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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Une nouvelle recherche suggère que CRISPR peut détruire le virus qui cause la Covid-19

20 Août 2021 Publié dans #Covid-19

Une nouvelle recherche suggère que CRISPR peut détruire le virus qui cause la Covid-19

 

Joseph Maina*

 

 

Image : Illustration médicale 3D de l'infection par le coronavirus SARS-CoV-2. Shutterstock/Corona Borealis Studio

 

 

Des scientifiques ont découvert un moyen d'empêcher le virus de la Covid-19 de se répliquer dans les cellules humaines infectées, marquant un progrès majeur vers un traitement définitif de cette maladie mortelle et accentuant le potentiel du génie génétique pour guérir les maladies virales.

 

L'étude explore l'utilisation de CRISPR, un outil d'édition du génome, et s'appuie sur des recherches qui ont débuté au Peter MacCallum Cancer Center d'Australie en 2019, lorsque le Dr Mohamed Fareh et le Pr Joe Trapani ont montré que CRISPR pouvait être utilisé pour éliminer les ARN anormaux à l'origine de cancers chez les enfants.

 

Au début de la pandémie, et en collaboration avec la directrice, le Pr Sharon Lewin, et le Dr Wei Zhao de l'Institut Doherty, les scientifiques ont reprogrammé l'outil CRISPR pour supprimer la réplication du virus ARN SARS-CoV-2 – et surtout, ses « variants préoccupants » – dans un modèle en tube à essai. Le SARS-CoV-2, abréviation de Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus 2, est le virus à l'origine de la Covid-19.

 

« L'approche CRISPR est destinée à un traitement », a déclaré la scientifique principale, Mme Lewin, à l'Alliance pour la Science. « Il n'y a actuellement aucun bon médicament antiviral disponible contre la Covid-19. CRISPR peut détruire efficacement le virus. »

 

Au cœur de la recherche se trouve une enzyme (CRISPR-Cas13b) qui se lie à des ARN cibles et dégrade la partie du génome du virus nécessaire pour se répliquer à l'intérieur des cellules.

 

Les scientifiques se félicitent de la spécificité, de l'efficacité et des propriétés de déploiement rapide de Cas13b reprogrammé, qui fournit un modèle pour le développement de médicaments antiviraux permettant de supprimer et de prévenir un large éventail de mutants du SARS-CoV-2. Les mêmes propriétés peuvent être facilement déployées pour combattre d'autres virus pathogènes.

 

« La flexibilité de CRISPR-Cas13, qui n'a besoin que de la séquence virale, signifie que nous pouvons envisager de concevoir rapidement des antiviraux contre la Covid-19 et tout nouveau virus émergent en moins d'une semaine », a déclaré M. Fareh. Certains signes indiquent que cette approche pourrait également être appliquée à un grand nombre de virus existants, ce qui changerait la façon dont ils sont actuellement traités, a-t-il ajouté.

 

« Contrairement aux médicaments antiviraux classiques, la puissance de cet outil réside dans la souplesse et l'adaptabilité de sa conception, ce qui en fait un médicament adapté à une multitude de virus pathogènes, notamment la grippe, le virus Ebola et peut-être le VIH », a déclaré M. Fareh.

 

Mme Lewin a également fait remarquer le potentiel de CRISPR dans le développement de remèdes contre les maladies virales,

 

« Cette technique est très pertinente pour les nouveaux virus à ARN », a-t-elle déclaré. « Lorsque nous découvrons un nouveau virus, la première chose que nous pouvons faire est d'obtenir son code génétique. C'est relativement facile à faire. Pour la Covid-19, nous avons eu le code génétique le 10 janvier. Pour CRISPR, nous avons juste besoin du code génétique pour fabriquer un produit. Nous pensons que cette approche est idéale pour s'attaquer aux nouveaux virus des futures pandémies. »

 

Les chercheurs notent que l'évolution virale induite par les mutations, comme les variants de la Covid qui circulent actuellement, peut générer une résistance aux médicaments, un échappement immunitaire et une efficacité accrue de la transmission et de la pathogénicité, tous préjudiciables au patient. M. Fareh a expliqué que l'émergence constante de nouveaux variants menace l'efficacité de divers vaccins, car le virus évolue et échappe au système immunitaire de l'hôte.

 

« Des données récentes suggèrent que la communauté aurait probablement besoin de vaccins de rappel pour actualiser notre immunité contre les nouveaux variants, ce qui entraînera des défis supplémentaires en matière de fabrication et de logistique de distribution mondiale », a déclaré M. Fareh à l'Alliance. « Il y a aussi des personnes immunodéprimées dans les communautés, comme la forte population séropositive dans les pays d'Afrique subsaharienne, qui ne peuvent pas bénéficier des vaccins et restent vulnérables à ce virus. »

 

« L'objectif à long terme est que si une personne a un test positif pour la Covid-19, elle prenne immédiatement du CRISPR-Cas13 pour empêcher le virus de progresser vers les poumons ou de déclencher la maladie. Cela permettrait également de réduire la quantité de virus dans le nez et de diminuer les risques de transmission », a déclaré Mme Lewin, ajoutant que le traitement suivrait la même approche que celle utilisée dans la gestion du VIH.

 

« C'est exactement la façon dont les médicaments contre le VIH fonctionnent », a-t-elle poursuivi. « Les médicaments antiviraux contre le VIH réduisent la quantité de VIH dans le sang, ce qui permet à une personne infectée par le VIH d'être en bonne santé. En même temps, les médicaments réduisent la transmission. Dans le domaine du VIH, nous qualifions ce traitement de prévention. »

 

Selon Mme Lewin, alors que la réponse à la pandémie est axée sur le déploiement de vaccins protecteurs, il reste un besoin urgent de traitements spécifiques aux patients atteints par la Covid-19.

 

L'équipe travaille actuellement sur des modèles animaux et prévoit que le traitement pourrait être disponible pour un usage clinique dans deux ans, au minimum. Une telle approche pourrait être une bonne nouvelle pour les communautés vulnérables qui ont fait les frais d'un accès insuffisant à la vaccination contre la pandémie, comme l'Afrique.

 

M. Fareh a expliqué à l'Alliance que l'inégalité d'accès aux vaccins entre les nations riches et les nations pauvres a laissé les pays africains largement non vaccinés et vulnérables au virus, tant du point de vue sanitaire que socio-économique.

 

« Ce qui est passionnant avec le nouveau médicament que nous avons mis au point, c'est sa capacité à supprimer de nombreux variants – sinon tous – en raison de sa résistance à l'évolution virale », a-t-il déclaré. « Cette résilience peut permettre à la communauté, y compris aux pays les plus pauvres, de disposer d'un seul médicament efficace contre toutes les souches de SARS-CoV-2, ce qui est une option intéressante d'un point de vue sanitaire et logistique. »

 

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* Source : New research suggests CRISPR can destroy virus that causes COVID-19 - Alliance for Science (cornell.edu)

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