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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Il faut des stations météo et des machines agricoles appropriées pour les agriculteurs africains

14 Août 2021 Publié dans #Afrique

Il faut des stations météo et des machines agricoles appropriées pour les agriculteurs africains

 

Gilbert Arap Bor*

 

 

 

 

Des dirigeants politiques et économiques, ainsi que des personnes s'intéressant à notre système alimentaire mondial, se sont réunis à Rome et virtuellement cette semaine pour le Sommet sur les systèmes alimentaires parrainé par les Nations Unies. Le Secrétaire Général, Antonio Guterres, a promis un événement visant à « sensibiliser le monde et à susciter des engagements et des actions au niveau mondial pour transformer les systèmes alimentaires afin de résoudre non seulement le problème de la faim, mais aussi de réduire les maladies liées à l'alimentation et de guérir la planète ».

 

 

 

 

Il s'agit d'une mission de haut niveau, ambitieuse, qui nécessite des actions.

 

Les réunions de cette nature sont précieuses car elles contribuent à faire prendre conscience des défis qui se posent à l'échelle mondiale.

 

Je suis un partisan de ce que les Nations Unies tentent de faire. En tant qu'agriculteur qui produit des denrées alimentaires et en tant que militant pour le recours à une production fondée sur la science afin de produire autant de nourriture que possible pour alimenter une population mondiale de 7,5 milliards d'habitants, j'ai rejoint le sommet de l'ONU pour rencontrer des personnes partageant les mêmes idées et pouvant s'entraider dans les appels à l'action.

 

Lorsque ces réunions sont organisées correctement, elles peuvent devenir des moyens efficaces, pour les agriculteurs qui passent la plupart de leur temps dans les champs, d'informer les décideurs politiques de ce que nous faisons, des problèmes auxquels nous sommes confrontés et des outils appropriés nécessaires pour relever ces défis immédiats.

 

Mais il y a aussi des risques. Les objectifs et les promesses de ces grandes conférences peuvent facilement s'envoler comme des montgolfières, se déconnectant de la vie et des défis des agriculteurs ordinaires.

 

Au Kenya, les agriculteurs ne peuvent pas consacrer beaucoup de temps à réfléchir aux objectifs de développement durable des Nations Unies, et encore moins à s'efforcer de les atteindre, lorsque nous ne savons pas s'il va pleuvoir la semaine prochaine.

 

Nous écoutons les prévisions à la radio, mais nous ne disposons pas de l'infrastructure nécessaire pour obtenir des prévisions précises au niveau local.

 

Cela commence avec les smartphones. Certains groupes affirment que le Kenya bénéficie d'un « taux de pénétration de la téléphonie mobile » de 119,9 %. En d'autres termes, pour cinq Kenyans, il y a environ six téléphones.

 

On dirait que nous avons plus de téléphones que nécessaire. Pourtant, cela masque une réalité importante : malheureusement, seuls 30 % environ de ces téléphones sont des smartphones, et ils sont concentrés parmi l'élite des citadins, dont aucun n'est agriculteur. Dans les zones rurales, ils sont beaucoup moins courants.

 

L'Organisation de Recherche pour l'Agriculture et l'Élevage du Kenya (KALRO) propose une application téléchargeable qui fournit des informations météorologiques au niveau du comté, du sous-comté et même du quartier. Les utilisateurs de cette application peuvent se faire une idée de ce qui les attend au cours des deux semaines suivantes : augmentation ou diminution de la température, modification du régime des précipitations, apparition de phénomènes météorologiques extrêmes, réduction de la disponibilité de l'eau, etc.

 

Chacun de ces facteurs affecte la productivité agricole. Si nous voulons atteindre la sécurité alimentaire, les agriculteurs ont besoin de ces informations, mais ils ont d'abord besoin des téléphones qui peuvent les fournir.

 

Nous comprenons et acceptons tous que les prévisions météorologiques ne sont pas toujours exactes. Pourtant, elles sont fondées sur la véritable science de la météorologie et sont bien meilleures que des suppositions aléatoires. Des applications accessibles peuvent aider les agriculteurs à faire les bons choix et leur permettre de devenir meilleurs dans leur domaine.

 

Les agriculteurs pourront d'autant mieux relever les défis que nous installerons des stations de prévision et d'enregistrement météorologiques dans un plus grand nombre d'exploitations, en compilant et en interprétant les données sur de plus longues périodes afin d'améliorer notre compréhension des cycles et des tendances météorologiques.

 

Nous avons besoin de plus que des téléphones et des prévisions, bien sûr. Dans les pays développés, les agriculteurs utilisent des machines ultramodernes pour semer, protéger et récolter. Beaucoup d'entre eux ne pourraient pas imaginer faire leur travail sans ces machines puissantes. Ils les considèrent comme acquises.

 

 

 

 

Au Kenya et dans toute l'Afrique, les petits exploitants agricoles possèdent en moyenne environ un hectare de terre, soit moins de trois acres. Ils assurent environ les trois quarts de la production agricole du continent. La plupart d'entre eux ne posséderont jamais de grosses machines et n'en auront pas l'utilité, car la plupart des travaux effectués dans les exploitations agricoles africaines le sont à la main pour la plantation, la protection contre les mauvaises herbes et la récolte.

 

Les petits exploitants agricoles doivent avoir accès à des machines adaptées à leur échelle, essentielles pour améliorer l'efficacité de la production, augmenter la productivité des travailleurs agricoles, supprimer la pénibilité du travail, accroître la rapidité des opérations, réduire le coût de production et améliorer la qualité des produits agricoles. Plutôt que de posséder l'équipement, des programmes novateurs qui fournissent des machines agricoles sur la base d'un « paiement à l'utilisation » sont nécessaires pour répondre aux préoccupations de viabilité financière et de durabilité de l'exploitation – mais à l'heure actuelle, pour la plupart des agriculteurs, même cette option n'est pas envisageable.

 

Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que les agriculteurs des pays pauvres rattrapent rapidement le monde plus riche, mais l'objectif ne devrait peut-être pas être de rattraper le retard. Il devrait simplement être de faire mieux – et de laisser à la prochaine génération d'agriculteurs une situation meilleure que celle dans laquelle nous étions lorsque nous avons commencé ce travail.

 

C'est le message que j'ai apporté au pré-sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires. J'espère que mes collègues du sommet m'ont écouté.

 

___________

 

Gilbert Arap Bor, agriculteur, Kapseret, Kenya

 

D. Gilbert Arap Bor cultive du maïs et des légumes et élève des vaches laitières dans une petite ferme de 10 hectares située à Kapseret, près d'Eldoret, au Kenya. Il enseigne également à l'Université Catholique d'Afrique Orientale, sur le campus d'Eldoret, et est membre du conseil d'administration de la Kenyan Fish Marketing Authority. Le Dr Bor est le récipiendaire du prix Kleckner 2011.

 

Source : Weather Stations and Appropriate Farm Machinery for African Farmers Needed – Global Farmer Network

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