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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les agriculteurs utilisent la technologie pour s'adapter au changement climatique

21 Octobre 2021 Publié dans #Divers

Les agriculteurs utilisent la technologie pour s'adapter au changement climatique

 

Knud Bay-Smidt*

 

 

 

 

Ayant grandi au Danemark, je suis assez vieux pour me souvenir de l'époque où il était plus clair si c'était l'été ou l'hiver. À l'école, on nous parlait de la menace d'une nouvelle ère glaciaire.

 

Beaucoup de choses se sont passées depuis. Aujourd'hui, nous ne nous inquiétons pas du « refroidissement global » mais plutôt du « réchauffement global » – ou de ce que nous appelons désormais le « changement climatique », un terme suffisamment vague pour englober les deux tendances.

 

Notre principale préoccupation aujourd'hui, bien sûr, est la perspective d'une Terre plus chaude. Dans son rapport du mois d'août, le Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat (GIEC), parrainé par les Nations Unies, a prévenu que, sans action immédiate, les températures de la planète pourraient augmenter de deux degrés Celsius d'ici la fin du XXIe siècle.

 

En tant qu'agriculteur au Danemark, je suis sûr d'une chose : ce n'est pas la fin du monde.

 

Quoi qu'il arrive, les agriculteurs s'adapteront. Nous l'avons toujours fait et nous le ferons toujours - et ce dont nous avons besoin de la part de nos responsables publics, c'est de la liberté d'adopter de nouvelles technologies.

 

Le nouveau rapport du GIEC contient les prévisions habituelles sur un avenir sombre, incitant les journalistes à écrire des articles sensationnels sur la nécessité de prendre des mesures radicales pour sauver la planète. Les agriculteurs comme moi en ont pris pour leur grade : nous consommons trop de carburant, nous consacrons trop de ressources à la production de viande, et ainsi de suite – et un journaliste réclame maintenant une « taxe sur les vaches ».

 

Au milieu de cette peur et de ce négativisme, je suis obligé de me demander si le réchauffement serait entièrement mauvais. Il pourrait prolonger la saison de croissance dans les latitudes septentrionales et donner la possibilité de cultiver d'autres plantes, ce qui pourrait améliorer la sécurité alimentaire globale du monde. Par ailleurs, de nouveaux parasites pourraient créer des problèmes imprévus. Il y a toujours des compromis à faire.

 

Nous devons faire confiance à la capacité d'adaptation de l'homme.

 

Les gens sont capables d'innovations étonnantes. Il suffit de regarder les Pays-Bas, où environ un tiers du pays se trouve sous le niveau de la mer. Grâce à un système de digues, de pompes et de dunes, les ingénieux Néerlandais ont cependant converti une grande partie de ce territoire en terres agricoles productives. Comme le disait un titre du New York Times : « Les Hollandais ont des solutions pour la montée des eaux ».

 

Nous trouverons également d'autres réponses aux défis du changement climatique.

 

Dans ma ferme, par exemple, nous avons abandonné le travail conventionnel du sol à la charrue pour adopter le concept de semis direct. Au lieu de retourner la terre dans nos champs, une stratégie utilisée pour tuer les mauvaises herbes, nous avons commencé à laisser la terre en place et à la protéger avec des cultures de couverture. De cette façon, nous nous prémunissons contre l'érosion du sol et nous protégeons les nutriments dont nos cultures de base ont besoin.

 

Un avantage supplémentaire est que nous émettons moins de gaz à effet de serre, pour la simple raison que nous ne faisons pas tourner nos tracteurs autant qu'avant et que nous consommons donc moins de carburant. Nous économisons également de l'argent sur les pièces de rechange et la main-d'œuvre. Mieux encore, nos plantes contribuent davantage à la séquestration du dioxyde de carbone dans le sol.

 

Au Danemark, nous sommes confrontés à un défi unique : notre gouvernement n'autorise pas l'utilisation d'espèces fixatrices d'azote dans nos cultures de couverture obligatoires, arguant que leur utilisation augmentera le risque de nitrates dans le sol et l'eau. Pour un gouvernement qui s'efforce de soutenir une politique d'agriculture intelligente sur le plan climatique, cela contredit la science qui soutient que ces cultures sont des outils qui nous aident à séquestrer encore plus de carbone dans le sol.

 

Le succès de notre système dépend également de l'accès aux produits de protection des plantes – une autre technologie qui a révolutionné l'agriculture au cours des dernières décennies.

 

C'est la bonne voie à suivre : permettre aux agriculteurs d'essayer différentes approches et d'innover, en trouvant des solutions créatives aux problèmes, plutôt que de leur imposer des règles et des réglementations qui peuvent faire plus de mal que de bien.

 

Nombreux sont ceux qui, dans l'UE, adoptent la mauvaise approche. L'initiative politique proposée, le Green Deal (pacte vert) européen, comprend un plan d'ordres et de contrôles visant à consacrer un quart des terres agricoles du continent à la production biologique. C'est une recette pour faire chuter la production agricole, augmenter les prix des denrées alimentaires et convertir la forêt tropicale du Brésil en terres agricoles afin qu'elles puissent contribuer à nourrir l'Europe.

 

Cela ne dérange peut-être pas les bureaucrates de Bruxelles, mais cela devrait inquiéter à peu près tout le monde, en particulier les personnes qui s'inquiètent du rôle de l'agriculture dans le changement climatique. Au lieu de produire moins de nourriture sur plus de terres, ce que ces nouveaux plans imposent essentiellement, nous devrions nous efforcer de produire plus de nourriture sur moins de terres.

 

La technologie nous conduit déjà sur cette voie prometteuse. Les OGM permettent aux agriculteurs de produire plus de nourriture en toute sécurité comme jamais auparavant. L'UE a empêché les agriculteurs européens comme moi de profiter pleinement de cet outil, mais nous voyons comment il a aidé les agriculteurs dans d'autres parties du monde développé ainsi que les petits exploitants comme mon ami Motlatsi Musi en Afrique du Sud.

 

La science émergente de l'édition de gènes présente également un potentiel incroyable. Elle pourrait aider les cultures à améliorer leur productivité en luttant contre les mauvaises herbes et les parasites et en affrontant les sécheresses, les inondations, la chaleur, le gel, etc. Les scientifiques pourraient même trouver le moyen de leur faire extraire davantage de dioxyde de carbone de l'atmosphère.

 

Ce qui m'inquiète le plus, c'est que l'on se concentre trop sur ce que nous ne pouvons pas changer et pas assez sur les efforts d'adaptation. Plutôt que de paniquer à l'idée d'une catastrophe écologique, profitons de la capacité de la technologie et de la volonté des agriculteurs de rendre notre monde meilleur.

 

_________________

 

Knud a grandi dans une ferme familiale de quatrième génération. Après l'université, il a démarré sa propre ferme en 1987. Il s'agit d'une ferme sans bétail, basée sur un système sans labour (no-till). Il cultive du blé, de l'orge, de l'avoine et du colza. De 1990 à 2010, il a acheté et exporté des machines agricoles dans 12 pays d'Europe, d'Afrique, d'Asie du Sud et du Sud-Est et du Moyen-Orient. Aujourd'hui, il est agent commercial indépendant pour les machines No-Till. Actuellement, il étudie également l'impact de l'agriculture sur l'environnement proche dans une école de sciences appliquées.

 

Source : Farmers Are Using Technology to Adapt to a Changing Climate – Global Farmer Network

 

 

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Y
oui, c'est le coté schizophrène de nos sociétés actuelles !
Dépenser des milliares pour éviter des changements inévitables (anthropique ou pas) au lieu de dépenser des millions pour s'y préparer intelligemment !
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U
Les années 2016 et 2017 ont été les plus chaudes et les récoltes de céréales y ont été les plus abondantes au niveau mondial.
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H
Nos ancêtres ne se prosternaient pas devant la nature, ils se battaient, avec leurs faibles moyens pour la dominer et la contrôler. C'était une thématique récurrente lorsque j'étais jeune lors de mes études d'histoire. Le culte de la nature est quelque chose d'assez récent, fruit des philosophes des lumières, qui vivaient richement sans jamais avoir à se baisser mais dont les délires n'ont pas influé sur les populations tant que celles ci ont été majoritairement agricoles et au contact du réel. Et également tant que la faim ou le travail de la terre avait encore un écho dans les mémoires... Ce culte de la "nature" a trouvé son essor récent dans les années 1990 chez des citadins trop bien nourris, élevés au béton et au bitume, décébrés par la boite à intox (la TV) sédentaires et ignorants de tout ce qui concerne la "nature" à un point qui n'en finit plus de me sidérer et de me consterner. Au demeurant, la nature est quelque chose qui n'existe pas. Depuis avant le néolithique, l'humain a bouleversé la totalité de la planète, et non pas une fois mais des dizaines ou des centaines de fois en transférant des espèces animales ou végétales et en transformant en permanence les paysages. Si nos ancêtres avaient respecté la nature, on aurait tout simplement quasiment rien à manger aujourd'hui en Europe, presque tout ce qui nous parait naturel dans nos assiettes est venu d'ailleurs et a été sélectionné et transformé.
Combien de gens connaissent l'histoire du blé, un extraordinaire hexaploïde (oh le vilain mot qui sent la génétique !) issu de 3 céréales et sélectionné il y a des milliers d'années du côté de la Turquie par les ancêtres des ingénieurs en génétique actuels.
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D
Dans le genre délire, un itw de Jane Goodall dans le magazine La Croix.
Affligeant de bêtise.
Tout dans l'émotion, rien dans l'analyse.
Sans doute compétente dans son domaine, mais sortie de là...: exemple "Nous partageons 98,6 % de la composition de notre ADN avec les chimpanzés". Mais pas qu'avec les chimpanzés, avec d'autres espèces aussi!
Bien sûr, devenue végan suite à la lecture de Peter Singer (le pape des antispécistes), ça devrait faire réfléchir les journalistes.