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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La fille du fermier : l'élevage perd la guerre de l'étiquetage contre les alternatives aux États-Unis d'Amérique

8 Septembre 2021 Publié dans #Alimentation, #élevage

La fille du fermier : l'élevage perd la guerre de l'étiquetage contre les alternatives aux États-Unis d'Amérique

 

Amanda Zaluckyj, AGDAILY*

 

 

 

 

« Qu’y a-t-il dans un nom ? Ce que nous appelons une rose embaumerait autant sous un autre nom. »

 

Il n'est pas fréquent que je cite Shakespeare [ici dans la traduction de Victor Hugo] dans mes écrits sur l'agriculture (ou dans tout ce que j'écris, en toute franchise). Mais cette citation emblématique de son célèbre Roméo et Juliette me semble appropriée. L'agriculture moderne traverse une sorte de guerre civile de la nomenclature. Les noms que nous attribuons aux choses sont-ils importants ? Et est-ce que tout est fair-play ?

 

Le juge de district américain Richard Seeborg a abordé cette question dans une décision récente. Miyoko's Kitchen a poursuivi le Département Californien de l'Alimentation et de l'Agriculture après que celui-ci a décidé que le beurre végétal de la société ne pouvait pas inclure les termes « beurre », « sans lactose » et « sans cruauté » sur son étiquette. Il a également déclaré que les termes « sans hormones » et « révolutionner les produits laitiers avec des plantes » étaient trompeurs. Le département a estimé que le « beurre végétalien » n'était pas un produit laitier et que la présence de ces termes sur l'emballage était source de confusion pour les consommateurs.

 

Le juge Seeborg a rendu une décision mitigée. Il a décidé que la mention « sans hormones » était fausse, car tous les êtres vivants, y compris les plantes, ont des hormones. Et le faux beurre de l'entreprise ne révolutionne pas l'industrie laitière ; ce n'est pas un produit laitier. Mais il a estimé que l'utilisation de « sans lactose » et « sans cruauté » était parfaitement acceptable, car les deux étaient vrais (quelle que soit le sens que l'on donne à la deuxième assertion).

 

Et qu'en est-il du « beurre » ? Il a estimé que la Californie bafouait les droits du 1er Amendement de Miyoko à utiliser ce mot.

 

 

 

 

Cette décision n'est pas non plus hors norme. Il y a près de dix ans, d'autres tribunaux se sont prononcés en faveur d'alternatives laitières utilisant des mots traditionnels, comme « lait ». Plus récemment, des entreprises ont contesté les lois des États interdisant l'utilisation du mot « viande » dans les produits de substitution à base de plantes. Les résultats de ces actions en justice sont mitigés.

 

Mais ce qui est clair, c'est qu'aucun tribunal examinant le jeu des noms n'a donné une victoire décisive en faveur des industries traditionnelles.

 

Malgré le manque de victoires, les partisans d'un étiquetage plus clair ont un argument valable. La FDA définit en fait des termes comme « lait » et « viande ». Par exemple, le lait est défini comme « la sécrétion lactée [...] obtenue par la traite complète d'une ou plusieurs vaches en bonne santé ». Selon la réglementation de la FDA, les producteurs sont censés utiliser ces termes « pour promouvoir l'honnêteté et la loyauté dans l'intérêt des consommateurs ».

 

Est-ce ce qui se passe réellement ?

 

Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de consommateurs qui ne comprennent pas qu'un produit liquide extrait d'amandes n'est pas vraiment du lait. Ou qui croient qu'un Whopper fabriqué à partir de graines de soja est en fait de la viande. Selon Food Dive, les recherches le confirment. En fait, non seulement les consommateurs ne sont pas déroutés, mais une grande majorité d'entre eux ne voient aucun problème à ce que les produits d'origine végétale utilisent les termes traditionnels de l'industrie.

 

 

 

 

Et compte tenu de cette dernière décision, je ne pense pas que les industries animales traditionnelles verront beaucoup plus de succès auprès des tribunaux. La décision du juge Seeborg s'inscrit désormais parmi les autres précédents rendus en faveur de l'usage alternatif. À moins qu'un appel ne soit interjeté et que les définitions de la FDA ne soient appliquées de manière décisive, je pense que le bateau a coulé.

 

C'est une bonne nouvelle pour les nouvelles entreprises à base de plantes qui veulent offrir les dernières innovations en matière de produits animaux à base de plantes. Mais une mauvaise nouvelle pour l'élevage qui tente désespérément de préserver la nomenclature traditionnelle. Bien que je comprenne l'émotion qui pousse à vouloir que ces types de produits aient plus de mal à s'imposer, c'est un argument perdant.

 

Cette confusion donne également une mauvaise image de la FDA. Nous vivons déjà à une époque où les gens doutent de la fiabilité des experts. Alors, les règlements et les définitions de la FDA ont-ils un sens ? Ou n'est-ce que de la paperasserie archaïque ? L'agence a indiqué qu'elle examinerait la manière dont les termes sont revus et mis à jour. Mais nous n'avons encore vu aucune action concrète à ce sujet. N'est-il pas vrai qu'en clarifiant la réglementation, on favorise l'honnêteté et le fair-play ?

 

En attendant, nous pouvons peut-être nous tourner vers Shakespeare pour obtenir des conseils : le « lait d'amande » a-t-il le même goût s'il est étiqueté « jus d'amande » ou « faux lait » ?

 

_____________

 

Amanda Zaluckyj tient un blog sous le nom The Farmer's Daughter USA. Son objectif est de promouvoir les agriculteurs et de lutter contre la désinformation qui tourbillonne autour de l'industrie agroalimentaire américaine.

 

Source : Animal ag is losing the labeling war against alternatives | AGDAILY

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