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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« 25 000 fermes communales et agroécologiques » et « 120 000 emplois en agriculture » : le match Piolle – Pelras

28 Août 2021 Publié dans #Politique

« 25 000 fermes communales et agroécologiques » et « 120 000 emplois en agriculture » : le match Piolle – Pelras

 

Glané sur la toile 882

 

 

(Source)

 

 

Dans la course à l'investiture pour la présidentielle dans le pôle « écolo », M. Éric Piolle, maire de Grenoble, a dégainé des propositions concrètes.

 

Réussir, avec son « Eric Piolle : "Je propose de créer 25 000 fermes communales et agroécologiques" » est probablement une des meilleures sources car il s'agit d'un entretien avec M. Éric Piolle.

 

 

(Source)

 

 

Voici ce qu'il répond sur les 120.000 emplois ;

 

« Eric Piolle : Ce qui est irréaliste c’est de laisser s’effondrer un modèle agricole à bout de souffle. Il n’est ni environnementalement, ni socialement soutenable. Il représente un cinquième des émissions de GES en France et ne permet pas aux agriculteurs de vivre dignement, puisque 30% d’entre eux gagnent moins de 350€ par mois. Nous devons donc sortir de la logique d’industrialisation et de financiarisation de l’agriculture pour préserver et développer l’agriculture de petite taille et de qualité.

 

Nous devons passer d’une agriculture intensive en énergie et en engrais, à une agriculture intensive en emploi. Ainsi, comme l’indique le scénario Afterres 2050, 50 000 emplois peuvent être créés dans l’agroalimentaire pour qu’il soit relocalisé mais nous estimons aussi qu’il y aura 50 000 personnes qui devront se reconvertir, et devront être accompagnées pour cela, en raison de la transformation structurelle de notre modèle de production.

 

Je propose aussi de créer 25 000 fermes communales et agroécologiques qui emploieront 100 000 personnes. Bien manger ne doit pas être un privilège, il est du rôle du politique de garantir une alimentation de qualité accessible à toutes et tous. »

 

Nous avons quelques problèmes de maths pour réconcilier les 120.000 emplois (supplémentaires) avec les 100.000 des fermes communales et les 50.000 du scénario Afterres 2050 (certes rapportés à l'« agroalimentaire »).

 

Et voici pour les fermes :

 

« 50% des agricultrices et des agriculteurs partiront à la retraite dans les dix prochaines années. Il est difficile de trouver des personnes pour reprendre le flambeau pour l’ensemble de ces fermes. Les risques sont de les voir confisquées par l’agriculture intensive ou vendues à des promoteurs pour faire des lotissements éloignés des villes.

 

Pour éviter cela, je propose de créer 25 000 fermes communales maraîchères et agroécologiques, notamment pour approvisionner la restauration publique et développer des circuits courts. Ces fermes pourront appartenir à la commune, à une association ou à un propriétaire privé, mais elles devront répondre à une mission d’intérêt général.

 

Si on veut changer notre alimentation et soutenir notre agriculture, les restaurations collectives publiques doivent reposer davantage sur les circuits courts que sur les produits importés. »

 

Même problème de maths et, plus généralement, de logique. Les fermes communales – qui pourraient appartenir à un propriétaire privé (et mises en location?) – ne pourraient sans doute pas être une réponse à la « confiscation ».

 

Et, devant le flou des propositions, nous imaginons que le concept de M. Éric Piolle est de remplacer une ferme de, disons, 50 hectares devenue vacante par une micro-ferme maraîchère d'un hectare ou moins.

 

 

(Source)

 

 

M. Jean-Paul Pelras a pris sa plus belle plume, que l'on sait alerte, et a produit une réponse dans le Point : « Lettre à Éric Piolle, maire de Grenoble, qui veut changer l’agriculture française ».

 

Citons un paragraphe du texte et la conclusion :

 

« Car, voyez-vous monsieur Piolle, au-delà de cette stigmatisation quasi systématique dont les environnementalistes font preuve à l’égard du monde agricole, il faut déplorer cette ingérence de plus en plus prégnante qui caractérise votre mouvement. Comme si les agriculteurs n’étaient pas suffisamment compétents ou expérimentés pour gérer leur quotidien. Comme si leurs champs étaient devenus votre terrain de jeu, celui où vous pouvez conduire vos expériences, développer vos projets, asseoir votre condescendance à l’égard de ceux qui, depuis la nuit des temps, servent, aux caprices politiciens, de variable d’ajustement.

 

[...]

 

Enfin, pensez-vous un seul instant que les paysans puissent accorder la moindre confiance à ceux qui les critiquent en permanence, en leur imposant des normes sur les produits phyto, sur les engrais, sur la gestion de l’eau, en suggérant la fin du soutien aux productions que vous qualifiez d’intensives, car elles n’obéissent pas à vos idéaux, en leur imposant la présence de l’ours et du loup qui déciment les troupeaux. Quand, en définitive, votre programme vise moins à aider 400 000 agriculteurs qu’à endoctriner 67 millions de consommateurs-électeurs. »

 

Nous n'avons pas de problème de maths pour la mise en perspective : 25.000 fermes communales pour 34.836 communes (y compris urbaines, sans terres agricoles mais avec balcons), cela fait 7 fermes pour 10 communes.

 

Et 100.000 emplois créés sur 25.000 fermes représentent 4 emplois par ferme en moyenne.

 

« ...je propose de créer 25 000 fermes communales... » ? Qui crée ? L'État sur ne budget de la Nation ? Les communes, peut-être sur la base d'un oukase élyséen ?

 

Combien de communes ont les reins suffisamment solides pour employer « un(e) maraîcher(e) municipal(e) », assurant notamment le « management opérationnel des agents municipaux mobilisés sur la ferme », pour « [a]ssurer une production régulière et diversifiée de fruits et légumes bio, en adéquation avec les besoins de la restauration scolaire », à l'instar de la commune de Tourrettes dans le Var (2.845 habitants) ? Ou comme... Grenoble qui compte subventionner une association « à hauteur de 50 % des dépenses d’investissement et de fonctionnement dans le cadre du Plan de relance » pour un projet comprenant un quart d'hectare de bonne terre censé accueillir... deux exploitations maraîchères ?

 

Le Télégramme a, semble-t-il, été le premier journal à recueillir les propos de M. Éric Piolle sur son programme agricole. Il a titré le 4 août 2021 : « Éric Piolle : « Il n’y aura pas de transition majeure sans une présidence écologiste » [EXCLUSIF] » (notons que M. Éric Piolle entend aussi réduire les émissions de gaz à effet de serre de... 30 % avec son programme agricole).

 

Reconnaissons à M. Éric Piolle un réel talent de visionnaire. Il a juste omis de préciser dans quel sens se ferait la transition...

 

 

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D
Nous avons ça dans la commune voisine: la ville (7000 hab) a acheté une exploitation (à bon prix, une aubaine pour le vendeur), trouvé un volontaire trié sur le volet, qui s'est engagé à cultiver près d'une vingtaine d'espèces différentes (en bio, bien sûr). Commentaire d'un ami, maraicher depuis plusieurs générations: avec ce nombre d'espèces à gérer, il va y laisser sa santé, tant il se dispersera.
Initialement, la cible était de fournir les écoles, mais ils se sont aperçus que les cantines étaient fermées au moment du pic de production. C'est ballot.

Le plus drôle, c'est que le voisin, en bio également, râle , à juste titre, car ce nouvel arrivant a reçu un maximum d'aides locales, et ira piquer ses clients.
Ne riez pas, c'est avec notre argent.
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L
Dans l'article Réussir, Piolle à propos des labels HVE etc :"Je demanderai cependant une évaluation scientifique indépendante relative aux impacts sociaux et environnementaux des autres labels." Mais pas pour le bio, bien sûr!
Sinon, c'est toujours la même idée idiote mais largement partagée que créer des emplois c'est occuper des gens. Non, créer des emplois c'est créer des richesses pour payer les gens. Quand on produit moins avec plus de monde on appauvrit, directement ou via dettes et impôts
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