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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Élevage de porcs : une cochonnerie absurde !

25 Août 2021 Publié dans #élevage, #Politique

Élevage de porcs : une cochonnerie absurde !

 

Jürgen Donhauser chez Willi l'agriculteur*

 

 

 

 

M. Jürgen Donhauser s'interroge sur l'avenir de l'exploitation, qui s'est concentrée sur les porcs (élevage, engraissement).

 

[Ma note : le mot « Schweinerei » peut se traduire de plusieurs manières. J'ai choisi de respecter l'esprit du texte.]

 

 

Lorsque cet article est paru en 2018, le monde allait encore bien pour mes fils et notre ferme. L'élevage de porcs a connu des hauts et des bas en termes de revenus par le passé, mais nous savions comment y faire face. Produire des aliments de haute qualité alors que la population mondiale s'accroît promettait d'être le travail d'une vie pleine de sens et méritant d'être vécue. Comme nous avions également pratiqué l'agriculture biologique pendant plus de 7 ans dans le passé, nous savions que l'agriculture biologique ne pouvait pas être la solution en termes de protection du climat, de conservation des ressources et aussi de santé animale. Même les Nations Unies, ou plutôt la FAO, avaient appelé il y a des années les régions privilégiées du monde à intensifier l'élevage afin de pouvoir répondre à la demande inévitablement croissante de viande dans les pays émergents. Mes deux fils ont donc pensé qu'ils étaient sur la bonne voie et ont suivi une formation agricole pour devenir des maîtres agriculteurs. En conséquence, l'exploitation a été agrandie grâce aux conseils et au soutien de l'État.

 

Cependant, ces dernières années, cette situation a été bouleversée par la politique dominante, « mainstream », et l'image déformée créée par les ONG. Soudain, ce n'est plus la science et les valeurs mesurables qui sont à la base des exigences envers l'agriculture, mais le sentiment, le « feeling ». Chaque semaine, semble-t-il, les médias lancent un nouveau scandale [ma note : le texte original utilise une jolie formule imagée : « eine andere Sau durchs Dorf treiben », littéralement promener une nouvelle truie à travers le village].

 

La procédure de castration des porcelets illustre cet esprit de clocher. En Allemagne, nous avons maintenant non seulement la méthode la plus chère (l'appareil d'anesthésie coûte plus de 10.000 €) mais aussi la plus nocive (cancérigène) avec le gaz anesthésiant isoflurane. Dans d'autres pays, en revanche, on utilise encore le CO2, l'anesthésie locale ou seulement des analgésiques. Quelle cochonnerie !

 

Bien sûr, cette procédure a eu des conséquences : ici, les élevages naisseurs s'arrêtent les uns après les autres (une baisse de plus de 8 % depuis novembre 2020) et les porcelets nécessaires sont désormais importés. Une autre cochonnerie !

 

Conclusion : Les porcelets sont désormais castrés plus douloureusement à l'étranger et endurent également de longs trajets de transport. Et tout cela sous le couvert de la « protection des animaux ». Pendant longtemps, nous avons essayé d'expliquer cette conséquence négative aux « défenseurs des animaux ». Sans succès, car ils ne sont intéressés que par un succès médiatique à court terme afin de continuer à collecter des dons. Un autre « coup de poignard » a été la modification de l'ordonnance sur la détention des animaux de ferme. En raison du pilonnage constant des « défenseurs des animaux », des surfaces minimales de stabulation par porc ont été fixées, qui ne reposent sur aucune base scientifique et pénalisent même les exploitations biologiques. En termes d'imperméabilisation des sols, de conservation des ressources, de gaz à effet de serre et d'excrétion de phosphore, tout cela est absolument contre-productif – mais c'est une génuflexion devant le courant dominant du « bien-être animal ». Il y a deux ans, certaines exploitations ont construit, à grands frais, des porcheries modernes respectueuses du bien-être des animaux grâce aux conseils et aux subventions de l'État, mais aujourd'hui, elles ne sont plus conformes aux nouvelles directives. En outre, les banques ne sont plus disposées à injecter davantage d'argent pour effectuer à nouveau des transformations massives (si tant est que cela soit possible). En outre, les lois sur la construction ne sont pas adaptées aux nouvelles exigences et ne permettent même pas la construction de nouveaux bâtiments. Quelle cochonnerie !

 

Mais outre cette imprévisibilité politique et ce manque de confiance qu'inspirent les institutions de l'État, les « partenaires » du marché font le reste. Ils débordent actuellement de grandes promesses publicitaires pour changer leur « attitude ». Alors que les ONG et les médias, dans leur naïveté, pensent que les distributeurs de l'alimentaires sont désormais purifiés et qu'ils soutiendront dorénavant le bien-être des animaux, les initiés savent qu'il ne s'agit que d'un énorme coup marketing, du greenwashing. Rien sur quoi les agriculteurs peuvent fonder leurs espoirs. Il n'y a pas de contrats à long terme avec des prix plus avantageux et couvrant les coûts, seulement des exigences élevées et des frais qui doivent être payés à l'avance. Et c'est vraiment une cochonnerie absurde, voire perverse !

 

Regardez, Aldi, Lidl, Rewe ou Edeka : si les agriculteurs veulent offrir plus de bien-être aux animaux demain, ils doivent gagner de l'argent pour cet investissement aujourd'hui. Est-ce si difficile à comprendre ? Vous êtes aussi des entrepreneurs !

 

Nous vivons actuellement la plus grande rupture structurelle et migration de l'élevage à l'étranger. Actuellement, l'élevage de porcs régresse en Allemagne et se développe en Espagne. N'est-ce pas là aussi une cochonnerie perverse ? Parce que cela ne rend pas justice aux animaux, ni au climat, ni à l'environnement, ni à la qualité et à la sécurité des aliments, sans parler de la perte de nombreuses exploitations familiales comme la nôtre. Où sont donc les ONG qui ont juré fidélité à l'agriculture familiale dans la Commission sur l'Avenir de l'Agriculture ? Et la Commission Borchert ne va nulle part car personne ne veut payer pour la « transformation » [ma note : en France ce serait la « transition »]. Une autre cochonnerie !

 

Avec toute l'attention portée à la question du « bien-être animal », d'autres objectifs contradictoires ont été complètement ignorés.

 

  1. Imperméabilisation des sols : plus j'exige de mètres carrés par animal (dont le caractère raisonnable est sujet à débat), plus les porcheries doivent être grandes.

     

  2. Avec l'augmentation de la surface des bâtiments d'élevage, les déjections et l'urine sont réparties sur des surfaces plus importantes, ce qui augmente les émissions de gaz nuisibles au climat.

     

  3. Ce phénomène est encore aggravé par l'élevage sur paille. En outre, la paille augmente l'excrétion de phosphore. Tous les efforts déployés dans le passé pour réduire la teneur en phosphore des excréments par une alimentation à teneurs réduites en azote et phosphore tournent donc à la farce. Le respect de l'ordonnance plus stricte sur la fertilisation, notamment dans les zones jaunes (phosphate), devient donc encore plus problématique.

     

  4. L'ouverture des porcheries avec un climat extérieur n'est pas compatible avec l'objectif de réduction des émissions et n'est tout simplement pas réalisable actuellement du point de vue des autorisations. Si, en outre, l'exploitation est située à proximité d'une ville, la conversion serait même impossible. Dans ce cas, un assouplissement de la directive sur les nuisances signifierait un compromis entre le bien-être animal et le bien-être humain. L'ancienne façon de penser qui consistait à construire des porcheries aussi fermées que possible afin d'installer ultérieurement un système d'épuration de l'air vicié est rendue impossible avec les porcheries ouvertes. De même, il n'est plus possible d'assurer un apport d'air frais ciblé et refroidi pour soulager les animaux pendant les mois d'été.

     

  5. Les porcs ayant accès à l'extérieur augmentent le risque de raviver des épidémies oubliées depuis longtemps. Comme nous l'avons appris récemment, c'est exactement ce qui se passe avec la peste porcine. En outre, il est impossible de lutter contre les rats et les souris dans les bâtiments ouverts. Ainsi, les infections aux leptospires et aux salmonelles sont préprogrammées à long terme. Il est également impossible de lutter efficacement contre les parasites. Les ascaris et, par conséquent, les « taches de lait » dans le foie des porcs redeviendraient monnaie courante. Et ce serait vraiment un pas en arrière visible, préjudiciable au bien-être des animaux.

     

  6. L'introduction de la castration des porcelets uniquement sous anesthésie à l'isoflurane a déjà entraîné une perte massive d'exploitations familiales, qui a été compensée par des importations supplémentaires de porcelets. Qu'a donc gagné l'animal s'il est maintenant castré dans d'autres pays avec des procédures nettement moins bonnes et qu'il a encore un long trajet à parcourir ?

     

  7. En règle générale, l'élevage extensif est également synonyme d'une moindre performance des animaux. Mais chaque jour d'engraissement supplémentaire signifie une consommation d'aliments supplémentaires et des émissions supplémentaires. Ainsi, en termes de ressources et de protection du climat, nous prenons le mauvais chemin.

     

Si nous continuons à croire que nous pouvons, à nous seuls, améliorer le « bien-être des animaux » en Allemagne par voie d'ordonnance, nous nous trompons complètement sur les interrelations économiques et nous abandonnons la production et donc le contrôle. La production migre vers d'autres pays où les normes sont nettement moins strictes. Et si, en dehors des boniments, le secteur de la distribution alimentaire ne développe pas des modèles de rémunération réellement résilients, durablement fiables et équitables pour les agriculteurs, ceux-ci préféreront abandonner !

 

Au cours des 20 dernières années, plus de 90 % des producteurs de porcelets en Bavière, dont la plupart étaient des agriculteurs familiaux, ont jeté l'éponge. Avec des réglementations et des exigences toujours nouvelles, les exploitations agricoles qui, selon la population et les ONG, doivent être préservées, sont détruites. Quelle cochonnerie !

 

Mais c'est peut-être là la véritable stratégie du gouvernement, des ONG et du commerce alimentaire : déplacer à l'étranger les prétendus problèmes de l'élevage. Et ce serait une cochonnerie perverse au carré !

 

 

 

 

* Source : Absurde Schweinerei - Bauer Willi

 

 

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H
Témoignage remarquable et d'une grande pertinence. La diabolisation de l'élevage est en cours et tous les moyens sont bons. Et à qui appartiennent les grands médias qui sont à la pointe de cette diabolisation ? A des gens qui souhaitent nous faire manger de la "viande" à base de végétaux ou d'insectes, ils ont investi gros là dedans. A noter en parallèle, le coup de gueule de Jean Paul Pelras "Lettre à Eric Piolle, maire de Grenoble qui veut changer l'agriculture française".
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F
Joli coup de gueule. Et pan dur le groin de tous les soi-disant défenseurs de la « cause animale ». Cela étant, les écolos décroissantistes doivent être ravis.
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