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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Limiter les effets des pesticides sur la santé en réformant les procédures d'homologation ? Ben voyons !

30 Août 2021 Publié dans #Article scientifique

Limiter les effets des pesticides sur la santé en réformant les procédures d'homologation ? Ben voyons !

 

Quand des pyromanes prétendent se faire pompiers...

 

 

 

 

Environmental Health a publié le 3 août 2021 « Commentary: Novel strategies and new tools to curtail the health effects of pesticides » (commentaire : De nouvelles stratégies et de nouveaux outils pour limiter les effets des pesticides sur la santé) de Charles Benbrook, Melissa J. Perry, Fiorella Belpoggi, Philip J. Landrigan, Michelle Perro, Daniele Mandrioli, Michael N. Antoniou, Paul Winchester et Robin Mesnage.

 

 

Le résumé

 

En voici le résumé :

 

Contexte

 

Les lacunes dans la science qui soutient l'évaluation des risques et la réglementation des pesticides empêchent de progresser dans l'atténuation des impacts des pesticides sur la santé humaine. Parmi les problèmes cruciaux, citons la portée des protocoles d'essais réglementaires, l'accent presque total mis sur les ingrédients actifs purs plutôt que sur les produits formulés, le manque d'informations accessibles au public sur les coformulants, la confiance excessive dans les études soutenues par l'industrie et la réticence à incorporer les résultats publiés dans le processus d'évaluation des risques, et l'incapacité à tirer parti des nouvelles opportunités et avancées scientifiques, par exemple la biosurveillance et les technologies "omiques".

 

Actions recommandées

 

Les problèmes de l'évaluation des risques liés aux pesticides sont identifiés et liés à la conception des études, aux données et aux lacunes méthodologiques. Nous présentons des étapes et des stratégies susceptibles d'approfondir les connaissances scientifiques sur la toxicité des pesticides, les expositions et les risques.

 

Nous proposons quatre solutions :

 

(1) Mettre fin à la dépendance quasi exclusive des décisions réglementaires aux études soutenues par l'industrie en soutenant et en s'appuyant davantage sur la science indépendante, en particulier pour les études toxicologiques de base. Le coût de la réalisation d'études toxicologiques de base dans des laboratoires qui ne sont pas affiliés aux fabricants de pesticides ou financés directement par eux devrait être couvert par des taxes payées par les fabricants aux organismes publics.

 

(2) Les régulateurs devraient accorder plus de poids aux données mécanistes et aux études à faible dose dans la gamme des expositions contemporaines.

 

(3) Les régulateurs, les agences de santé publique et les bailleurs de fonds devraient augmenter la part des ressources d'évaluation de l'exposition qui produisent des mesures directes des concentrations dans les fluides et les tissus corporels. La biosurveillance humaine est essentielle pour identifier rapidement les expositions croissantes parmi les populations vulnérables, notamment les applicateurs, les femmes enceintes et les enfants.

 

(4) S'ils sont intégrés plus efficacement, les outils scientifiques des différentes disciplines peuvent accélérer les progrès en matière d'évaluation des risques. De nouveaux marqueurs génétiques et métabolomiques des effets néfastes sur la santé et des effets épigénétiques héréditaires apparaissent et devraient être inclus plus systématiquement dans l'évaluation des risques afin de prévenir efficacement les maladies.

 

Conclusions

 

La prévention des effets néfastes sur la santé publique déclenchés ou aggravés par l'exposition aux pesticides nécessitera des changements dans les politiques et les procédures d'évaluation des risques, une science plus libre de l'influence de l'industrie et des stratégies innovantes qui associent les méthodes traditionnelles aux nouveaux outils et aux connaissances mécanistiques.

 

 

 

Ça dégouline de bien-pensance ! Mais ces nouvelles stratégies et ces nouveaux outils « pour limiter les effets des pesticides sur la santé » sont une feuille de vigne pour cacher un autre objectif : celui de rendre l'homologation des produits de protection des plantes quasiment impossible.

 

 

Les auteurs

 

Considérons la liste des auteurs.

 

L'auteur principal, Charles Benbrook, est un « scientist for hire », un scientifique à gages qui travaille essentiellement pour le secteur de l'agriculture biologique et occasionnellement pour Greenpeace.

 

 

Charles « Chuck » Benbrook est tout à droite.

 

 

Charles Benbrook confesse modestement un conflit d'intérêts : il a servi de témoin expert dans « litigation » – au choix du traducteur « une affaire » ou « des affaires » – impliquant un/des pesticide(s) ; il a aussi participé dans « litigation » impliquant l'étiquetage d'aliments génétiquement modifiés. Greenpeace et la virée de 18 jours de lobbying en Europe ? Passé sous silence. Et ce n'est qu'une partie de la partie émergée de l'iceberg.

 

Melissa J. Perry ? Impliquée en tant qu'experte dans « litigation » sur un/des pesticide(s). Il n'est sans doute pas nécessaire d'approfondir pour savoir de quel côté.

 

Fiorella Belpoggi ? Une très bonne « cliente » de ce blog, avec le Ramazzini Institute (membre de la coalition italienne #StopGlifosato) ! Ne retenons qu'un seul fait d'armes de Mme Belpoggi ici : elle a participé à l'arnaque Factor GMO partie de la Russie de Vladimir P. et arrivée nulle part, sinon dans l'oubli (mais pas de tout le monde...).

 

(Source)

 

Philip J. Landrigan ? Un autre militant en blouse blanche anti-OGM et anti-pesticides activement impliqué dans les campagnes de lobbying, en faisant parfois équipe avec Charles Benbrook.

 

Daniele Mandrioli ? Le Ramazzini Institute...

 

Michael N. Antoniou ? Par exemple membre du conseil scientifique du CRIIGEN. Et encore contributeur à « Gene Editing Myths and Reality », des Verts/ALE du Parlement Européen et dont l'éditeur est GMWatch ; c'est, on s'en serait douté, un plaidoyer pour faire passer les nouvelles techniques sous les fourches caudines de la réglementation sur les OGM, autrement dit, de les interdire dans l'Union Européenne.

 

 

Le fond ?

 

Le résumé pourrait se suffire à lui-même.

 

Une description de la situation dystopique, dans laquelle les autorités de réglementation sont implicitement incompétentes, sinon corrompues ; un système ^rétendument dominé et manipulé par « l'industrie » (les agissements des militants anti-pesticides et de leurs alliés étant passés sous silence) ; une demande d'extension du processus décisionnel à ce qui est, en première et dernière analyse, de la junk science, de la science poubelle.

 

Sans oublier bien évidemment le plaidoyer pro domo : organisez donc le processus réglementaire de manière à nous procurer beaucoup de travaux de recherche et les financements correspondants !

 

Tout n'est évidemment pas à condamner. Mais, par exemple, « [l]a biosurveillance humaine est essentielle... », n'est-ce pas enfoncer une porte ouverte ?

 

Voici, sans les références, la mise en route :

 

« Aujourd'hui, la dépendance quasi-totale à l'égard des pesticides pour le contrôle des mauvaises herbes, des insectes et des agents pathogènes dans les exploitations agricoles conventionnelles n'est probablement pas viable. L'augmentation constante des dépenses en pesticides réduit les résultats nets des agriculteurs. L'utilisation intensive de pesticides impose des dommages collatéraux aux agriculteurs et aux travailleurs, à l'environnement et à la santé publique qui peuvent devenir inacceptables en raison des coûts directs ; des amendes, des pénalités ou des assurances plus coûteuses ; de la réglementation ; des pressions sociales ou des contrôles locaux. Parmi ces dommages, on peut citer les pertes de récoltes et d'arbres dues à la dérive du dicamba et d'autres herbicides, la réduction de la biodiversité, la diminution des services écosystémiques, le déclin des pollinisateurs, les intoxications aiguës, l'émergence et la propagation de mauvaises herbes et d'insectes résistants, la perte de médicaments vitaux nécessaires au traitement des infections humaines et la contamination de l'eau.

 

Bien que les effets de l'exposition aux pesticides sur la santé humaine ne soient pas entièrement connus ou compris, un nombre croissant d'études décrivent des effets néfastes à la suite d'expositions professionnelles aiguës, un risque accru de cancer et la proximité résidentielle d'exploitations agricoles fortement dépendantes des pesticides. »

 

Aucune considération, bien sûr, pour les bénéfices tirés des produits de protection des plantes...

 

 

 

 

Prêts pour la suite ?

 

« Aux États-Unis, dans l'Union européenne et dans d'autres pays développés, les pesticides sont soumis à une évaluation de leurs effets sur l'environnement et la santé humaine avant d'être mis sur le marché. Cependant, les systèmes réglementaires actuels ont souvent échoué à détecter et/ou à atténuer certains des effets sur la santé déclenchés par les pesticides. Parmi les exemples, citons les dommages causés au système neurologique et au cerveau par le chlorpyrifos et d'autres organophosphates [19, 21], l'impact de l'exposition à des herbicides à base de glyphosate sur le lymphome non hodgkinien [15, 22, 23] et les effets néfastes de plusieurs pesticides sur la reproduction [24, 25]. Ces échecs dans la détection et la prévention des effets néfastes sur la santé résultent de lacunes systémiques dans la manière dont les autorités de réglementation, l'industrie et les professionnels de la santé publique évaluent les risques liés aux pesticides et s'efforcent de les atténuer. En raison de ces lacunes, les problèmes peuvent persister pendant des années, comme dans le cas :

 

  • Du rôle joué par le paraquat dans l'étiologie de la maladie de Parkinson [26, 27, 28],

 

  • De l'impact de l'exposition prénatale à l'herbicide à base de glyphosate sur les naissances prématurées [24, 29], le microbiome intestinal [30] et la stéatose hépatique non alcoolique [31, 32].

 

  • Des expositions conduisant à l'autisme et aux maladies auto-immunes [20, 33]. »

 

C'est assez extraordinaire.

 

Les citations sont bien sûr sélectionnées. Ainsi, on ne trouvera pas de référence à l'Agricultural Health Study qui n'a pas trouvé de lien entre glyphosate et lymphome non-hdgkinien et autres cancers. On trouvera aussi des études poubelle, surinterprétées et/ou surmédiatisées, par exemple pour la prématurité. Les associations sont allègrement converties en relations de cause à effet.

 

En bref, du n'importe quoi, sachant qu'on est là dans la description du décor dans lequel s'inscrit la suite.

 

Mais surtout, il est reproché aux procédures d'évaluation et d'homologation d'avoir laissé échapper des effets qui – pour autant qu'ils soient réels (et dans certains cas suffisamment préoccupants pour qu'on les interdise, y compris sur la base d'une application stricte du « principe de précaution ») – ne peuvent se constater que sur la base d'une surveillance post-homologation, le cas échéant par l'étude de vastes populations. Ou des effets – même caveat – mis en évidence par des méthodes récentes qui n'existaient pas au moment de l'homologation.

 

Une dernière :

 

« La science soutenant l'évaluation et la réglementation des risques liés aux pesticides a fait l'objet d'un examen critique ces dernières années [36, 37]. Après avoir donné un aperçu des problèmes les plus importants dans la façon dont les pesticides sont utilisés et les risques gérés aux États-Unis et dans d'autres pays, nous proposons des stratégies pour :

 

  • Approfondir les connaissances scientifiques sur les impacts négatifs des pesticides,

 

  • renforcer la confiance dans les évaluations réglementaires des risques, et

 

  • élargir le soutien aux mesures visant à réduire la dépendance globale aux pesticides, et en particulier l'utilisation des pesticides à haut risque. »

 

Quelles sont les références ?

 

 

 

En bref, la littérature ultra-militante avec, dans le lot, des pyromanes qui prétendent maintenant se faire les pompiers.

 

Oh, ils nous annonçaient des stratégies pour « élargir le soutien aux mesures visant à réduire la dépendance globale aux pesticides, et en particulier l'utilisation des pesticides à haut risque ». Il y a un paragraphe dans la conclusion :

 

« La voie la plus sûre pour parvenir à une réduction significative et durable des effets néfastes des pesticides est de réduire leur utilisation globale. Pour ce faire, il faudra investir davantage dans la recherche publique et privée et apporter un soutien technique aux agriculteurs afin d'accélérer le passage à une lutte intégrée contre les ravageurs biointensive, fondée sur la prévention [174, 175, 176]. »

 

Merci du conseil !

 

Dans les références... Benbrook.

 

 

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