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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« La Bio dans les choux » ? La FNAB pédale dans la choucroute

16 Octobre 2021 Publié dans #Agriculture biologique

« La Bio dans les choux » ? La FNAB pédale dans la choucroute

 

 

Vraiment ? (Source)

 

 

Le 1er octobre 2021, la Fédération Nationale de l'Agriculture Biologique (FNAB) publiait un communiqué de presse, « CP : La Bio dans les choux ? Les paysan-ne-s bio vous disent tout ! »

 

Quelle mouche l'a donc piquée ? Un « Complément d'Enquête », « Grandes surfaces : main basse sur le bio ! », diffusé le 30 septembre 2021, peut-être ? Comme beaucoup de documentaires, il n'a fait qu'exposer des choses qui sont pour la plupart depuis longtemps sur la place publique.

 

 

Bien planter le décor...

 

C'est qu'en fait, la FNAB se fait très cryptique sur la raison du communiqué. En résumé ;

 

« Depuis quelques mois, attaquer l’agriculture biologique semble être le nouveau sport à la mode. Il est donc temps de reprendre le B.A. BA pour remettre la bio à la place qu'elle mérite ! »

 

En plus détaillé :

 

« Depuis quelques mois attaquer l’agriculture biologique semble être le nouveau sport à la mode. A entendre d’aucuns les marchés s’écroulent parce que le consommateur ne veut pas plus de produits sains pour son environnement et sa santé, et à en écouter d’autres l’agriculture biologique s’est perdue dans une dérive industrielle et donc il faudrait sûrement arrêter d’en consommer ? La boucle est bouclée, tout ça permet de justifier que la prochaine PAC ne soutiendra plus ce modèle agricole. Il est donc temps de reprendre le BA.BA pour remettre la Bio à la place qu’elle mérite !

 

La rhétorique est impressionnante !

 

Non, nous n'avons pas l'impression que le/la bio – ou « Bio » avec une majuscule de majesté et de déification – est attaquée.

 

Non, les marchés ne s'écroulent pas. Mais certains marchés sont à la peine pour diverses raisons qui se ramènent souvent à un déséquilibre entre l'offre et la demande. Le Figaro apporte ainsi une explication rationnelle dans « La chute de la demande d’œufs bio met la filière en difficulté ».

 

Notons incidemment que les acteurs de terrain veillent à l'équilibre. Demandez à Mme Lucie Gantier (blog, compte Twitter, chaîne Youtube) et à la CAVAC. Les idéologues et les organisations faîtières, en revanche, poussent à l'extension de la filière, qui est par axiome celle du « bien ».

 

Ah, justement... Selon certains, « le consommateur ne veut pas plus de produits sains pour son environnement et sa santé ». Quel superbe homme de paille (et dénigrement implicite des produits conventionnels). Nous pourrions interpréter la chose différemment : le consommateur a compris... Mais soyons réalistes : le confinement a modifié quelques habitudes de consommation et le marché est en train de revenir à la situation antérieure, comme l'a expliqué le Figaro.

 

« ...l’agriculture biologique s’est perdue dans une dérive industrielle » ? C'est « selon d'autres » ! Le fait est pourtant, au moins en (grande) partie, indéniable. La grande distribution, généraliste ou spécialisée, est majoritaire, ce qui définit les conditions dans lesquelles opèrent les acteurs de son approvisionnement.

 

 

(Source)

 

 

On continue avec un non sequitur. Pourquoi faudrait-il arrêter de consommer « bio » quand, de toute façon, on continue à s'approvisionner en supermarché, dans l'antre de la « dérive industrielle » pour toutes les catégories de produits ?

 

Et le non sequitur final est une perle d'exagération. « On » pourrait ne plus soutenir le/la bio. Il est vrai que la filière bio est engagée dans de grandes manœuvres pour récupérer la plus grande part possible du « gâteau » des aides PAC.

 

 

Le Saint Graal agricole (ha ! ha ! ha!)

 

L'ancien règlement concernant le mode de production biologique de produits agricoles et sa présentation sur les produits agricoles et les denrées alimentaires (N° 2092/91 du Conseil, du 24 juin 1991) prévoyait ce qui suit  en son article 10 :

 

«  2. Aucune allégation ne peut être faite dans l'étiquetage ou la publicité suggérant à l'acheteur que l'indication figurant à l'annexe V constitue une garantie d'une qualité organoleptique, nutritionnelle ou sanitaire supérieure. »

 

C'était une sage décision que d'empêcher que la promotion du « bio » ne se fasse au travers de la mise en accusation et du dénigrement du « conventionnel ». Cette disposition a été jetée aux orties. Il n'y a plus qu'un assez vague article 3 du Règlement (CE) N° 1924/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 concernant les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires qui interdit notamment, pour tous les produits, les allégations nutritionnelles et de santé susceptibles de « susciter des doutes quant à la sécurité et/ou à l'adéquation nutritionnelle d'autres denrées alimentaires ».

 

Le dernier règlement (2018/848 du Parlement Européen et du Conseil du 30 mai 2018 relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques, et abrogeant le règlement (CE) no 834/2007 du Conseil) est dithyrambique sur les vertus de l'agriculture biologique. Le lobby du bio et du biobusiness avait superbement travaillé.

 

C'est donc, juridiquement parlant, à bon droit que la FNAB peut tonitruer :

 

« L’agriculture biologique Bio c’est le modèle agricole le plus exigeant d’Europe

 

L’agriculture biologique est et va rester longtemps le modèle agricole le plus exigeant d’Europe, en matière de santé, d’environnement, de biodiversité, de climat, encadré par un texte européen et contrôlé par des certificateurs indépendants ! »

 

Ça se discute sur le fond. L'agriculture biologique, c'est le respect d'un cahier des charges. Point.

 

Et, s'il y a bien un encadrement législatif et une certification, il n'y a qu'une obligation de moyens et non de résultats... contrairement à la Haute Valeur Environnementale (HVE) si violemment agressée car faisant de l'ombre au bio et susceptible de lui piquer des parts de marché.

 

Mais voici, pour bien enfoncer le clou :

 

« Les associations environnementales[1], associations de médecins[2], de bien-être animal, les chercheurs sur la biodiversité[3] plébiscitent tous cette forme d’agriculture. »

 

Notez bien les articles définis ! Mais les références nous laissent sur notre faim : Greenpeace, une association de médecins militants anti-pesticides, un document d'une officine bio.

 

 

Le bio est vertueux (ha ! ha ! ha!)

 

L'intertitre est un magnifique paradoxe :

 

« Les dérives viennent des fraudes ou du non-respect de la réglementation, pas du label Bio »

 

Ben non ! S'il y a fraude ou non respect, on ne parle plus de bio... oups ! de Bio.

 

L' « explication » est fort laborieuse et débouche sur un nouveau paradoxe :

 

« Des risques de dérives, il y en a en Bio. Avant toute chose, ils viennent des fraudes, mais ils peuvent aussi venir d’entreprises qui s’intéressent depuis peu à cette forme d’agriculture et tentent de contourner les règles ou de les diluer. Prenons l’exemple des poules. Un des principes fondamentaux en Bio est qu’une partie de l’alimentation des animaux soit produite à la ferme. Certains acteurs ont réussi à contourner la règle poussant ainsi le développement de gros élevages qui ne respectent plus le cahier des charges biologiques mais qui sont juridiquement inattaquables. »

 

Bref, on nous prend pour des poires.

 

 

Le marché en crise, mais...

 

La FNAB admet du bout des lèvres qu'il y a une crise.

 

Mais, là encore, c'est le règne de l'astuce.

 

Le marché bio « connaît une croissance à deux chiffres depuis de nombreuses années ». Les filières « ont aussi besoin de temps pour se structurer et il est normal dans l’évolution d’un marché de connaître des crises de croissance »... Paradoxalement, cela pointe vers une insuffisance de l'offre alors qu'on a évoqué en introduction un écroulement des marchés, donc de la demande.

 

Et de conclure : « Nous considérons néanmoins qu’elles [les crises] sont conjoncturelles et non structurelles. » Que disait-on dans la phrase précédente ? Qu'il y avait des « crises de croissance », donc... structurelles.

 

 

Les solutions ?... « pour protéger l’excellence de la Bio » !

 

C'est un catalogue un peu disparate.

 

Il faut « Maintenir une réglementation exigeante et traquer les acteurs qui tentent de contourner les règles ». Que signifie « contourner... » ? Frauder ! Mais le bio n'est-il pas un « modèle […] contrôlé par des certificateurs indépendants » ? Tout à coup, la fraude évoquée à l'aide d'un euphémisme devient un problème alors que la filière se targue de son organisation...

 

La suite est intéressante :

 

« C’est le comité national de l’agriculture biologique qui joue ce rôle aujourd’hui, il doit faire une meilleure place à la société civile militante aux côtés des paysans et paysannes bio et ne pas laisser les industriels dicter les règles d’application de la réglementation. »

 

La FNAB serait-elle en bisbille avec les « industriels » ? Une « meilleure place à la société civile militante », n'est-ce pas demander l'entre-soi dans un organe officiel (voir ici et ici) et une sorte d'apartheid ?

 

Après nous avoir enfumé sur la crise (les crises) du marché, prétendument de croissance, voilà qu'il faut « Mettre les moyens pour relancer la demande ».

 

Pour cela, « l’Agence Bio a besoin de plus de moyens financiers pour faire savoir ce qu’est l’agriculture biologique » et « les interprofessions doivent augmenter les budgets de leurs commissions Bio qui sont aujourd’hui ridicules, notamment sur les produits laitiers ».

 

Il semble donc que les efforts que déploient les distributeurs pour nous attirer vers leurs rayons bio, le bombardement publicitaire auquel les annonceurs nous soumettent à la télévision, les salamalecs des saltimbanques médiacratiques qui dénigrent les produits conventionnels à qui mieux mieux (un des derniers en date, particulièrement odieux, ici) ne suffisent pas !

 

Et, bien sûr, n'oubliez pas, chers amis du gouvernement et des assemblées délibérantes, de créer des marchés captifs : « En se fixant des objectifs élevés d’introduction de produits bio spécifiques en restauration hors domicile, notamment sur les produits laitiers, sur le modèle de ce qui a été fait pour la viande avec la loi climat ».

 

 

Et il faudrait encore plus de moyens pour faire connaître le bio ?

 

 

La bonne image du bio n'est-elle pas liée à un déficit d'information et donc à l'efficacité de la propagande ?

 

 

« Et parce qu’on peut toujours faire mieux… »

 

« Les paysans Bio ont lancé une nouvelle marque privée "Bio, français, équitable" afin de développer et valoriser des filières biologiques, locales et qui rémunèrent les agriculteurs au juste prix ! »

 

Serait-ce que les annonceurs – en particuliers certains distributeurs spécialisés qui vantent leurs excellentes relations avec leurs producteurs – nous vendent du vent ?

 

Cette séquence a été jugée dénigrante.

 

 

Le déni de réalité

 

Dans « VIDEO. Sylvie Brunel (géographe) : "ne pas traiter, c'est s'exposer au risque de ne pas pouvoir manger" », l'Agriculteur Normand écrivait :

 

Le bio est un isolat qui ne peut fonctionner que s'il reste un isolat. C'est une niche marketing qui permet aux grandes surfaces et à des professionnels de la communication de vendre plus cher. Ces produits ne sont ni meilleurs au goût, ni plus sains pour la santé. Leur promotion repose sur des peurs infondées. Et ce qui m'inquiète, c'est que les paysans bio ne pourront en vivre que tant qu'ils resteront une minorité. De plus, quand la vérité sur le bio éclatera, la vérité sur les traitements et le risque de contamination, ils risquent de souffrir d'une désaffection. Elle sera d'autant plus violente que les Français les accuseront de les avoir trompés. »

 

La FNAB est manifestement insensible à cette réalité. Comment pourrait-elle l'être ? Il lui faudrait changer de discours et faire acte de contrition.

 

La FNAB est dans les choux. Et elle pédale dans la choucroute.

 

 

Ce genre d'infographie est une insulte à la rationalité : mon basilic sur les tomates est bio...

 

 

Post scriptum

 

Le documentaire évoqué ci-dessus (bien fait) est suivi par un entretien avec M. Olivier Nasles, président du Comité National de l'Agriculture Biologique. Grand personnage que l'on peut aussi écouter ici, pendant une heure (voir « Un entretien avec M. Olivier Nasles, Président du Comité National de l'Agriculture Biologique : superbe ».

 

 

Post scriptum 2

 

L’Agence Bio a fêté ses 20 ans le 14 octobre 2021.

 

Déclaration de Mme Barbara Pompili, Ministre de la Transition Écologique, rapportée par la France Agricole (il n'y a rien sur le compte Twitter de Mme Pompili) :

 

« Nous avons de grandes ambitions, nous devons atteindre au moins 18 % de surface bio d’ici à 2027 [...]. Les consommateurs devront être au rendez-vous et acheter bio. C’est un enjeu clé, celui de maîtriser les coûts de production mais aussi de faire reconnaître la valeur additionnelle de vos produits et convaincre le consommateur de la rémunérer. »

 

Va-t-on intimer l'ordre aux consommateurs d'acheter bio ?

 

Déclaration du président de l’Agence Bio, Philippe Henry :

 

« la situation des marchés bio n’a rien de catastrophique mais nous pouvons en tirer quelques pistes pour faire mieux demain. ».

 

Cadeau du Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, Julien Denormandie :

 

« […] Julien Denormandie a annoncé renforcer de 10 % la dotation de 3 millions d’euros de l’Agence bio dans la prochaine loi de finances. Il a également annoncé une subvention exceptionnelle de 200 000 € pour promouvoir le mode de production bio "pour répondre aux difficultés conjoncturelles de certains secteurs du marché". »

 

 

(Source et source)

 

 

Bonus

 

 

(Source)

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Y
Quelle catastrophe que cette FNAB!
Les premières victimes de cette chose, seront les agriculteurs bio qui seront ceux qui prendront de fasse le retour de manivelle du a cette désinformation permanente faite par ces idéologues prêt a n'importe quoi pour racoler des consommateurs à leurs croyances finalement délétères et par ceux qui en profite avec de gros intérêt financier!
Ils sont petit joueurs en plus a la FNAB! La croissance en 20 ans à été de trois chiffres et non de deux! Grace au matraquage médiatique , la technicité en marketing des businesser pas regardant sur la réalité ou eux même (peut être )croyants , c'est 600% d'augmentation de parts de marché sur l'alimentation total en France!
Et oui la filière est passée de 1% de part de marché à 6% en 2020 . Même quand ils ne mentent pas à la FNAB rien ne les arrête dans la manipulations des faits!!!
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