique au Sri Lanka causé par l'Homme

 

V. Ravichandran*

 

 

 

 

Le Sri Lanka est partiellement revenu sur sa décision hâtive d'expérimenter une forme d'agriculture, mais le pays et ses citoyens paient déjà pour cette grossière erreur sous la forme d'une crise alimentaire.

 

Le président Gotabaya Rajapaksa a annoncé ce printemps un plan visant à faire du Sri Lanka le premier pays au monde à interdire les engrais inorganiques et les produits phytosanitaires qui combattent les parasites et maladies. Cette semaine, il a changé d'avis.

 

Pourtant, alors que nous célébrons la Journée Mondiale de l'Alimentation ce mois-ci, nous savons que le Sri Lanka souffre de son choix original et anti-scientifique : le gouvernement a récemment déclaré une urgence alimentaire, imposant un contrôle des prix et un rationnement strict. Il a forcé les agriculteurs à vendre leur riz à une agence d'État et a saisi des stocks dans des entrepôts privés. Pendant ce temps, les Sri-Lankais font la queue pendant des heures pour recevoir leurs portions de riz, de sucre, de lait en poudre et d'autres produits de base.

 

Voilà ce qui arrive lorsqu'un gouvernement impose des idées antiscientifiques aux agriculteurs et aux consommateurs.

 

Je n'ai jamais visité le Sri Lanka, qui est accroché comme une larme à la côte sud de mon Inde natale, mais il occupe une place spéciale dans mon quotidien : je bois son délicieux thé chaque matin, avant de commencer à travailler dans ma ferme.

 

Le thé du Sri Lanka est peut-être le meilleur au monde, grâce au climat favorable et à la longue tradition de production de cette Nation insulaire. L'économie du pays dépend de ces exportations.

 

Il est aujourd'hui menacé, bien que le changement d'avis du président puisse atténuer le choc. Le thé biologique est beaucoup plus cher à produire. En vertu d'un ordre gouvernemental, les rendements vont s'effondrer, et ces producteurs subiront des conséquences importantes en raison de cette politique désastreuse.

 

Mais cette crise ne concerne pas seulement le thé : elle a touché tous les secteurs de l'économie agricole du Sri Lanka, paralysant de fait les petits exploitants qui produisent une grande partie du riz, des légumes et des fruits du pays. Même sa production de caoutchouc naturel pourrait diminuer.

 

Le gouvernement sri-lankais a décidé de faire un retour en arrière dans le primitivisme à un moment où les agriculteurs du monde entier font un bond en avant grâce aux nouvelles technologies qui nous aident à produire plus de nourriture sur moins de terres que jamais auparavant. Grâce à des progrès remarquables dans tous les domaines, de la génétique des plantes à l'irrigation de précision en passant par l'imagerie par satellite, nous sommes devenus des producteurs meilleurs et plus durables.

 

Si nous devions appliquer l'étrange conception du Sri Lanka en matière d'agriculture aux communications, par exemple, nous renoncerions à nos téléphones portables et nous nous tournerions vers les pigeons voyageurs. Au lieu d'envoyer des courriels, nous enverrions des lettres manuscrites. Au lieu d'apprendre les nouvelles par la télévision et la radio, nous attendrions longtemps qu'elles nous parviennent, voire nous ne les entendrions pas du tout.

 

Lorsque le président Rajapaksa a introduit ses règles d'agriculture biologique, il s'est vanté qu'aucun autre pays n'avait jamais essayé une telle chose. Ce qu'il n'a pas compris, c'est que la plupart des autres pays savaient déjà qu'il s'agissait d'une idée erronée et non scientifique exprimée par des militants anti-développement.

 

Au moins, il commence maintenant à comprendre son erreur.

 

La gaffe du Sri Lanka en matière d'agriculture biologique ne pouvait pas tomber plus mal. La COVID-19 a fait du tort à toutes les économies, et plus particulièrement à celles qui dépendent du tourisme. Après avoir connu un essor dans la première partie de ce siècle, le tourisme a fortement chuté au Sri Lanka. C'est en partie le résultat des attaques terroristes contre les chrétiens en 2019, mais surtout à cause de la pandémie. Les étrangers ont cessé d'affluer vers ses plages, ses destinations de plongée sous-marine et sa beauté naturelle.

 

La valeur de sa monnaie a également chuté, ce qui rend plus difficile pour les Sri-Lankais d'acheter les biens et services dont ils ont besoin auprès de leurs partenaires commerciaux internationaux.

 

Le problème est encore aggravé par l'engorgement de la chaîne d'approvisionnement mondiale, les porte-conteneurs étant bloqués dans les ports. Tout, des semi-conducteurs aux appareils médicaux, est en rupture de stock.

 

L'aspect le plus tragique de la crise alimentaire du Sri Lanka est cependant qu'elle aurait pu être évitée en grande partie. En choisissant de pousser ses politiques agricoles, le gouvernement a refusé d'écouter les avertissements des agriculteurs.

 

V. Ravichandran (GFN, Inde) dans les rizières de sa ferme.

 

Je sais que ma ferme ne pourrait pas fonctionner avec les règles ridicules du Sri Lanka. Mes rendements de riz, de coton et d'autres cultures diminueraient considérablement. Le résultat serait tout simplement désastreux.

 

Si l'on ordonnait à la population indienne, qui compte plus d'un milliard d'habitants, d'adopter les règles biologiques imposées aux 22 millions de Sri Lankais, nous assisterions à une catastrophe de malnutrition et de famine comme le monde n'en a jamais vu. Notre économie s'effondrerait, et nous épuiserions nos ressources en devises étrangères pour nourrir notre énorme population, détournant ainsi notre richesse nationale et bloquant toutes les autres activités de développement. Enfin, nous devrions étendre nos terres arables en convertissant des terres forestières à des fins agricoles, ce qui entraînerait l'abattage d'innombrables arbres et le réchauffement de la planète.

 

Je ne souhaite même pas imaginer des conditions aussi épouvantables.

 

Il n'a fallu que six mois au Sri Lanka pour commencer à reconnaître que ses politiques en matière d'agriculture biologique sont un échec retentissant. La leçon à tirer est de laisser les agriculteurs faire un usage judicieux des intrants organiques et chimiques, utilisés en combinaison avec d'autres options technologiques importantes telles que les pratiques de gestion intégrée des parasites et maladies, et la gestion de l'eau. Faites confiance à la science et à la technologie pour que vos agriculteurs et vos citoyens cessent de payer un prix qu'ils ne peuvent se permettre.

 

Faites en sorte que les décideurs de toutes les autres nations comprennent les réalités du désastre causé par l'Homme au Sri Lanka.

 

_____________

 

V. Ravichandran, agriculteur, Tamil Nadu, Inde

 

Sur une ferme de 24 hectares, Ravi produit du riz, de la canne à sucre, du coton et des légumineuses. Pour utiliser judicieusement l'eau pendant les mois d'été, il utilise des arroseurs et un système de goutte à goutte. Il a ajouté la mécanisation pour pallier la pénurie de main-d'œuvre ; 12 employés. Lauréat du prix Kleckner – 2013.

 

Source : We Must Learn From Sri Lanka’s Man-Made Organic Agriculture Disaster – Global Farmer Network

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P
Le désastre causé par les stupides mesures "biologiques" agricoles au Sri Lanka sont très soigneusement passées sous silence par la presse. Pendant le même temps, l'excellente test comparatif présenté par Marc Lesggy dans E=M6 entre les produits de l'agriculture conventionnelle et ceux de l'agriculture biologique a été matraqué avec une unanimité touchante par tous les petits debunkers de fake news : les données d'observations leur déplaisaient.
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