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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le génie génétique offre l'espoir d'un vaccin efficace contre le paludisme

3 Juillet 2021 Publié dans #Santé publique

Le génie génétique offre l'espoir d'un vaccin efficace contre le paludisme

 

Joan Conrow*

 

 

Image : globules rouges infectés par un Plasmodium. GEN

 

 

Des scientifiques ont utilisé le génie génétique pour mettre au point un vaccin qui offre une protection totale contre le paludisme dans des études sur des animaux.

 

Les chercheurs et les responsables de la santé cherchent depuis longtemps un vaccin contre le paludisme, qui, en 2019, a affecté environ 229 millions de personnes et causé 409.000 décès dans le monde. Une fois infectées, de nombreuses personnes souffrent de crises récurrentes qui minent leur santé et leur qualité de vie. Les femmes enceintes, les enfants et les voyageurs n'ayant jamais été exposés aux parasites du paludisme transmis par des moustiques sont les plus exposés au risque de maladie grave.

 

Les forces militaires des États-Unis étant également exposées au risque lorsqu'elles sont déployées dans des zones où le paludisme est endémique, la lutte contre cette maladie est depuis longtemps une priorité pour le Ministère de la Défense. Le nouveau vaccin basé sur la technologie ARNm a été mis au point par des scientifiques du Walter Reed Army Institute of Research (WRAIR) et du Naval Medical Research Center, en partenariat avec des chercheurs de l'Université de Pennsylvanie et d'Acuitas Therapeutics.

 

Les chercheurs ont utilisé la technologie de l'ARNm déjà utilisée pour la mise au point des vaccins BioNTech/Pfizer et Moderna qui sont très efficaces contre la Covid-19, un exploit que les chercheurs sur le paludisme ont souligné en publiant leurs résultats dans npj Vaccines.

 

« Les récents succès remportés par les vaccins contre la Covid-19 mettent en évidence les avantages des plate-formes basées sur l'ARNm, notamment une conception très ciblée, une fabrication souple et rapide et la capacité de promouvoir de fortes réponses immunitaires d'une manière qui n'a pas encore été explorée », a écrit le Dr Evelina Angov, chercheuse à la Malaria Biologics Branch du WRAIR et auteur principal de l'article. « Notre objectif est de traduire ces avancées en un vaccin sûr et efficace contre le paludisme. »

 

Le WRAIR a déjà participé au développement de RTS,S, un produit de première génération qui est actuellement le vaccin le plus avancé contre le paludisme. RTS,S est basé sur la protéine circumsporozoïte de Plasmodium falciparum, l'espèce de parasite à l'origine du paludisme la plus dangereuse et la plus répandue. Bien que le RTS,S soit une contre-mesure efficace dans la lutte contre le paludisme, les études sur le terrain ont révélé des limites quant à son efficacité et à la durée de la protection. Les scientifiques se sont donc tournés vers de nouvelles plate-formes et des approches de deuxième génération pour les vaccins contre le paludisme.

 

Les vaccins à ARNm ne sont pas très différents du fonctionnement des vaccins traditionnels. Mais au lieu d'injecter un virus vivant affaibli ou tué, l'approche ARNm entraîne le système immunitaire directement avec une seule protéine. Le nouveau vaccin contre le paludisme s'appuie sur la protéine circumsporozoïte pour déclencher une réponse immunitaire, de manière similaire à RTS,S. Cependant, plutôt que d'administrer directement une version de la protéine, la nouvelle approche utilise l'ARNm, accompagné d'une nanoparticule lipidique qui le protège de la dégradation prématurée et aide à stimuler le système immunitaire, pour inciter les cellules à coder elles-mêmes la protéine circumsporozoïte. Ces protéines, qui ne peuvent pas réellement provoquer d'infection, déclenchent alors une réponse protectrice contre le paludisme.

 

« Notre vaccin a atteint des niveaux élevés de protection contre l'infection par le paludisme chez les souris », écrit Katherine Mallory, auteur principal de l'article. « Bien qu'il reste encore du travail avant les tests cliniques, ces résultats sont un signe encourageant qu'un vaccin efficace contre le paludisme, basé sur l'ARNm, est réalisable. »

 

Diverses méthodes ont été explorées pour tenter de réduire les infections, notamment l'utilisation d'insecticides pour lutter contre les moustiques qui propagent la maladie, de médicaments antipaludéens, de vaccins et de barrières comme les moustiquaires. Mais tous ces moyens ont leurs limites, notamment le problème de la résistance des insectes aux pesticides.

 

Les efforts les plus récents portent sur des stratégies de biocontrôle, telles que l'utilisation de CRISPR pour modifier les gènes de l'intestin d'un moustique, l'utilisation du forçage génétique qui limite la reproduction des moustiques vecteurs de la maladie, l'application d'un champignon génétiquement modifié pour exprimer un venin d'araignée sur des draps qui peuvent être suspendus dans les maisons et la création artificielle de moustiques porteurs de la bactérie Wolbachia, qui s'est avérée réduire la transmission d'autres maladies transmises par les moustiques.

 

Il est probable qu'une variété d'outils sera nécessaire pour faire reculer le paludisme, qui reste un grave problème de santé en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud, en Nouvelle-Guinée et dans d'autres régions tropicales. Les chercheurs internationaux craignent que la maladie ne devienne encore plus répandue à mesure que le changement climatique entraîne une hausse des températures mondiales, augmentant ainsi sa virulence dans les zones où elle est déjà endémique et l'introduisant dans des régions où elle n'existait pas auparavant.

 

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* Source : Genetic engineering offers hope for effective vaccine against malaria - Alliance for Science (cornell.edu)

 

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