Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Une tribune dans le JDD : « Il faut sauver l'agriculture paysanne »... de la connerie

27 Juillet 2021 Publié dans #Activisme, #Politique

Une tribune dans le JDD : « Il faut sauver l'agriculture paysanne »... de la connerie

 

 

C'est service minimum minimorum au JDD, avec un écho faiblard (source).

 

 

Nous avons déjà eu droit à une tribune dans le Monde du 29 mai 2021 (date sur la toile), « La France doit dénoncer les dérives du Sommet des systèmes alimentaires » (les guillemets sont dans le titre). Les signataires ? Des apparatchiks d'Action contre la faim, de la Confédération paysanne, de CCFD-Terre Solidaire, Greenpeace France, Miramap et Oxfam France. Nous avions évoqué cette tribune dans « "Big Ag et la fin du dernier paysan" de M. Guy Mettan : le complotisme à son paroxysme ». En concluant :

 

« Nous arrivons peut-être au point de rupture qui lancera un nouveau paradigme en matière agricole et alimentaire. L'article de M. Guy Mettan tout comme la tribune publiée par le Monde, ainsi que les arguments décrits par Mme Mathilde Gérard, semblent montrer que le monde passéiste est aux abois.

 

On ne peut que former l'espoir que le sommet produira une vision de l'avenir que unit le meilleur de tous les bords. »

 

À l'exception de Miramap, ils viennent de remettre le couvert avec quelques autres (Alofa Tuvalu, Attac, CMR (Chrétiens dans le Monde Rural), Filière Paysanne, RAC, SOL) dans le Journal du Dimanche du 24 juillet 2021 avec « Il faut sauver l'agriculture paysanne ». Cette tribune est cosignée par une série de personnes, certaines peu ou pas connues, et d'autres – disons – trop...

 

Le JDD écrit en chapô :

 

« Des ONG dont Action contre la faim et Greenpeace France ainsi que des responsables politiques, parmi lesquels l'écologiste Yannick Jadot et le socialiste Olivier Faure, appellent la France à résister aux pressions des multinationales et à sauver l'agriculture paysanne, dans la perspective du prochain sommet international sur les systèmes alimentaires. »

 

Il y a des égos démesurés qui auront été meurtris...

 

 

Non, onze entités et 39 signataires individuels (source).

 

 

Une contre-vérité flagrante

 

Sur le fond, le discours reste toujours aussi grotesque. Parfaitement résumé par le chapô...

 

Scandale ! L'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) et les Nations Unies organisent, l'une, un pré-sommet et, l'autre, un sommet international sur les systèmes alimentaires « en étroit partenariat avec le Forum Économique Mondial ».

 

Cet exercice fait l'objet d'un processus de consultation de grande envergure ouvert à tous – voir à ce sujet « Quatre raisons de s'intéresser au Sommet des Nations Unies sur les Systèmes Alimentaires » – mais :

 

« En dépit de l'inquiétude et des remarques formulées par une grande partie de la société civile, par de nombreux acteurs du monde académique, mais aussi par certains Etats, ce sommet et ce pré-sommet se caractérisent par un manque criant d'inclusivité et un refus de tout dialogue quant aux modalités d'organisation. Les premières orientations prises nous font craindre le pire. »

 

Ben oui, la « société civile » ne se résume plus à ces entités qui se disent « organisations non gouvernementales », disent œuvrer pour le développement, consacrent l'essentiel de leur énergie à assurer leur pérennité et leur prospérité, et squattent les sièges du fond des salles dans certaines organisations internationales ou organisent des « événements parallèles ».

 

 

(Source)

 

 

Ah, les multinationales...

 

Tout est foutu, évidemment si on n'y prend pas garde et n'écoute pas les Cassandre :

 

« Avec l'approbation de l'ONU, se met ainsi en œuvre la stratégie d'influence des principaux groupes agroalimentaires, de technologies de pointes et financiers mondiaux. »

 

Et quelle force de frappe, ces « groupes » :

 

« De plus en plus présents dans des instances alimentaires internationales qu'ils financent largement ou créent de toute pièce, ces groupes ont donné l'illusion d'un consensus salutaire autour des solutions faisant leur fonds de commerce : nouvelles techniques de modification du vivant/nouveaux OGM, numérisation de l'agriculture, viande in vitro, drones-pulvérisateurs, agriculture de précision, agriculture 'intelligente face au climat' etc. »

 

Un consensus sur les OGM, etc. ? Ces organisations et leurs amis Verts, ainsi que des socialistes ayant, hélas, perdu leurs repères et leurs valeurs peuvent-ils sérieusement nous faire croire qu'ils ont perdu la bataille de l'influence avec leur désinformation et leur force de nuisance ?

 

Les techniques et outils modernes auraient-ils été imposés par le « grand capital » – pour utiliser une expression qui mérite d'être remise à la mode ? À l'évidence, ils s'impose naturellement, dans la mesure où ils sont disponibles et accessibles, auprès des agriculteurs.

 

Vitupérer contre l'agriculture de précision et, surtout, l'agriculture intelligente face au climat ? C'est bien sûr dans les cordes des Éric Andrieu, Benoît Biteau, Claude Gruffat, Yannick Jadot, Michèle Rivasi... M'enfin, Olivier Faure? Dominique Potier ?

 

 

Vive l'agriculture de grand-papa...

 

Les technologies modernes sont évidemment inutiles :

 

« L'insécurité alimentaire dans le monde n'est plus liée à un manque de production mais à des inégalités croissantes»

 

Et puis :

 

« […] la FAO et de très nombreuses recherches ont montré le rôle essentiel de l'agroécologie paysanne pour répondre aux défis sociaux, alimentaires et environnementaux contemporains. »

 

C'est suivi – après un entremets de dénigrement de la modernité – d'une envolée lyrique :

 

« Au contraire, l'agroécologie paysanne a fait ses preuves. Les fermes familiales du monde entier, de même que les pêcheurs artisanaux et les communautés indigènes, produisent plus de 70% de la nourriture consommée dans le monde tout en utilisant moins de 20% des ressources productives. Les pratiques de polyculture-élevage ont une efficacité énergétique beaucoup plus élevée que les monocultures et l'élevage industriels. Tandis que les pesticides, les engrais chimiques et les monocultures ravagent les sols et la biodiversité, les techniques agroécologiques ont montré leur capacité à les restaurer. »

 

 

 

...euh non, « l'agroécologie paysanne »

 

Reste à savoir, comme l'écrit M. Patrick Vincourt, ce qu'est « l'agroécologie paysanne » dans la pratique – et pas seulement sur des sites internet ou des « rapports » sur papier glacé. Et ce qu'on met dans le panier pour arriver aux 70 % et 20 %... qui ont sans doute 100 % de chances d'être faux.

 

 

(Source)

 

 

(Source)

 

 

Reste à savoir aussi si c'est bien vrai... Le Fond International pour le Développement Agricole (FIDA – IFAD) ne semble pas être de cet avis.

 

 

Avec une photo engageante, qui véhicule un message différent... un procédé qui m'offusque toujours (source).

 

 

Une agriculture moderne inefficace, mère de tous les maux

 

Cette nouvelle agriculture est, on s'en doute, cauchemardesque :

 

« Dans chacun des cas, les solutions proposées se font au détriment du droit à l'alimentation et de l'autonomie des petits producteurs et étendent l'emprise de ces multinationales sur les terres, eaux, semences, gènes animaux et végétaux. »

 

Et, en même temps, elle serait inefficace. Voici une autre perle d'un discours ébouriffant :

 

« Malgré leur manque d'efficacité et leurs multiples impacts, les "innovations technologiques" des multinationales agricoles et agroalimentaires bénéficient de centaines de milliards d'aides publiques tandis que l'agroécologie est sous-financée. »

 

Bis repetita... C'est bien sûr dans les cordes des Éric Andrieu, Benoît Biteau, Claude Gruffat, Yannick Jadot, Michèle Rivasi... M'enfin, Olivier Faure? Dominique Potier ?

 

 

La preuve par le pedigree de la maîtresse de cérémonie

 

On tombe dans le grotesque quand ces gens allèguent pour preuve de la mainmise des multinationales sur le sommet le fait que :

 

« […] l'envoyée spéciale des Nations Unies pour le sommet n'est autre que la présidente de l'alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), Mme Kalibata. AGRA est une initiative cofondée par les Fondations Bill et Melinda Gates et Rockefeller dans le but d'orienter l'agriculture africaine vers des solutions technologiques avec une prédominance des intrants chimiques et de la biotechnologie. »

 

Dans le Monde, Mme Mathilde Gérard avait eu la décence de rappeler que Mme Agnès Kalibata est une ancienne ministre de l'agriculture du Rwanda – un pays dont chacun sait qu'il est à la botte des multinationales (ironie). Mais cela ne colle pas au plaidoyer des auteurs de la tribune...

 

AGRA, au demeurant,

 

« […] est ardemment décriée par les ONG et organisations de producteurs locales pour son manque de résultats et sa proximité avec certaines multinationales agroalimentaires cherchant des débouchés sur le continent. »

 

Et les résultats de, au hasard, Greenpeace France et Oxfam France dans l'aide au développement ? Notez aussi le choix d'un article : « les ONG et organisations de producteurs locales »...

 

 

Pour résister, boudons !

 

Le message politique est introduit par une vision dystopique du présent et de l'avenir :

 

« Avec ce sommet, un nouveau pas va être franchi dans l'accaparement de la gouvernance mondiale de l'alimentation par une poignée de multinationales déjà en situation de monopole. »

 

Alors que dans le Monde, les Cécile Duflot (Oxfam France), Nicolas Girod (Confédération Paysanne), Jean-François Julliard (Greenpeace France), etc. demandaient au gouvernement « de quitter sans attendre toutes les instances organisationnelles de ce sommet », il n'est plus question ici que de « retirer son soutien politique à ce sommet des Nations unies ». Mais aussi de « soutenir l'agroécologie paysanne » et même de

 

« construire, au sein de la FAO et du Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale (CSA), avec les nombreux Etats qui y sont favorables, les conditions pour une véritable agroécologie paysanne. »

 

La boucle est bouclée ! « ...l'agroécologie paysanne a fait ses preuves », mais il faut, en bref, « construire […] une véritable agroécologie paysanne ».

 

 

« Nous affirmons »...

 

Cette sorte de tribune ne peut bien sûr que se terminer par une envolée lyrique (suivie par la revendication). La voici :

 

« Nous affirmons que pour nourrir sainement les populations de tous les pays, la priorité devrait être une plus juste répartition des ressources agricoles et piscicoles (les terres, l'eau, les semences…) et la promotion d'une souveraineté alimentaire. Cette dernière doit être entendue comme la capacité pour chaque pays, groupes de pays, peuples ou communautés de décider démocratiquement comment, et par qui, leur alimentation est produite et transformée. Les politiques agricoles et alimentaires ne doivent pas être dictées par la toute puissante règle du libre-échange qui entraîne une course au moins-disant social, économique et environnemental.

 

Nous demandons des systèmes alimentaires et agricoles durables, résilients et justes. La France, à travers l'ensemble de ses politiques publiques et ses engagements internationaux, doit soutenir l'agroécologie paysanne. Nombreuses sont les solutions que les citoyens et citoyennes appellent de leurs vœux. Mais pour les mettre en œuvre il faut impérativement que les Etats prennent leurs responsabilités et cessent d'abdiquer face aux sirènes de l'agro-industrie. »

 

 

Une singulière conception des processus « démocratiques »

 

Quel gloubi-boulga ! Il met un point d'orgue à un salmigondis pestilentiel : le mode de production de l'alimentation doit être défini « démocratiquement », mais dans le cadre prédéfini de la vision totalitaire des signataires de la tribune qui exclut du paysage : l'agriculture productive, celle qui nous nourrit ; un système alimentaire qui permet de nourrir une population de plus en plus urbanisée) ; les connaissances, technologies et outils modernes ; des pans entiers de l'activité économique. La « démocratie » de ces messieurs-dames exclut aussi les acteurs de la vie économique (et sociale) qu'ils détestent.

 

Et vous savez quoi ? Pas un seul instant n'est envisagée l'hypothèse que le premier décideur pourrait être, au moins pour certains aspects du problème... le paysan.

 

 

Des parlementaires qui aspirent à gouverner...

 

Et quoi encore ? Pour « sauver l'agriculture paysanne », la solution est ici :

 

« Nous, signataires de cette lettre, demandons donc à la France de retirer son soutien politique à ce sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires ».

 

On pourrait éclater de rire devant tant de bêtise, mais les parlementaires signataires contribuent à forger les politiques française (même en tant que membres de l'opposition) et européenne. Et ils aspirent à gouverner...

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

max 28/07/2021 20:22

Une critique contre la fondation Gates et de Rockfeller, le même types d’arguments utilisé chez les complotistes et les antivax.
Si la France ce retire ça ne changeras rien, on passeras juste pour une bande de demeurés qui vont boudés dans leur coin.

Hbsc Xris 27/07/2021 21:16

Il n'y a pas que dans le domaine de l'agriculture que les journaux sont devenus complètement délirants et irrationnels. Le moindre "événement climatique" un peu fort ou extrême est présenté comme une conséquence du réchauffement climatique. Le sommet de la mauvaise foi catastrophiste et/ou et de l'ignorance historique a sans doute été ce titre du Parisien, "Les crues du millénaire en Chine". Ah bon ! En quelques clics, on trouve des listings apocalyptiques de crues des fleuves chinois depuis quelques siècles avant JC. En Chine, il y a des crues tous les ans, et heureusement grâce à des travaux gigantesques, ces crues tuent de moins en moins. Les crues de 1931 ont fait 150 000 morts et survenaient après 2 années de terribles sécheresses. Les feux en Californie mériteraient également un sketch s'ils n'étaient pas dramatiques pour ceux qui les vivent. Pourquoi la Californie brûle ? Comme l'Australie a brûlé, en raison de quelques décennies de politique écologiste interdisant de débroussailler et nettoyer les forêts. Dans le désert, il y a beau faire très chaud, on a jamais d'incendies. Pour qu'il y ait un incendie, il faut du carburant. Les écologistes imposent l'accumulation de carburants dans les forêts et ensuite glapissent quand cela brûle, de qui se moque t'on ? Ce matin la presse présente comme extraordinaire des fortes pluies en Angleterre ou de la grêle estivale en Italie. J'hallucine... Que dire de Jacobadad au Pakistan ou Ras Al Khaïmah aux EAU soit disant frappé d'une chaleur humide jamais vue et insoutenable. En quelques clics, on apprend qu'on est dans les extrêmes ordinaires des climats de ces régions depuis qu'on a des mesures. Jacobadad est devenu tellement invivable avec le réchauffement climatique que la population est passé de 60 000 à 200 000 habitants ces 50 dernières années. Comment une ville qui devient invivable peut gagner des habitants tous les ans ? Les guides touristiques déconseillent les mois de juin-juillet-août pour une villégiature à Ras El Khaïmah (haut spot touristique) en raison des chaleurs extrêmes et souvent humides, alors quoi de neuf ? Au secours, ils sont tous devenus fous !

Hbsc Xris 28/07/2021 22:02

@ Christian : Historiquement les longues sécheresses nord américaine sont bien documentées et elles ne sont aucunement un phénomène nouveau. On remonte de façon assez précise grâce à l'archéologie et aux cernes des arbres jusqu'au XIIIème siècle environ. Certaines sécheresses ont duré une trentaine d'années. Lorsque les premiers colons anglais débarquent à Roanoke en 1585 en Caroline du Nord, une sécheresse terrible sévit dans la région, sans doute déjà depuis plusieurs années. C'est une des causes possibles de la disparition de la 1ère colonie britannique. Je me souviens également d'avoir lu un article sur la gestion assez sophistiquée des longues périodes de sécheresses par les indiens Pueblos dans le sud ouest des Etats-Unis. Où que l'on regarde sur la planète, le climat n'a jamais, jamais, jamais été stable... Et lorsque vous lisez des récits de sécheresses, inondations, tempêtes, etc... remontant à plusieurs siècles, ces récits commencent tous de la même façon qu'aujourd'hui : "On n'avait jamais vu cela de mémoire d'hommes". En fait la mémoire des humains est non seulement très courte, mais aisément manipulable. Donc rien de nouveau sous le soleil ou sous la pluie.

Christian 28/07/2021 20:06

Il n'y a pas que la Californie qui brule. Et non, ce n'est pas seulement par une mauvaise politique d'entretien forestier. C'est une sécheresse qui dure depuis des années de la côte ouest de l'Amérique du Nord à l'Amérique Centrale, des États-Unis jusqu'au Costa-Rica. La province canadienne de la Colombie-Britannique semble entrer dans une phase de sécheresse également. Température record par dessus température record, dont un 49,6C dans les Rocheuses canadiennes. On entre dans un territoire inconnu...

douar 27/07/2021 10:33

Ces idées diffusent lentement mais surement leur venin dans les instances françaises et européennes, tant en agriculture que pour les politiques de l'énergie (sans parler de l'automobile de la chimie).
Quand nous nous en rendrons compte, ce sera un peu tard.

Blague à part, je note que c'est très européen-centré, et que l'Europe , aujourd'hui, est totalement dans les choux.
Les pays africains doivent bien se marrer de voir l'évolution actuelle de l’Europe.

Justin 27/07/2021 10:00

Ca n'existe pas une ONG pro OGM (hors AFBV pas vraiment pour les simples citoyens)?

Fm06 27/07/2021 20:09

Si, si il y en a. Curieusement elles ne sont pas trop écoutées des médias...
AFIS (pro science plutôt que pro OGM), collectif sciences technologies action, il y en a certainement d’autres. Dans le monde anglophone il y a genetic literacy qui référence de nombreux articles grand public pro ogm.