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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La poignée de main

6 Juillet 2021 Publié dans #Divers

La poignée de main

 

Cherilyn Nagel*

 

 

 

Je n'ai pas serré la main d'un étranger, ni d'un ami d'ailleurs, depuis plus d'un an, et beaucoup d'autres Canadiens non plus.

 

Cela n'est pas, semble-t-il, un grand sacrifice. La pandémie de Covid-19 nous a tant fait perdre. Des êtres chers sont morts. Des entreprises ont fermé leurs portes. Des enfants ont pris du retard dans leur scolarité.

 

La perte des poignées de main est peut-être le dernier de nos soucis.

 

Mais nous avons besoin qu'elles reviennent. Elles sont plus que des gestes sociaux gratuits. Ce sont des actions essentielles qui forgent des relations et créent des liens humains.

 

Elles brisent la glace. Elles expriment l'esprit sportif à la fin des matchs. Elles scellent les accords qui nous permettent d'acheter et de vendre.

 

C'est particulièrement vrai pour les agriculteurs. Même si nous nous appuyons sur une science de pointe pour produire et protéger les semences que nous semons et sur des équipements de haute technologie pour récolter les aliments que nous produisons, nous menons une grande partie de nos affaires à l'ancienne. Et cela signifie serrer des mains en chair et en os, et non saluer des personnes pixelisées lors d'appels Zoom.

 

Il y a environ 15 mois, alors que le monde commençait à prendre conscience du défi que représentait la Covid-19, j'étais à une conférence agricole à Vancouver – autrement dit, c'était la vie comme d'habitude pour moi dans le monde de l'agriculture. Avant les confinements, je prenais la parole à des événements comme celui-ci environ dix fois par an, et j'y assistais encore plus souvent.

 

Les liens personnels établis lors des conférences et des réunions sont importants pour toute industrie, mais ils le sont peut-être encore plus pour les agriculteurs. Nous ne nous rassemblons pas dans des bureaux. Lorsque nous travaillons dans nos champs, nous sommes isolés. Il peut se passer des jours où nous ne voyons que les membres de notre famille et peut-être quelques autres personnes dans un cercle restreint.

 

J'ai dit en blaguant que dans notre ferme de la Saskatchewan rurale, nous n'avons pas eu à adopter de mesures particulières face à la pandémie parce que nous pratiquions la distanciation sociale bien avant que quiconque ait entendu parler de la Covid-19.

 

Les agriculteurs ont donc une raison particulière de profiter des rassemblements où les gens peuvent se rencontrer, apprendre et progresser. Nous devons saisir les occasions de nous serrer la main.

 

À mon retour de Vancouver, quelques semaines après l'entrée en vigueur des confinements, je devais m'envoler pour la Belgique afin de représenter les agriculteurs canadiens lors d'une conférence commerciale agricole. Mon but était d'expliquer comment et pourquoi nous utilisons des outils de protection des plantes, afin d'apaiser les craintes des consommateurs et des régulateurs européens qui frémissent dès qu'ils entendent le mot « glyphosate ».

 

Personne n'est plus persuasif sur les aliments et la façon dont ils sont produits que les agriculteurs eux-mêmes, et nos clients doivent nous voir, pouvoir poser des questions et entendre ce que nous avons à dire.

 

En fin de compte, il sera très difficile de changer le cœur et l'esprit des sceptiques qui ne savent pas grand-chose de la production alimentaire si nous ne pouvons pas les regarder dans les yeux et, oui, leur serrer la main.

 

L'événement en Belgique a été annulé, bien sûr, et c'était le bon choix. Plus d'un an plus tard, cependant, nous devons revenir à la normale car nous devons commencer à réparer 15 mois de connexions interrompues.

 

Avant la pandémie, je pensais que le commerce canadien était prêt à exploser. Nous venions de négocier l'ACEUM, l'accord révisé entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Le Partenariat Transpacifique, qui nous lie aux pays du littoral du Pacifique, attirait l'attention et prenait de l'ampleur. Le gouvernement provincial de la Saskatchewan a même ouvert un bureau commercial à Singapour, afin que nous puissions profiter des possibilités offertes par le PTP grâce à des rencontres en personne.

 

Aujourd'hui, après plus d'un an de fermeture des frontières, notre situation est bien différente. Bien que nos accords commerciaux restent en vigueur, les gens se sont habitués à regarder vers l'intérieur et je crains que nous n'entendions de nouveaux appels au protectionnisme qui est l'ennemi des agriculteurs, des entreprises et des clients qui dépendent des marchés mondiaux.

 

Voici un pas simple dans la bonne direction : commençons par autoriser la libre circulation entre le Canada et les États-Unis. Cela permettrait d'augmenter l'achat et la vente transfrontaliers d'intrants agricoles, de machines et de céréales. La concurrence accrue entre acheteurs et vendeurs profiterait aux agriculteurs et aux entreprises des deux côtés de la frontière.

 

Les Canadiens et les Américains aiment se vanter que le 49e parallèle est la plus longue frontière non défendue au monde, accessible aux voyageurs dans les deux sens. Revenons à l'idée de la laisser sans défense et accessible. Nous pouvons nous retrouver au Pont de la Paix à l'est et à l'Arche de la Paix à l'ouest.

 

La libre circulation entre le Canada et les États-Unis peut être le précurseur de la libre circulation dans le monde entier. J'ai hâte de me rendre en Belgique et de parler de l'importance du commerce mondial et des connexions mondiales – et de serrer à nouveau des mains.

 

__________________________

 

Cherilyn Nagel, agricultrice, Canada

 

Cherilyn et sa famille possèdent une exploitation céréalière diversifiée à Mossbank, Saskatchewan, Canada. Outre l'agriculture, Cherilyn participe activement à de nombreuses initiatives de politique agricole visant à améliorer la durabilité de l'agriculture et à défendre les pratiques agricoles modernes. Cherilyn est membre bénévole du conseil d'administration de Western Canadian Wheat Growers et du Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network).

 

Source : The Handshake – Global Farmer Network

 

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H
Gestes barrières, c'est à dire principalement abandon de la poignée de main et de la bise = moins de virus grippaux, moins de bronchites, moins de gastro. Les médecins généralistes se sont abondamment plaint d'une forte baisse de patients depuis le début de la crise Covid, virus et bactéries circulant bien moins facilement. Personnellement, j'en ai profité pour refuser dorénavant cette mode hypocrite de la bise à tout va qui était inconnue quand j'étais enfant dans les années 60. Qu'on embrasse sa famille et ses amis très proches, soit, puisqu'en principe ce sont des gens qu'on aime, mais qu'on embrasse des collègues de travail qui nous indiffèrent ou des quasi-inconnus que l'on rencontre chez quelqu'un, quelle hypocrisie. Et quel mépris de l'hygiène la plus élémentaire...
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