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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'amarante rugueuse ne fait pas de prisonniers

31 Août 2021 Publié dans #Agronomie

L'amarante rugueuse ne fait pas de prisonniers

 

Tim Burrack*

 

 

 

 

Je crois que j'ai rencontré la pire mauvaise herbe du monde.

 

L'amarante rugueuse [Amaranthus tuberculatus] ne fait pas de prisonniers. Elle est grande, prolifique et difficile à éliminer.

 

Elle peut atteindre une hauteur de deux mètres. Une seule plante peut libérer un demi-million de graines. Pour l'empêcher d'envahir nos champs de maïs et de soja ici dans l'Iowa, les agriculteurs comme moi doivent la combattre dans une guerre qui dure tout l'été.

 

Il n'y a qu'une seule façon pour les cultures de gagner, et c'est grâce aux produits phytosanitaires sûrs et robustes qui nous aident à maîtriser cette terrible mauvaise herbe.

 

Malheureusement, quelques personnes qui ne comprennent pas les défis de l'agriculture veulent restreindre les outils fiables qui nous permettent de contrôler l'amarante rugueuse et ses semblables. Si ces ennemis de l'agriculture moderne, qui aiment les mauvaises herbes, parviennent à leurs fins, les agriculteurs auront plus de mal à produire les cultures dont le reste du monde a besoin. La nourriture deviendra moins abondante. Les factures d'épicerie et de nourriture de tout le monde augmenteront. L'environnement en souffrira même.

 

Je me demande parfois comment ces critiques pensent que les agriculteurs remplaceraient les produits phytosanitaires. Croient-ils que nous ferions marche arrière et reviendrions à l'époque du travail manuel, lorsque les agriculteurs parcouraient leurs champs et arrachaient les mauvaises herbes de la terre, une par une ?

 

Ce serait comme dire que nous devrions tous abandonner nos smartphones et leurs capacités de messagerie et revenir à un système dans lequel nous écririons des lettres à la main, les mettrions dans des enveloppes et lécherions des timbres.

 

J'aime autant que quiconque recevoir des notes manuscrites par la poste, mais ce n'est pas une façon de gérer la communication au XXIe siècle.

 

Il y a plusieurs années, un chercheur a estimé que sans herbicides et pesticides, la production mondiale des trois cultures les plus importantes – le maïs, le riz et le blé – chuterait immédiatement de 25 %. En outre, 70 millions de personnes supplémentaires devraient se consacrer à l'élimination des mauvaises herbes.

 

Cela ressemble à un programme d'emploi formidable, sauf que personne ne veut de ce genre de travail peu technique et peu rémunéré – et c'est particulièrement vrai à un moment comme aujourd'hui aux États-Unis, où le marché du travail est à peu près aussi tendu qu'il peut l'être. Sans protection moderne des cultures, la productivité serait réduite de moitié.

 

La perte des outils de protection des cultures aurait également des effets dévastateurs sur l'environnement. Pour nourrir une planète affamée, il faudrait accroître les superficies cultivées, ce qui impliquerait de convertir des millions d'hectares supplémentaires de forêt tropicale en terres agricoles.

 

Un ennemi tel que l'amarante rugueuse exige un autre type de solution – une solution sûre à utiliser, reposant sur les meilleures technologies et contribuant à la conservation de l'environnement et à la protection de la biodiversité. Cela signifie des produits de protection des cultures fondés sur la science et continuellement améliorés, qui éliminent les mauvaises herbes dont nous ne voulons pas et favorisent la croissance des cultures dont nous avons besoin.

 

Je suis agriculteur depuis des décennies et, au cours de cette période, j'ai vu apparaître et disparaître de nombreuses espèces de mauvaises herbes. Elles ont une chose en commun : elles veulent retirer les nutriments et l'humidité du sol à leurs propres fins, privant mes cultures des ressources qui leur permettent de prospérer.

 

Cependant, l'amarante rugueuse est catégoriquement différente. Cinquante plantes peuvent germer sur un mètre carré de sol. On les trouve partout, des hectares les plus fertiles de ma ferme aux lignes de clôture et aux fossés enherbés.

 

Cette mauvaise herbe particulière était rare en Iowa jusqu'à récemment. Dans les années 1980, les malherbologistes ne les considéraient même pas comme un problème. Cela a commencé à changer dans les années 1990. Ces dernières années, elles ont vraiment décollé. On pourrait dire qu'elles ont poussé comme des mauvaises herbes, s'épanouissant grâce à une capacité de reproduction élevée et une résistance intégrée aux herbicides traditionnels.

 

Tout à coup, elles ont été partout – et elles constituent un énorme problème pour les agriculteurs de ma région.

 

Pour l'instant, je suis satisfait de ma capacité à surmonter cette menace. Nous utilisons des produits de protection des cultures efficaces dans nos champs et, dans les zones plus sensibles telles que les cours d'eau, nous fauchons l'amarante rugueuse avant qu'elle ne puisse monter à graines et se propager.

 

Pourtant, cela demande une attention constante et beaucoup de travail. Je passe des heures et des jours dans mon tracteur, à m'occuper de ce problème spécifique.

 

Je ne me plains pas, car le désherbage fait partie de l'agriculture et c'est la vie que j'ai choisie.

 

Mais j'ai une requête à formuler : ne nous privez pas des outils sûrs et efficaces dont nous avons besoin pour vaincre cette menace. L'amarante rugueuse ne fait pas de prisonniers.

 

_____________

 

* Tim Burrack, agriculteur, Iowa, USA

 

Tim produit du maïs, du maïs semence, du soja et du porc. Il s'est beaucoup impliqué dans l'amélioration des écluses du fleuve Mississippi et a voyagé au Brésil pour étudier les changements apportés à leurs infrastructures fluviales, ferroviaires et routières.

 

 

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