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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le Nigeria avance dans la mise au point d'un riz GM efficace en azote

25 Juillet 2021 Publié dans #ogm, #Afrique

Le Nigeria avance dans la mise au point d'un riz GM efficace en azote

 

Nkechi Isaac*

 

 

Image : producteurs de riz au Nigeria. Shutterstock/Abuwale

 

 

Encore sous le coup de l'euphorie de la commercialisation de la première culture vivrière génétiquement modifiée (GM) d'Afrique subsaharienne – le niébé résistant à des insectes – le Nigéria a commencé à avancer vers la mise en circulation environnementale d'un riz GM amélioré.

 

Les scientifiques nigérians et leurs homologues d'autres pays africains se réunissent actuellement à Abuja pour commencer à compiler un dossier en vue d'un essai de performance national sur le riz à haut rendement, efficace en azote, efficace en eau et tolérant au sel (NEWEST – nitrogen-efficient, water-efficient, salt-tolerant). Le dossier terminé sera envoyé à l'Agence Nationale de Gestion de la Biosécurité (NBMA), qui réglemente les produits génétiquement modifiés du pays.

 

Selon les scientifiques, ce type de riz amélioré changera la donne pour le Nigeria et l'Afrique, car il permettra d'accroître la production de riz sur le continent. Grâce à l'utilisation de la biotechnologie, le riz NEWEST est capable de résister à la sécheresse, de supporter les sols salés et d'utiliser l'azote limité du sol, réduisant ainsi les besoins en engrais.

 

Le riz NEWEST a déjà fait l'objet d'essais en champ confiné à l'Institut National de Recherche sur les Céréales (NCRI) de Badeggi, dans l'État du Niger, et est maintenant prêt pour l'étape suivante, à savoir l'essai de performance national, a déclaré le Dr Kayode Sanni, responsable du projet riz pour la Fondation Africaine pour les Technologies Agricoles (AATF). Le projet de riz NEWEST est une collaboration entre l'AATF, le NCRI, le Conseil de la Recherche Agricole du Nigeria (ARCN) et d'autres partenaires.

 

Bien que le riz soit l'un des principaux aliments de base du Nigeria, le pays doit en importer car les variétés de riz conventionnelles actuellement cultivées ont un faible rendement et ne peuvent répondre à la demande, a expliqué M. Sanni. Les statistiques montrent que le Nigeria est le plus grand producteur de riz d'Afrique et qu'il se classe au 14e rang mondial en 2019. Malgré cela, le pays reste l'un des plus grands importateurs de riz au monde.

 

Un rapport de PricewaterhouseCoopers Ltd sur la stimulation de la production de riz au Nigeria a noté que le pays a une consommation par habitant de 32 kilogrammes de riz. Au cours de la dernière décennie, la consommation a augmenté de 4,7 %, soit près de quatre fois la moyenne de la consommation mondiale, et a atteint 6,4 millions de tonnes en 2017, ce qui représente environ 20 % de la consommation de l'Afrique.

 

Compte tenu de l'importance du riz en tant qu'aliment de base dans le pays, le gouvernement a accordé une grande priorité à la stimulation de sa production au cours des sept dernières années, selon le rapport. Depuis lors, des progrès significatifs ont été enregistrés, la production de riz ayant atteint un pic de 3,7 millions de tonnes en 2017.

 

Malgré cette amélioration, les statistiques sur le riz du pays suggèrent qu'il existe un énorme potentiel d'augmentation de la production. Les rendements ont stagné à 2 tonnes par hectare, soit environ la moitié de la moyenne atteinte en Asie. En outre, avec l'augmentation de la population et l'exode rural, il est essentiel de garantir la sécurité alimentaire pour les principaux produits de base. Toutefois, la sécurité alimentaire ne peut être assurée par un système qui dépend presque entièrement de la force musculaire humaine et d'autres méthodes manuelles.

 

M. Sanni, qui est également le chef de l'Alliance pour le Riz Hybride en Afrique, basée à Nairobi, au Kenya, a déclaré que bien que la superficie des terres consacrées au riz ait augmenté, il est également nécessaire d'améliorer le rendement – une étape qui nécessite la technologie.

 

« L'une des technologies que nous avons vues, qui peut aider à améliorer l'utilisation des nutriments dans le sol, qui se trouve être l'un des plus grands défis, est que nous avons besoin d'engrais », a-t-il expliqué. « Chaque année, les sols s'appauvrissent. En Afrique, il a été observé que les ressources en azote s'épuisent d'environ 44 kg/ha/an [l'oirginal cite 4,4 tonnes, ce qui est manifestement faux], il est donc nécessaire de les compléter. Et l'une des façons de produire durablement cette culture est d'avoir des cultures qui peuvent tirer le meilleur parti de chaque petite quantité d'azote disponible dans le sol, et c'est ce que nous faisons. »

 

M. Sanni a ajouté : « Nous devons également être conscients du fait que l'utilisation excessive d'engrais entraîne des émissions de gaz à effet de serre, à la libération d'oxyde d'azote dans l'environnement, ce qui entraîne une pollution environnementale. Par conséquent, la réduction de la quantité d'engrais dont la culture a besoin nous aide à respecter l'environnement tout en produisant notre riz. »

 

« Ce que cette culture fera pour nos agriculteurs, c'est qu'elle leur servira de sécurité. Ainsi, lorsqu'ils sèmeront dans une terre dépourvue d'azote, ou dans une terre où ils ne pourront pas avoir accès aux engrais à temps, leur culture leur donnera quand même quelque chose qui pourra les aider à maintenir leurs moyens de subsistance. »

 

Le Dr Aliyu Umar, directeur exécutif du NCRI, a déclaré que le projet contribuerait énormément à la croissance économique du Nigeria tout en abordant les questions clés de sécurité environnementale en assurant une utilisation appropriée des engrais azotés. Il a déclaré que le projet NEWEST est très important en raison des nombreux avantages qui en découlent et du fait que la plupart des agriculteurs qui cultivent le riz sont pauvres et incapables de couvrir le coût des intrants.

 

Il a ajouté que le projet renforcerait considérablement la révolution rizicole qui a lieu actuellement dans le pays.

 

De même, le professeur Abdullahi Mustapha, directeur général de l'Agence Nationale pour le Développement des Biotechnologies (NABDA), a souligné que le Nigeria perd des milliards de naira chaque année en raison de l'importation massive de riz. Il a souligné que de nombreuses opportunités d'emploi sont perdues en raison de l'incapacité du pays à produire suffisamment de riz.

 

Il a félicité le président Muhammadu Buhari pour avoir imposé des restrictions sur les importations de riz afin d'encourager la production locale de cette denrée. Bien que les mesures récentes aient conduit à une amélioration de la quantité de riz produite localement, l'offre ne répond toujours pas à la demande locale, car les agriculteurs ne sont toujours pas en mesure de répondre au niveau de consommation de la population en constante augmentation, a-t-il déclaré.

 

Le patron de la NABDA a identifié la carence en azote et la sécheresse comme les principales contraintes à la production de riz en Afrique et, par extension, au Nigeria, affirmant qu'il a été établi que la production de riz à elle seule était responsable de plus de 15 % de l'utilisation d'engrais dans le monde.

 

L'amélioration de l'efficacité de l'utilisation de l'azote dans les systèmes de production du riz pourrait augmenter les rendements des cultures, réduire le déficit en engrais azotés du continent, diminuer l'épuisement des nutriments du sol et protéger la qualité de l'eau, a déclaré M. Mustapha.

 

La majorité des agriculteurs n'étant pas en mesure d'acheter et d'appliquer la dose d'engrais requise pour un rendement optimal, la carence en azote reste une préoccupation majeure, a-t-il ajouté. L'utilisation d'outils biotechnologiques pour améliorer la qualité des semences de riz locales entraînera la Nation dans une formidable avalanche de richesses, de création d'emplois et d'un environnement plus sain.

 

« La carence en azote est prédominante dans les zones pluviales (hautes et basses terres). Elle est surtout aiguë dans les zones de plateau fortement altérées par les intempéries (environ 38  de la surface cultivée en riz) où un rendement moyen de seulement une tonne par hectare, soit environ 25 pour cent du rendement potentiel, a été enregistré. Dans les zones de bas-fonds (33 % de la superficie cultivée en riz), il est difficile de retenir l'azote appliqué en raison des inondations et des eaux courantes qui caractérisent ces zones.

 

« D'autre part, 80 % des exploitations rizicoles dépendent traditionnellement des précipitations peu fiables et n'ont pas les moyens de s'offrir des installations d'irrigation, ce qui fait de la sécheresse une préoccupation majeure. L'amélioration de l'efficacité d'utilisation de l'azote (NUE) du riz est un moyen de surmonter la limitation de la carence en azote. Les estimations indiquent qu'avec 50 % d'engrais azotés en moins, les rendements augmenteraient de 20 % par rapport au riz conventionnel », a-t-il ajouté.

 

Le Dr Rufus Ebegba, directeur général de l'Agence Nationale de Gestion de la Biosécurité (NBMA), a déclaré que les cultures devaient répondre à toutes les normes de sécurité avant que les autorisations ne soient accordées. Le processus de demande comprend la contribution du public, ainsi que la consultation d'un comité national de biosécurité et du sous-comité technique national de biosécurité, qui travaillent indépendamment pour examiner le dossier.

 

Les recommandations du sous-comité technique national de biosécurité guident l'agence dans sa décision finale basée sur des preuves scientifiques que la culture n'aura pas d'impact environnemental ou de risque pour la santé humaine et qu'elle aura une valeur économique pour la Nation. Il a souligné que l'agence a été créée pour veiller à ce que la biotechnologie moderne soit déployée en toute sécurité afin de renforcer l'économie du pays, en particulier le secteur agricole et la production de matières premières pour l'industrie.

 

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* Source : Nigeria moves forward with nitrogen-efficient GMO rice - Alliance for Science (cornell.edu)

 

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Hbsc Xris 25/07/2021 21:06

Passionnant, tant pour l'azote que pour l'aspect "résistant à la sécheresse". Lorsque l'on regarde les cartes satellitaires Copernic, des émissions quotidiennes de méthane sur la planète, il me semble infiniment plus urgent de faire réussir à faire pousser du riz complètement hors rizière que de diminuer l'élevage des ruminants ! Les zones humides type rizières ou marais, chères aux khmers verts sont des véritables gisements de méthane à ciel ouvert https://atmosphere.copernicus.eu/charts/cams/methane-forecasts?facets=undefined&time=2021072400,42,2021072518&projection=classical_global&layer_name=composition_ch4_totalcolumn
Une fois de plus, on constate que stigmatiser la consommation de viande et les élevages de ruminants occidentaux est un pur choix idéologique fondé sur un travestissement des réalités.