Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Combattre le feu par le feu : les scientifiques et les agriculteurs s'investissent dans les débats sur les OGM sur les réseaux sociaux

11 Août 2021 Publié dans #Divers

Combattre le feu par le feu : les scientifiques et les agriculteurs s'investissent dans les débats sur les OGM sur les réseaux sociaux

 

Luis Ventura*

 

 

Image : Gerd Altmann, Pixabay

 

Les scientifiques et les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à utiliser les réseaux sociaux pour lutter contre la désinformation sur les OGM. Les résultats obtenus jusqu'à présent sont prometteurs.

 

 

Les réseaux sociaux ont fondamentalement changé la façon dont nous communiquons les uns avec les autres. Les conséquences négatives de cette évolution ont fait couler beaucoup d'encre, mais l'utilisation généralisée de plate-formes comme Twitter et Facebook a permis aux scientifiques et aux agriculteurs de contourner les gardiens traditionnels et d'interagir directement avec le public. Cela n'est nulle part plus évident que dans le débat sur la biotechnologie des cultures, les « OGM » dans le langage courant.

 

Les innovations dans le domaine de la biotechnologie des cultures, comme l'édition de gènes CRISPR, ont permis de réduire considérablement le temps et l'argent nécessaires à la sélection de nouvelles variétés de plantes, créant ainsi une concurrence pour les entreprises établies et permettant aux pays en développement de répondre à leurs préoccupations spécifiques en matière de sécurité alimentaire. Les agriculteurs et les agronomes utilisent les réseaux sociaux pour partager des informations crédibles sur des avancées comme CRISPR et dissiper les mythes sans fin sur cette technologie qui prolifèrent en ligne.

 

 

Les agriculteurs demandent l'accès à de meilleures cultures – sur les réseaux sociaux

 

Alors que les cultures génétiquement modifiées sont sur le point d'aider les agriculteurs à réduire les pertes de rendement et à améliorer la qualité et la teneur en nutriments de leurs produits, la perception de cette technologie par le public décidera en fin de compte si et comment elle sera utilisée pour lutter contre la faim dans le monde. La crainte des consommateurs à l'égard de la technologie transgénique (OGM), exprimée en grande partie sur les réseaux sociaux, a étouffé d'importantes innovations agricoles dans le passé, et une répétition avec l'édition de gènes est possible.

 

Dans l'espoir d'éviter ce scénario, les agriculteurs se joignent au débat virtuel. Ils constituent un groupe d'intérêt en ligne relativement restreint, mais des organisations telles que le Global Farmer Network (GFN – réseau mondial d'agriculteurs) contribuent à amplifier la voix des agriculteurs sur des questions essentielles comme le commerce, la technologie et l'agriculture durable. Les membres du GFN ont réussi à communiquer avec le public par le biais des réseaux sociaux, ouvrant ainsi la voie à d'autres. C'est le cas de Ruramiso Mashumba, petit exploitant agricole africain et présidente de l'Union des Agriculteurs du Zimbabwe. Ruramiso s'est montrée très active en réclamant l'accès à des semences améliorées pour aider les agriculteurs à s'adapter aux défis d'aujourd'hui.

 

En outre, grâce à son compte Twitter @World_Farmers, le GFN donne aux agriculteurs du monde entier la possibilité de communiquer avec le reste du monde. Grâce à ce forum en ligne, 205 agriculteurs de 53 pays se sont connectés et ont pu partager l'importance de l'accès à tous les outils disponibles, tels que les cultures génétiquement éditées.

 

 

Les scientifiques changent la perception du public, un tweet à la fois

 

Au cours des 25 dernières années, le débat sur les OGM dans l'agriculture a été mené par des militants anti-technologie. Aujourd'hui, des scientifiques luttent avec succès contre la désinformation en ligne. Le débat croissant sur les avantages et les risques de CRISPR-Cas9 se déroule de plus en plus sur les réseaux sociaux, et les preuves suggèrent que les universitaires auront un impact à long terme sur l'opinion publique et influenceront finalement les décisions politiques.

 

L'un des agronomes à la tête de cet effort est le généticien Kevin Folta, de l'Université de Floride. Avec près de 25.000 followers sur Twitter, il répond directement aux utilisateurs qui diffusent des informations erronées. M. Folta anime également le podcast Talking Biotech, une plate-forme qu'il utilise pour promouvoir le travail d'experts de diverses disciplines. Mme Sarah Evanega, de l'Université Cornell, a dirigé l'Alliance pour la Science, une organisation à but non lucratif qui donne également aux universitaires la possibilité de combattre les mythes anti-biotechnologie et, plus récemment, les théories du complot et la désinformation entourant la pandémie, les vaccins, le changement climatique et la biologie synthétique.

 

 

Pourquoi la vulgarisation scientifique en ligne est vitale

 

Comme l'explique Mme Evanega, « la désinformation est devenue un mot à la mode avec la Covid, mais dans le domaine des sciences végétales, nous sommes confrontés à la désinformation depuis des décennies ». Heureusement, les réseaux sociaux ont permis à une jeune génération de scientifiques et de défenseurs de la science de communiquer efficacement sur les innovations importantes en matière de production alimentaire.

 

Mais le combat ne s'arrête pas à l'agriculture. Comme l'a souligné la biologiste Mary Mangan, pendant cette pandémie, les fils d'actualité Facebook et Twitter de chacun ont été bombardés par des vagues d'absurdités anti-OGM ou anti-vaccins, et parfois une combinaison des deux. Il s'agit d'un problème sérieux, a-t-elle noté, mais « les preuves suggèrent que les gens rejettent parfois les fausses informations lorsqu'ils voient d'autres personnes corrigées pour avoir essayé de diffuser ces mêmes fausses informations. »

 

Des informations crédibles freinent efficacement la propagation de la pseudo-science pour divers sujets scientifiques sur de multiples plate-formes de réseaux sociaux. Pour la première fois depuis de nombreuses années, les experts ont la possibilité de devancer les campagnes de désinformation, ce qui pourrait faire toute la différence dans le débat sur l'édition des gènes.

 

« La bouée de sauvetage dont nous avons besoin pour maintenir à flot la culture scientifique est peut-être entre nos mains », a écrit Mme Mangan. « Ou du moins au bout de nos doigts. »

 

____________

 

Luis est un biologiste spécialisé dans la biosécurité, la biotechnologie et la communication scientifique. Il est titulaire d'un diplôme de l'Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM) et d'un séjour académique à l'Institut National Polytechnique du Mexique (IPN). Il est membre de l'Alliance pour la Science de l'Université Cornell et de la Plateforme Internationale des Ressources Génétiques (PGRIP) hébergée par la Fondation Suédoise pour la Recherche Environnementale Stratégique (MISTRA).

 

Source : Fighting Fire with Fire: Scientists and Farmers Take Over GMO Debate on Social Media | American Council on Science and Health (acsh.org)

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
Il y a quelques jours ARTE a demandé sur youtube si "les OGM pour lutter contre le réchauffement climatique devraient petre autorisés?"...
Est ce que ça commencerai à bouger du côté d'Arte?
Répondre