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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'Ouganda investit dans la science pour mettre fin à la « fuite des cerveaux » et stimuler la croissance économique

5 Septembre 2021 Publié dans #Afrique, #Covid-19

L'Ouganda investit dans la science pour mettre fin à la « fuite des cerveaux » et stimuler la croissance économique

 

Richard Wetaya*

 

 

Image : Un scientifique ougandais travaille dans un laboratoire de l'Institut Ougandais de Recherche sur les Virus. Photo : Richard Wetaya

 

 

Le gouvernement ougandais a augmenté ses investissements dans la science, un secteur qui a longtemps été parmi les plus mal financés du pays, dans le but de stimuler la croissance économique.

 

Les investissements comprennent la création de parcs scientifiques régionaux, de centres d'incubation technologique et d'un fonds de recherche scientifique et d'innovation de 140 millions de dollars. Le pays cherche également à mieux rémunérer ses scientifiques afin de mettre un terme à la fuite des cerveaux qui se produit lorsque des personnes hautement qualifiées partent à la recherche de meilleures opportunités.

 

Salary Explorer, un site web de comparaison des salaires et des ressources professionnelles, indique qu'un scientifique ougandais gagne généralement environ 5,55 millions de shillings [1.549 US$] par mois. Le président Yoweri Museveni a récemment proposé de porter le salaire mensuel des scientifiques du gouvernement à 4 millions de shillings [1.126 US$] lorsqu'ils rejoignent le service public, tandis que les scientifiques de haut niveau des principales institutions de recherche du pays gagneraient 15 millions de shillings [4.222 US$].

 

Les investissements de l'Ouganda dans son secteur scientifique portent déjà leurs fruits. Deux chercheurs ougandais travaillant sous les auspices de l'initiative scientifique présidentielle sur les épidémies – le professeur Patrick Ogwang, membre de la Pharmaceutical Society of Uganda, qui a mené par le passé des recherches révolutionnaires sur les remèdes contre le paludisme et la drépanocytose pour l'Afrique, et le docteur Alice Lamwaka, maître de conférences à l'Université de Gulu – ont mis au point deux produits thérapeutiques à base de plantes pour traiter la Covid-19.

 

Ces produits, dont les noms commerciaux sont Covidex et Covilyce, ont été approuvés par l'Autorité Nationale des Médicaments de l'Ouganda [voir ma note ci-dessous]. Ils suscitent l'intérêt du Kenya et de la Tanzanie, ainsi que des Ougandais, dont beaucoup ne sont pas encore vaccinés contre la Covid.

 

 

Le professeur Patrick Engeu Ogwang, fondateur de COVIDEX, s'adresse aux médias à Kampala le 5 juillet 2021. Photo : Christine Kabazira

 

 

Seulement 1,16 million de personnes en Ouganda, un pays d'Afrique de l'Est de 45 millions d'habitants, ont reçu le vaccin, qui est en pénurie dans une grande partie de l'Afrique. Cela ne représente que 2,2 % de la population ougandaise, selon les dernières statistiques du CDC Afrique. Ce chiffre est toutefois supérieur au 1,75 % de la population du continent considérée comme entièrement vaccinée.

 

« La récente levée du confinement de 42 jours est en partie attribuable à une baisse des cas, mais le pays n'est pas encore sorti de l'auberge. L'augmentation des vaccinations est la voie à suivre », a déclaré le Dr Misaki Wayengera, l'un des principaux experts en santé de l'Ouganda.

 

Ces derniers mois, d'éminents Africains tels que le président sud-africain Cyril Ramaphosa, le président rwandais Paul Kagame, la directrice générale de l'Organisation Mondiale du Commerce Ngozi Okonjo Lweala, le directeur des Centres Africains de Contrôle et de Prévention des Maladies (Africa CDC), le Dr John Nkengasong, le directeur général de l'OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesu, le président kenyan Uhuru Kenyatta et le président ougandais Yoweri Museveni ont tous imputé le faible taux de vaccination du continent au nationalisme vaccinal pratiqué par les pays développés. M. Museveni a fait remarquer que les scientifiques africains adoptent une approche locale pour combler ce fossé.

 

« Nos scientifiques travaillent sur des thérapies et aussi sur un vaccin », a-t-il déclaré. « En ce qui concerne le vaccin, nous avançons très bien, mais nous avons été retardés par l'idée que l'Afrique n'est pas censée fabriquer des vaccins. En ce qui concerne le vaccin, nous sommes arrivés à la phase quatre sur neuf. Nous espérons arriver à la phase huit d'ici novembre 2021. »

 

Bien que la communauté scientifique ougandaise ait salué les investissements et les augmentations de salaire proposées, elle a déclaré qu'elle n'abordait pas deux domaines clés : l'agriculture et la biotechnologie.

 

« La résolution est de bon augure pour le secteur des sciences du pays, mais la bonne volonté de ce gouvernement devrait également s'étendre au secteur des sciences agricoles », a déclaré M. Joshua Opita, expert en agriculture et en moyens de subsistance. « Il est grand temps que le pays se réconcilie avec l'agro-biotechnologie, comme l'ont fait le Kenya et de nombreux autres pays africains. Il est temps de se hâter de faire passer dans la loi le projet de loi national sur la biotechnologie et la biosécurité, comme l'a suggéré le président sortant du Parlement du pays au début de cette année. »

 

Bien que M. Museveni ait exprimé un soutien rhétorique à la biotechnologie agricole, il n'a jamais pris les mesures qui permettraient de transformer les projets de loi adoptés par le Parlement en lois.

 

Plus tôt cette année, lors de l'inauguration d'un laboratoire de technologies agro-génétiques à Mukono, un district du centre de l'Ouganda, la présidente du Parlement, Rebecca Kadaga, aurait déclaré qu'elle ferait à nouveau pression pour que le projet de loi nationale sur la biotechnologie et la biosécurité soit adopté.

 

« Les gens ne cessent de dire qu'ils ne veulent pas de biotechnologie dans l'agriculture et pourtant les vaccins qui nous sont administrés sont le résultat de la science biotechnologique », a déclaré Mme Kadaga.

 

M. Opita a déclaré qu'il espérait que le projet de loi serait adopté même si Mme Kadaga ne continuait pas à être présidente du Parlement.

 

« L'application de la biotechnologie dans l'agriculture se traduira par de nombreux avantages pour le secteur agricole du pays », a-t-il déclaré. « L'agro-biotechnologie offrira un grand potentiel pour la production durable des petites exploitations agricoles, non seulement en Ouganda mais aussi dans toute la région. Elle offrira également un grand potentiel pour améliorer la qualité et la sécurité alimentaire du pays et pour réduire les coûts de l'alimentation, surtout en ces temps difficiles. »

 

Bien que l'Ouganda mette désormais de l'argent derrière sa promesse d'aider ses scientifiques à poursuivre la recherche et le développement de produits et qu'il ait prévu 358 milliards de shillings [100 millions de dollars] dans son budget 2021/22, le continent africain dans son ensemble est à la traîne en matière de financement de la science.

 

Un article récent de The Conversation, une source indépendante de nouvelles et de points de vue de la communauté universitaire et de recherche, a rapporté que le financement de la recherche et du développement en Afrique ne représentait que 0,42 % du PIB en 2019, alors que la moyenne mondiale est de 1,7 %. Aucun pays d'Afrique ne consacre même 1 % de son produit intérieur brut à la recherche et au développement, selon un récent rapport scientifique de l'UNESCO.

 

Dans la région de l'Afrique de l'Est, le Kenya a dépassé ses voisins, faisant des progrès significatifs en tant que pôle de recherche majeur. Selon l'article de the Conversation, le Kenya investit environ 0,8 % de son PIB dans la recherche et le développement. Son président a récemment annoncé que le Kenya s'engageait à investir jusqu'à 2 % de son budget national annuel dans la recherche et l'innovation.

 

____________

 

* Source : Uganda invests in science to stop 'brain drain' and drive economic growth - Alliance for Science (cornell.edu)

 

 

[Ma note]

 

S'agissant du Covidex et du Covilyce, la situation n'est pas claire du tout. Voir aussi cette vidéo :

 

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