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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'Afrique doit améliorer ses systèmes d'alerte précoce alors que la crise climatique s'aggrave, conseillent les experts

24 Octobre 2021 Publié dans #Divers

L'Afrique doit améliorer ses systèmes d'alerte précoce alors que la crise climatique s'aggrave, conseillent les experts

 

Richard Wetaya*

 

 

Image : Orage au-dessus d'une ferme dans le Highveld d'Afrique du Sud. Photo : Shutterstock/Etienne Outram

 

 

L'Afrique risque de rester exposée aux extrêmes climatiques si elle ne fait pas de sérieux efforts pour améliorer et remodeler ses systèmes d'alerte précoce, avertissent les experts.

 

« Le message pour l'Afrique est simple : accroître l'ambition de l'action est un impératif urgent », a déclaré à l'Alliance pour la Science le Dr Richard Munang, coordinateur régional pour l'Afrique du changement climatique au Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE).

 

Le Dr Youba Sokona, l'un des principaux experts du continent en matière d'énergie, d'environnement et de développement durable, a averti que l'Afrique devait agir pour réduire les décès et les pertes de récoltes liés au climat.

 

« Pour réduire les décès dont souffre l'Afrique en raison des extrêmes climatiques et atténuer les épisodes annuels d'insécurité alimentaire, de destruction des écosystèmes et de perte des moyens de subsistance, les pays du continent vont devoir renforcer de manière proactive et efficace leurs systèmes d'alerte précoce aux risques climatiques afin de contribuer à informer et à permettre des réponses proactives à de multiples variables météorologiques comme les récentes pluies torrentielles, qui ont frappé l'Afrique orientale, occidentale et australe, provoquant d'énormes pertes de récoltes et de bétail, des glissements de terrain et des inondations », a déclaré M. Sokona, qui est également vice-président du GIEC, à l'Alliance pour la Science.

 

Les faiblesses des systèmes d'observation météorologique et climatique de l'Afrique ont été récemment soulignées dans un rapport sur les lacunes de l'Alliance pour le Développement de l'Hydrométéorologie et dans le rapport de l'année dernière sur l'état des services climatiques.

 

Le rapport sur les lacunes indique que les faiblesses des systèmes d'alerte précoce du continent contribuent souvent à l'inadéquation des données climatiques, tandis que le rapport sur l'état des services climatiques indique que le financement des systèmes d'alerte précoce dans de nombreux pays les moins avancés n'est pas toujours alloué aux zones où les investissements sont les plus nécessaires. Les deux rapports notent que seuls 40 % des 138.pays membres de l'Organisation Météorologique Mondiale disposent de systèmes d'alerte précoce multirisque efficaces.

 

« Le continent ne peut pas se permettre de faire l'impasse », a déclaré M. Munang. « Le récent rapport du GIEC renforce cette compréhension et note que la fenêtre d'opportunité pour éviter les risques catastrophiques liés au changement climatique dépend de mesures ambitieuses prises au cours de cette décennie – la décennie de l'action climatique. »

 

« Le défi auquel le continent est confronté est un manque de proactivité dans la planification et la réaction aux événements climatiques, mais, alors que la crise climatique s'aggrave, l'Afrique ne peut pas se permettre une plus grande apathie en matière d'investissement dans l'adaptation au changement climatique et l'atténuation de ses effets », a ajouté M. Sokona. « Les gouvernements africains devront prendre en compte le changement climatique dans leurs programmes de développement et augmenter les investissements dans des systèmes efficaces d'alerte précoce et d'observation multirisque au fil des années. »

 

Dans le rapport de l'Alliance pour le Développement de l'Hydrométéorologie, le président de la Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, a déclaré que les investissements dans l'adaptation doivent être considérablement augmentés et priorisés.

 

Il a ajouté que des prévisions climatiques solides et des prévisions météorologiques précises sont essentielles pour prendre les bonnes décisions en matière de politique d'adaptation et d'investissement, mais il a ensuite reconnu que de nombreux pays en développement, dont le sien, ne disposent pas des ressources nécessaires pour maintenir les capacités humaines, institutionnelles et infrastructurelles requises pour fournir des prévisions météorologiques, des alertes précoces et des informations climatiques de haute qualité.

 

Les discussions sur les investissements dans l'alerte précoce et l'action rapide ont constitué la base des discussions du Sommet 2021 sur l'Adaptation au Climat organisé par les Pays-Bas au début de cette année.

 

On estime que 23.000 vies par an pourraient être sauvées et que des bénéfices annuels potentiels d'au moins 162 milliards de dollars pourraient être réalisés en améliorant les systèmes d'alerte précoce, les prévisions météorologiques et les informations climatiques dans les pays à revenu faible et intermédiaire, indique le rapport Hydromet.

 

Plusieurs experts météorologiques africains s'accordent à dire que l'augmentation des investissements dans les systèmes d'alerte précoce est la meilleure solution compte tenu des phénomènes météorologiques extrêmes que le continent a connus récemment.

 

Selon un rapport d'analyse météorologique publié en mai par la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le continent africain a connu plus de 2.000 catastrophes majeures au cours des trois dernières décennies, la plupart étant des phénomènes météorologiques extrêmes, des catastrophes d'origine climatique telles que l'insécurité alimentaire, les sécheresses, les inondations, les crues soudaines, les glissements de terrain, les tempêtes et les cyclones.

 

Le Mozambique, le Zimbabwe et le Malawi figuraient parmi les pays les plus touchés par les extrêmes climatiques en 2019, selon l'indice mondial des risques climatiques 2020.

 

Malgré un financement insuffisant, le continent a fait des progrès dans le développement des observations satellitaires pour les systèmes d'alerte précoce au cours des dernières décennies.

 

Par exemple, la Banque Africaine de Développement a fourni cette année 20 millions d'euros (23 millions de dollars) pour l'installation de quatre stations régionales de service de retransmission avancé (RARS) au Gabon, au Niger, au Kenya et en Afrique du Sud dans le cadre du programme SAWIDRA (Satellite and Weather Information for Disaster Resilience in Africa).

 

Ostensiblement, les stations fournissent aux hydrométéorologues des données satellitaires à haute résolution qui peuvent être facilement assimilées dans des modèles informatiques pour permettre des alertes précoces.

 

En juin de cette année, l'Initiative sur les Risques Climatiques et les Systèmes d'Alerte Précoce a mobilisé 28 millions de dollars supplémentaires pour mettre en place des systèmes d'alerte précoce dans les pays les moins avancés (PMA) et les petits États insulaires en développement (PEID) afin de protéger les vies et les moyens de subsistance des impacts des phénomènes météorologiques violents.

 

Des progrès ont également été réalisés dans le cadre du projet de 5,6 millions de dollars pour le système IMPACT (High Impact Weather Lake System), un système régional pilote d'alerte précoce destiné à informer les pêcheurs et autres parties prenantes locales des événements météorologiques à fort impact sur le lac Victoria.

 

Au dire de tous, le projet a permis de réduire de 30 % le nombre de décès annuels liés aux conditions météorologiques sur le lac, ce qui a permis de sauver plus de 300 vies par an.

 

En Afrique de l'Ouest, une région particulièrement vulnérable à la variabilité du climat et à la faible adaptabilité, l'initiative spécialisée sur les risques climatiques et les systèmes d'alerte précoce a renforcé les capacités d'alerte précoce régionale. Un Système d'Orientation sur les Crues Éclairs en Afrique de l'Ouest a ainsi été mis en place.

 

__________________

 

* Source : Africa must upgrade its early warning systems as climate crisis deepens, experts advise - Alliance for Science (cornell.edu)

 

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P
Si l'on examine objectivement les indicateurs météorologiques (températures, journées chaudes, sécheresses, ouragans) la crise climatique ne s'aggrave pas. Côté végétation, l'augmentation des concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone a un effet fertilisant notoire sur la végétation, comme en témoigne l'augmentation de l'indice foliaire de +16% en une vingtaine n'années observé par les satellites de la NASA.
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