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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les agriculteurs nigérians ne se lassent pas des semences de niébé GM

5 Octobre 2021 Publié dans #Afrique, #OGM

Les agriculteurs nigérians ne se lassent pas des semences de niébé GM

 

Joseph Opoku Gakpo*

 

 

Image : L'agriculterice nigériane Hajia Dijesaidu montre ses plantes de niébé GM en bonne santé. Photo : Joseph Opoku Gakpo

 

 

Le Nigeria connaît une pénurie de semences de niébé génétiquement modifié, la demande des agriculteurs pour cette culture résistante à des insectes dépassant largement l'offre.

 

Les scientifiques du secteur public qui ont mis au point la variété à haut rendement ont eu du mal à produire suffisamment de semences certifiées pour répondre à l'énorme demande, alors que les agriculteurs qui l'ont semée dans le cadre d'essais l'année dernière ont fait savoir qu'elle les aidait à protéger leurs champs des attaques du vorace foreur de gousses. Le Nigeria a approuvé l'utilisation commerciale du niébé résistant au foreur de gousses (PBR – pod borer resistant) en décembre 2019.

 

Mme Hajia Dijesaidu, coordinatrice de la Small-Scale Women Farmers Organization, a déclaré qu'elle avait d'abord semé les graines de niébé GM l'année dernière et qu'elle avait obtenu des rendements plus élevés et une réduction de la pression des ravageurs. Après avoir invité des membres de son association à voir les champs, elles ont toutes demandé la nouvelle variété.

 

« Elles ont vu qu'elle permettait d'obtenir de meilleurs rendements et qu'elle ne consommait pas d'argent [pour les pulvérisations d'insecticides]. Elle donne moins de travail et demande moins de traitements. Je n'ai traité que deux fois. Avec nos semences précédentes, nous traitions environ 10 à 12 fois avant la récolte », a-t-elle déclaré à l'Alliance pour la Science lors d'une récente visite de sa ferme au Nigeria.

 

Mais Mme Dijesaidu et d'autres membres de son organisation, qui compte environ 27.500 membres, n'ont pas été en mesure d'obtenir autant de semences de niébé PBR qu'elles auraient voulu utiliser cette année. « Je veux que ces entreprises [de semences] nous apportent plus de semences PBR la prochaine fois, parce que nos gens les aiment », a-t-elle noté.

 

 

M. Ahiaba M. Sylvanus, un petit agriculteur de l'État de Kaduna, a vécu une expérience similaire. Cet agriculteur de 63 ans dépense généralement environ 20 000 Naira (50 dollars) pour acheter des pesticides pour sa ferme chaque saison – un coût qui, selon lui, réduit ses bénéfices. Mais il n'a dépensé qu'environ 25 % de cette somme en pesticides lorsqu'il a cultivé du niébé GM l'année dernière.

 

« J'ai commencé à regretter que les haricots GM (niébé) auraient dû être diffusés avant cette période », a-t-il fait observer. « Il y a tellement d'avantages... Nous dépensons moins en main d'œuvre et en achat de produits chimiques à pulvériser. Nous traitons deux ou trois fois pour les haricots GM. Mais pour les autres, nous traitons jusqu'à huit fois. »

 

Lorsqu'on lui a demandé s'il allait cultiver le niébé Bt cette année encore, il a répondu : « Je ne l'ai pas encore », car les semences ne sont plus disponibles sur le marché. Il a dit qu'il envisage d'utiliser certaines des semences de niébé Bt qu'il a gardées de l'année dernière s'il n'obtient pas de semences certifiées.

 

Au début de la saison des semis, en juillet dernier, l'Institut de Recherche Agricole (IRA), qui a développé la variété à l'Université Ahmadu Bello, a distribué des tonnes de semences génétiquement modifiées à trois entreprises semencières nigérianes et à des groupes de coopératives agricoles pour qu'ils les vendent aux agriculteurs. Mais cet approvisionnement a été épuisé et les agriculteurs demandent davantage de niébé PBR, connu commercialement sous le nom de SAMPEA 20-T.

 

Le professeur Mohammed Ishiyaku, directeur exécutif de l'IAR, a déclaré que la pénurie était attendue car le processus d'introduction des semences GM au Nigeria en est encore à ses débuts. « Ils sont maintenant à court de semences car c'est le début. La demande de semences a dépassé de très, très, très loin l'offre que nous pouvions faire, ce qui est très prévisible. Ce n'est que le début. La prochaine étape consistera à étendre la multiplication des semences de base, puis les entreprises semencières pourront produire des semences certifiées pour satisfaire la demande des agriculteurs », a-t-il déclaré.

 

 

L'industrie semencière étonnée par la demande

 

M. Onyibe Onyisi John, directeur général de Gold Agric Nigeria Ltd, l'une des sociétés semencières locales chargées de distribuer les semences GM aux agriculteurs, a déclaré que son secteur n'avait jamais rencontré une variété aussi populaire. Mais ils n'ont pas reçu suffisamment de semences de l'IAR et tout le stock disponible a été rapidement vendu.

 

« Au moment du lancement, ils nous ont donné 2,5 tonnes pour les essais. C'était trop peu. Les 2,5 tonnes ne pouvaient pas durer un mois et elles étaient épuisées », a déclaré M. John à l'Alliance pour la Science. « Nous, les semenciers, avons beaucoup à faire... Nous n'avons jamais eu de variété qui a été autant demandée que le niébé PBR. »

 

M. Bala Dari Kayi, directeur général de Tecnic Seeds, a déclaré que les 2,5 tonnes de niébé PBR allouées à son entreprise n'ont même pas duré deux semaines. « L'agriculteur est toujours à la recherche de tout moyen de réduire les coûts de production », a-t-il dit. « Le niébé PBR est exceptionnel par rapport aux autres niébés ».

 

M. Benjamin Ameh Abraham, agent administratif chez Maina Seeds, a déclaré que son approvisionnement s'est également vendu rapidement, bien que les agriculteurs paient 1.000 nairas (2,4 $ US) par kilogramme pour le niébé PBR, contre 800 nairas (1,9 $ US) pour la même quantité pour son homologue conventionnel. « Nous pensons que beaucoup d'agriculteurs continueront à vouloir cette variété particulière en raison de ce qu'elle leur apporte », a déclaré M. Abraham.

 

 

Récolter d'énormes bénéfices

 

Le niébé est un aliment de base riche en protéines consommé quotidiennement par environ 200 millions de personnes en Afrique. Il est généralement cuit et consommé avec des sources d'hydrates de carbone comme le plantain et le riz. Bien que le Nigeria soit le plus grand producteur africain de niébé (communément appelé haricot), son déficit de production annuel s'élève à plus de 500.000 tonnes.

 

Une grande partie de ce déficit peut être attribuée à l'insecte destructeur qu'est le foreur de gousses Maruca vitrata, qui peut entraîner une perte de rendement de 100 %. Ces insectes sont particulièrement dévastateurs car ils endommagent non seulement les fleurs et les bourgeons, mais détruisent également les gousses de niébé, ce qui entraîne d'énormes pertes de grains.

 

Le niébé PBR offre une protection inhérente contre le parasite grâce à l'introduction d'un gène de Bacillus thuringiensis (Bt), une bactérie naturelle du sol largement utilisée en agriculture biologique. Le Nigeria est le premier pays au monde à commercialiser le niébé Bt, des projets similaires étant en cours au Ghana et au Burkina Faso sous les auspices de l'AATF (anciennement appelée Fondation Africaine pour la Technologie Agricole), basée au Kenya.

 

M. Ishiyaku a déclaré que les agriculteurs qui cultivent le niébé génétiquement modifié en tirent d'énormes avantages car ils peuvent réduire considérablement les coûts des pesticides et obtenir de meilleures récoltes. La variété de niébé PBR a un potentiel de rendement de 2,9 tonnes par hectare, comparé à 1,9 à 2 tonnes pour les variétés non GM.

 

________________

 

* Source : Nigerian farmers just can't get enough of GMO cowpea seeds - Alliance for Science (cornell.edu)

 

Ma note : À lire cet article on a l'impression que les semences GM distribuées par les institutions publiques ont été utilisées pour la production de la denrée alimentaire plutôt que de semences. C'est assez incompréhensible !

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