Incidence du cancer chez les travailleurs agricoles : RAS ? Non ! RAS...
Le titre vous paraît obscur ? « RAS », rien à signaler, peut être une information importante qu'il convient justement de signaler.
Une équipe internationale – Kayo Togawa, Maria E Leon, Pierre Lebailly, Laura E Beane Freeman, Karl-Christian Nordby, Isabelle Baldi, Ewan MacFarlane, Aesun Shin, Sue Park, Robert T Greenlee, Torben Sigsgaard, Ioannis Basinas, Jonathan N Hofmann, Kristina Kjaerheim, Jeroen Douwes, Rachel Denholm, Gilles Ferro, Malcolm R Sim, Hans Kromhout, Joachim Schüz – vient de publier dans Environment International « Cancer incidence in agricultural workers: Findings from an international consortium of agricultural cohort studies (AGRICOH) » (incidence du cancer chez les travailleurs agricoles : résultats d'un consortium international d'études de cohortes agricoles (AGRICOH) ».
En voici le résumé (nous découpons pour les résultats) :
Points forts
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AGRICOH a analysé l'incidence du cancer chez >248.000 travailleurs agricoles de 6 pays.
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Le cancer est globalement moins fréquent chez les travailleurs agricoles que dans la population générale.
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Un excès a été constaté pour le myélome multiple, le mélanome de la peau et le cancer de la prostate.
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La direction du risque était largement cohérente entre les cohortes avec quelques écarts.
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Un déficit important de cancers du larynx et du poumon a été observé dans presque toutes les cohortes.
Contexte :
Le travail agricole peut exposer les travailleurs à des agents potentiellement dangereux, y compris des substances cancérigènes connues et suspectées. Cette étude visait à évaluer l'incidence du cancer chez les travailleurs agricoles masculins et féminins d'un consortium international, AGRICOH, par rapport à leurs populations générales respectives.
Méthodes :
L'analyse a inclus huit cohortes qui ont été reliées à leurs registres de cancer respectifs : France (AGRICAN : n = 128.101), États-Unis (AHS : n = 51.165, MESA : n = 2.177), Norvège (CNAP : n = 43.834), Australie (2 cohortes combinées, Australian Pesticide Exposed Workers : n = 12.215 et Victorian Grain Farmers : n = 919), République de Corée (KMCC : n = 8.432) et Danemark (SUS : n = 1.899). Pour divers sites de cancer et tous les cancers combinés, les rapports d'incidence standardisés (RIS) et les intervalles de confiance (IC) à 95 % ont été calculés pour chaque cohorte en utilisant les taux nationaux ou régionaux comme taux de référence et ont été combinés par méta-analyse à effets aléatoires.
Résultats :
Pendant près de 2.800.000 années-personnes, un total de 23.188 cancers ont été observés.
Des risques élevés ont été observés pour le mélanome de la peau (nombre de cohortes = 3, méta-RIS = 1,18, IC : 1,01-1,38) et le myélome multiple (n = 4, méta-RIS = 1,27, IC : 1,04-1,54) chez les femmes et le cancer de la prostate (n = 6, méta-RIS = 1,06, IC : 1,01-1,12), par rapport à la population générale.
En revanche, un déficit a été observé pour l'incidence de plusieurs cancers, notamment les cancers de la vessie, du sein (femme), du colorectum, de l'œsophage, du larynx, du poumon et du pancréas et tous cancers confondus (n = 7, méta-RIS pour tous cancers confondus = 0,83, IC à 95 % : 0,77-0,90).
La direction du risque était largement cohérente entre les cohortes, bien que nous ayons observé de grandes variations entre les cohortes dans le RIS pour les cancers du foie et du poumon chez les hommes et les femmes, et pour l'estomac, le colorectum et la peau chez les hommes.
Conclusion :
Les résultats suggèrent que les travailleurs agricoles ont un risque plus faible de divers cancers et un risque élevé de cancer de la prostate, de myélome multiple (femme) et de mélanome de la peau (femme) par rapport à la population générale. Ces différences et les variations entre cohortes peuvent être dues à des différences sous-jacentes dans les facteurs de risque et justifient une étude plus approfondie des expositions agricoles.
Ce résumé illustre les biais dont sont affligés les chercheurs dans ce domaine.
Pourquoi avoir donné dans le résumé les RIS et leurs IC pour les excès de cancers et pas pour les déficits (un mot qui peut paraître curieux mais qui fait l'affaire) ? Parce que les chercheurs sont formatés pour chercher dans une direction...
Pourquoi avoir donné d'abord les excès de risques, puis les déficits, le résultat global étant noyé dans cette partie ? Parce que...
L'information majeure n'est-elle pas un méta-rapport d'incidence standardisé de 0,83, avec un intervalle de confiance à 95 % pointant vers un résultat significatif de 0,77-0,90 ? Notons que pour les sur-risques, certains faibles, la limite inférieure des intervalles de confiance est proche de 1.
En bref, si l'article lui-même est un déluge de chiffres – tous les chiffres – le résumé prête à critique. Nous avons observé le même phénomène pour d'autres articles.
Le texte a été publié sous une licence Creative Commons, mais le droit d'auteur a été affecté à l'Organisation Mondiale de la Santé.
L'équipe de recherche comporte cinq personnes affiliées au Centre International de Recherche sur le Cancer. Celui-ci se posera-t-il des questions sur certains classements de cancérogénicité ?
L'équipe de recherche comporte aussi deux personnes qui ont participé à l'élaboration de l'infameuse monographie déclarant le glyphosate « cancérogène probable » (Mme Isabelle Baldi et M. Hans Kromhout).
Les voici sous forme de graphique.
Faut-il rappeler que c'est la « vedette » de l'activisme et de la piraterie judiciaire contre le glyphosate et Bayer/Monsanto ?
« Le méta-SIR pour le lymphome non hodgkinien (LNH) était inférieur à 1,0 chez les hommes et les femmes combinés (n = 5 ; méta-RIS = 0,92, IC à 95 % = 0,86-0,98, I2 = 0 %). »
Pour la cohorte française AGRICAN, le RIS est à 0,95 (0.83–1.09) pour les hommes avec 216 cas et à 0,92 (0.77–1.09) pour les femmes avec 133 cas.
Nous n'attendons pas d'article dans le Monde, rubrique Planète, du journaliste qui bloque plus vite que son ombre sur Twitter.
Quoique... il y a de quoi faire du picorage (cherry picking) dans cette étude qui ne manque pas d'évoquer les pesticides, alors qu'il y a d'autres facteurs de risque comme les détergents, solvants, carburants, poussières, mycotoxines, etc.
Le 27 novembre 2020 (date sur la toile) celui-ci publiait « Une vaste étude confirme les risques de cancer encourus par les agriculteurs français » (critique sur ce blog)avec en chapô :
« De nouveaux résultats du suivi de 180 000 éleveurs et cultivateurs dénombrent une proportion accrue de lymphomes, leucémies ou cancers de la prostate, notamment chez ceux exposés aux pesticides. »
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