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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'ONU devrait apprendre que l'idéologie n'arrête pas une invasion de criquets

25 Septembre 2021 Publié dans #Divers

L'ONU devrait apprendre que l'idéologie n'arrête pas une invasion de criquets

 

Kip Tom*

 

 

 

L'année dernière [2019], le monde a été confronté à deux des plus graves crises sanitaires et humanitaires depuis une génération. Dans chaque cas, l'organisation des Nations Unies spécifiquement chargée de prévenir ces catastrophes, de préparer la réponse et d'atténuer les effets n'a non seulement pas réagi efficacement, mais a aussi contribué de manière significative au bilan des souffrances humaines.

 

Le rôle catastrophique de l'Organisation Mondiale de la Santé dans les premiers jours critiques de l'épidémie de Covid-19 est bien connu. Dans une série de décisions qui ont privilégié la politique plutôt que la santé humaine, les dirigeants de l'OMS ont ignoré les avertissements urgents de Taïwan, ont fourni des messages contradictoires sur la question de savoir si le virus était transmissible entre les humains, se sont opposés aux restrictions internationales sur les voyages au moment où elles étaient le plus nécessaires, et n'ont pas fait pression sur les dirigeants chinois pour obtenir le type d'accès et de transparence qui auraient amélioré la gestion de la crise. Le refus de l'OMS de répondre à ces préoccupations ou même de reconnaître la nécessité d'une réforme, sans parler d'instituer des réformes, a convaincu le président Trump de retirer le financement américain et de chercher des moyens plus efficaces et plus fiables de promouvoir la santé mondiale.

 

L'histoire derrière la réponse initiale insuffisante et potentiellement catastrophique de l'Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, sous la direction de l'ancien directeur général Graziano da Silva, au fléau acridien qui se propage actuellement dans de grandes parties de l'Afrique, du Moyen-Orient et de l'Inde, est moins connue [le texte d'origine a été publié le 5 août 2020]. Des nuées de criquets aussi grands que des villes, composés de milliards d'insectes voraces ressemblant à des sauterelles, recouvrent les campagnes. Ces insectes peuvent parcourir 150 kilomètres par jour dans les airs, et ils dépouillent le sol de toute végétation partout où ils se posent.

 

L'hiver dernier, les autorités kenyanes ont parlé de la pire invasion de criquets depuis 75 ans. Le temps humide a fourni des conditions de reproduction idéales, et les experts estiment que les nouvelles nuées pourraient être 500 fois plus grandes et se propager encore plus loin en Afrique.

 

Les Nations Unies préviennent que, rien qu'en Afrique de l'Est, 22 millions de personnes seront confrontées à une « insécurité alimentaire aiguë » d'ici la fin de l'année. Nombre de ces régions sont déjà en proie à une sous-alimentation chronique, au terrorisme et à des conflits militaires permanents. Si l'on ajoute la Covid-19, on ne peut pas supposer que l'aide alimentaire suffira à endiguer l'effondrement social généralisé et les pertes massives de vies humaines.

 

La FAO est consciente de l'évolution de la crise depuis au moins juin 2019, lorsque des essaims de criquets pèlerins sont passés du Yémen à la Somalie et se sont répandus dans les pays voisins. Pourtant, plusieurs mois plus tard, peu d'activités de lutte avaient été lancées : le Kenya ne disposait que de quatre avions équipés pour la pulvérisation aérienne d'insecticides, seul moyen efficace de lutter contre les essaims. La FAO a lancé un appel de fonds. Seule la moitié de l'argent a été récoltée.

 

Comme les pandémies virales, les criquets sont une menace permanente. Pour la contenir, il faut intervenir tôt et rapidement, idéalement en pulvérisant des insecticides sur les criquets avant qu'ils n'essaiment. C'est précisément pour cette raison que la FAO surveille de près les observations de criquets. Néanmoins, elle n'a pas réussi à acheminer à temps les pesticides et les équipements nécessaires sur le terrain, et les efforts tardifs en ce sens ont été tragiquement entravés par la Covid-19.

 

Le problème est plus profond que l'inertie bureaucratique. Sous le précédent directeur général, Graziano da Silva (2012-2019), la FAO est devenue de plus en plus politisée, se transformant d'une organisation de développement basée sur la science en un champion des mouvements agraires « paysans » soutenus par des ONG bien financées qui condamnent le commerce comme un néocolonialisme et assimilent les droits de propriété à l'oppression.

 

Présentée sous la bannière de l'« agro-écologie », cette nouvelle approche rejette les technologies agricoles du XXe siècle – y compris les variétés biotechnologiques avancées, les pesticides et les engrais modernes – qui sous-tendent la sécurité alimentaire dans tous les pays développés et en développement. À la place, les agro-écologistes de la FAO et leurs alliés encouragent des pratiques jugées plus « sensibles à la culture » et présentent l'« agriculture de subsistance » comme un idéal. Mais ce cycle sans fin de travail éreintant et de production à faible rendement maintient une grande partie du monde dans le sous-développement.

 

L'une des raisons pour lesquelles l'Afrique n'était pas préparée à l'arrivée des criquets est que la FAO a passé les sept années du règne de Graziano da Silva à faire activement campagne aux côtés des militants de l'agro-écologie pour convaincre les chefs de gouvernement d'interdire les pesticides et d'utiliser des méthodes « naturelles » et biologiques à la place. Alors même que les essaims atterrissaient au Kenya en juin dernier, les ministres du gouvernement réunis en conférence à Nairobi se faisaient dire, lors du lancement d'une initiative de la FAO intitulée « Scaling up Agroecology », que les OGM provoquaient le cancer, que les pesticides rendaient les hommes stériles, et d'autres affirmations démenties, largement propagées par des groupes marginaux se présentant comme des écologistes.

 

Peu de temps après, une alliance de militants a utilisé le matériel de présentation de la conférence pour faire pression sur des élus kenyans afin qu'ils interdisent les OGM et les pesticides, y compris les pesticides dont on avait désespérément besoin pour lutter contre l'invasion de criquets. Ce n'était pas une aberration. De nombreuses conférences [voir aussi ici et ici] de ce type ont été organisées dans le monde entier dans le cadre d'une initiative décennale de la FAO. Avant la Covid, une conférence était prévue en ce mois d'août [2020] au Kenya.

 

L'actuel Directeur général, Qu Dongyu, élu en juin dernier [2019], a promis des réformes. Il y a d'autres personnes à la tête de l'organisation qui comprennent parfaitement la nécessité d'adopter l'innovation et de cesser de diaboliser le secteur privé, mais les idéologues sont fermement ancrés dans la bureaucratie de la FAO et résistent farouchement au changement. Malheureusement, l'Union Européenne et de nombreux gouvernements européens ont pleinement adopté l'agro-écologie – pour les Africains, si ce n'est pas encore pour eux-mêmes – et nombre de leurs ambassadeurs auprès de la FAO votent pour perpétuer l'héritage de Graziano da Silva.

 

Comme pour l'OMS, les États-Unis ont été le plus grand donateur individuel de la FAO depuis sa fondation en 1945. Au cours de ces années, l'organisation a contribué à la Révolution Verte qui a sauvé des milliards de personnes de la famine et en a sorti des milliards d'autres de la pauvreté. Aujourd'hui, les agro-écologistes de la FAO semblent vouloir défaire ce grand travail. L'invasion de criquets est un signal d'alarme. La FAO doit se débarrasser de cette idéologie radicale et revenir à sa mission de base qui a débuté il y a 75 ans.

 

____________

 

Kip Tom a été l'ambassadeur et le représentant permanent des États-Unis auprès des agences des Nations Unies basées à Rome du 11 avril 2019 au 20 janvier 2021. Les opinions exprimées sont celles de l'auteur.

 

Source : The UN Should Learn That Ideology Won’t Stop a Plague of Locusts | RealClearWorld

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J
Qu'en est 'il en cette année 2021?
Criquets? Famines?

La page wikipédia française de la FAO est bloquée en 2007...
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