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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Tribune « Andrieu » dans Libération : c'est votre politique, Parti Socialiste ?

21 Septembre 2021 Publié dans #Agriculture biologique, #Politique

Tribune « Andrieu » dans Libération : c'est votre politique, Parti Socialiste ?

 

 

La « complémentarité entre élevage & culture » n'est pas consubstantielle à l'agriculture biologique  (Source)

 

 

L'eurodéputé Éric Andrieu s'affiche fièrement sur Twitter comme (premier) vice-président de @The Progressives, le Groupe de l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen. Et aussi... comme ancien président du comité #Pesticides (2018/2019) ; cette tartarinade a le mérite de camper le personnage : lobbyiste anti-pesticides (de synthèse...) au sein du Parlement Européen et, en réalité, serviteur empressé des grands lobbies, y compris des avocats prédateurs qui ont instrumentalisé le Parlement Européen pour faire avancer leur cause aux États-Unis d'Amérique (pour un morceau de bravoure passé, voir par exemple ici).

 

M. Éric Andrieu a commis le 18 septembre 2021 une tribune dans Libération. Le titre est déjà tout un poème : « Le bio est d’intérêt général, n’en déplaise aux géants de l’industrie et de l’agrochimie ».

 

D'emblée, il se place sur le terrain de la confrontation... Certes, c'est avec les « géants »... Une dose d'anticapitalisme ne fait jamais de mal dans ce segment de la vie politique.

 

Et la fanfaronnade se poursuit dans la description de l'auteur : « eurodéputé PS, co-auteur de la future PAC »... une Politique Agricole Commune qu'il semble renier, au mieux critiquer, en ce qu'elle ne satisfait pas ses revendications pour l'agriculture biologique et, par voie de conséquence le biobusiness dont il sert implicitement les intérêts.

 

 

Ajout du 22 septembre 2021 : le "co-auteur" du texte vote contre... (source)

 

 

En chapô :

 

« L’agriculture biologique reste la plus favorable à la santé humaine et à la durabilité environnementale. Les mesures pour stimuler sa consommation doivent être amplifiées, plaide l’eurodéputé Eric Andrieu. »

 

Il faut bien sûr la promouvoir selon lui. Pourtant, ou peut-être à cause de, le problème est pointé dès le premier paragraphe, au lyrisme hallucinant :

 

« L’été particulièrement pluvieux que nous venons de connaître aura au moins fait des heureuses : les vaches laitières bio ont profité d’une copieuse pousse de l’herbe ! Couplée à la vigoureuse dynamique de conversion de fermes vers ce mode de production durable, l’offre de lait bio poursuit sa croissance continue jusqu’à créer une situation de surproduction dont on ne peut dire encore si elle est structurelle ou saisonnière. »

 

Au passage, l'incontournable « durable » qui relève de la méthode Coué.

 

Après le monde enchanté et enchanteur du bio – qui a néanmoins un petit problème de débouché – voici à nouveau le discours agressif :

 

« Il n’en fallait pas plus pour que quelques esprits chagrins, souvent anti-bio, parfois défenseurs inconditionnels du conventionnel ou ayant succombé aux sirène de l’agrochimie, voire mal intentionnés, en tirent des conclusions définitives et remettent en cause le développement de l’agriculture biologique sous prétexte que les consommateurs n’en veulent pas davantage. Au regard de la croissance à deux chiffres du marché du bio ces dernières années, et compte tenu des objectifs affichés par la Commission européenne d’atteindre 25 % des surfaces agricoles sous ce mode de production agro-écologique d’ici 2030, professer la fin de la dynamique du bio ne semble ni crédible ni souhaitable.

 

L'argumentation est parfaitement foireuse – en fait digne d'un politicien bateleur d'estrade : qui remet en cause le développement de l'agriculture biologique, à part une minorité d'esprits rationnels qui ne se servent évidemment pas de la crise du lait bio, mais de problèmes bien plus fondamentaux à l'appui de leurs arguments ?

 

 

Ajout de 17 heures : Il n'y a pas que le lait (source et source)

Tenez, des chercheurs qui nous rappellent que l'agriculture biologique dépend de l'agriculture conventionnelle pour son approvisionnement en azote et phosphore (voir par exemple ici et ici) et qui nous rappellent qu'il y a un plafond. Ou encore ces chercheurs qui nous apprennent que cela ne se ferait pas sans une diminution de la production et, partant, de la sécurité alimentaire. Même des instances de la Commission Européenne, à propos de la stratégie « de la ferme à la table » !

 

Et considérer que des objectifs affichés par la Commission européenne – atteindre 25 % des surfaces agricoles en bio d’ici 2030 – suffit à entretenir une dynamique, c'est tout simplement oublier que tous les objectifs déjà affichés, à grand fracas, n'ont pas été atteints, tout simplement parce qu'ils relèvent de l'effet d'annonce.

 

On peut tout autant se gausser de la référence à la « croissance à deux chiffres du marché du bio ces dernières années » : elle s'applique à un marché qui, en France, est à un chiffre... Et elle a été obtenue à grand renfort d'incitations publiques dans un contexte de prix agricoles plutôt bas faisant jouer l'effet d'aubaine.

 

La suite est un monument d'agribashing explicite ou implicite (une qualité prêtée à l'agriculture biologique devant se considérer par construction comme le revers d'un défaut de l'agriculture conventionnelle) :

 

« A entendre certains ces derniers jours, il semble utile de rappeler que l’agriculture biologique coche toutes les cases tant pour ses bienfaits pour la santé humaine que pour la durabilité environnementale. Sans pesticides de synthèse, tournant le dos à la monoculture pour au contraire jouer la carte de la rotation des cultures et de la complémentarité entre élevage et culture, elle est un atout majeur pour la préservation de la biodiversité. De surcroît, les conditions d’élevage contenues dans son cahier des charges font de l’agriculture biologique le standard le plus élevé en matière de bien-être animal»

 

Il serait fastidieux de faire une analyse détaillée de cette sortie. Sur Twitter, nombre de commentateurs se sont offusqués, à juste titre, de la référence à la monoculture, très minoritaire en France et ne concernant en pratique que le maïs (encore faut-il s'entendre sur le sens à donner à « monoculture »).

 

 

(Source)

 

 

Peut-on imputer à l'auteur de la tribune une méconnaissance aussi fondamentale des réalités agricoles ? Ou faut-il croire au contraire que l'outrance dans le dénigrement de l'agriculture conventionnelle est assumée ?

 

 

Une rotation blé-orge est-elle une « monoculture céréales à pailles » ? (Source)

 

 

Toujours est-il que « les mesures pour stimuler la consommation de produits bio doivent être amplifiées », étant entendu que la « stimulation de la demande ne saurait pour autant justifier un recul dans le soutien des producteurs ».

 

C'est notamment à coups de création de marchés captifs, de distributions dans le cadre des programmes pour les écoles ou l'aide alimentaire, de contraintes éventuelles sur la grande distribution, et de distribution de subventions.

 

Et c'est évidemment emballé dans la bien-pensance sur les bienfaits de l'agriculture biologique et la médisance sur les « juteux profits de l’agrochimie qui, eux, ruissellent un peu partout », ainsi que sur la Haute Valeur Environnementale (HVE).

 

Bref, le bréviaire des prédicateurs de l'agriculture biologique.

 

M. Patrick Vincourt pose la question, qui restera sans doute sans réponse : « Est-ce la position officielle du @partisocialiste ? »

 

Plus intéressante sera la position de Mme Anne Hidalgo, grande promotrice de l'« agriculture urbaine » pilotée à Paris par la très experte Audrey Pulvar. M. Éric Andrieu est un soutien affiché de la Maire de Paris. Viserait-il le poste de ministre de l'agriculture ?

 

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