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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Borlaug et Vogt, et le monde qu'ils ont cherché à construire

4 Juillet 2021 Publié dans #Divers

Borlaug et Vogt, et le monde qu'ils ont cherché à construire

 

Jack DeWitt, AGDAILY*

 

 

Image : Justin Chan, Flickr

 

 

Il y a quelque temps, j'ai lu le livre The Wizard and the Prophet (le magicien et le prophète). Non, ce n'est pas un livre d'Harry Potter. Il a été écrit par Charles Mann et publié en 2018. Dans ce cas, le magicien est le célèbre agronome Norman Borlaug et le prophète, William Vogt. Vogt, né en 1902, a fondé l'« environnementalisme apocalyptique » et a passé sa vie à avertir que l'humanité devait réduire sa consommation, faute de quoi les écosystèmes de la Terre seraient submergés.

 

Cela vous semble familier ? C'est un thème que nous entendons constamment de nos jours. Mais Vogt le prêchait alors que la population de la Terre était d'environ 2,5 milliards d'habitants, contre près de 7,8 milliards aujourd'hui. La solution de Vogt consistait à manger moins de viande afin de pouvoir consacrer davantage de terres agricoles aux cultures vivrières. La solution proposée aujourd'hui par les écologistes n'est pas différente.

 

En 1948, Vogt a publié le premier livre moderne sur le thème « Nous allons tous mourir », The Road to Survival (la route vers la survie). Mann déclare : « C'était une vision, un testament moral sur la façon dont nous devrions vivre. Les principaux tenants de l'environnementalisme moderne. »

 

Deux autres livres de ce style, The Population Bomb (La bombe P) de Paul Ehrlich (1968) et The Limits to Growth (Les limites à la croissance – 1972, un recueil commandé par le Club de Rome), « m'ont fait une peur bleue », a dit Mann, alors étudiant à l'université. Il est devenu Vogtien. Ehrlich affirmait que « la bataille pour nourrir toute l'humanité est terminée ». Il a averti que l'espérance de vie tomberait à 42 ans aux États-Unis en 1980 à cause des pesticides agricoles. Les auteurs de Les limites à la croissance ont prédit que les limites seraient atteintes au cours des 100 prochaines années, à moins que les habitudes de consommation de l'humanité ne soient modifiées (arrêtez de courir après l'abondance et de manger « à pleines dents », ont-t-il insisté).

 

Mais dans les années 1980, grâce à la magie de Borlaug, le Mexique, le Pakistan et l'Inde étaient devenus autosuffisants en blé, voire exportateurs certaines années. D'autres magiciens avaient transformé les importateurs de riz asiatiques en exportateurs. Un milliard de personnes supplémentaires ont été nourries. La faim dans le monde n'était pas éliminée, mais elle était réduite. Mann a vu que les prophètes avaient eu tort et est devenu un Borlauguien.

 

Mais Mann a écrit son livre parce qu'il a commencé à « vaciller un peu » dans sa vision du monde. Peut-être que les limites de la croissance ont un certain crédit. Il invite le lecteur à examiner les « quatre grands défis à venir – la nourriture, l'eau, l'énergie et le changement climatique – à travers les yeux de Vogt et de Borlaug ». Il fait un excellent travail, je pense, en examinant ces questions des deux côtés.

 

En fin de compte, il continue à faire confiance aux sorciers.

 

Depuis 1950, la population mondiale a triplé, l'espérance de vie (mondiale) est passée de 45,5 ans en 1950 à 72,8 ans en 2021. Grâce à la magie de Borlaug et de ses semblables, chaque hectare de terre agricole dans le monde produit aujourd'hui environ trois fois plus de nourriture qu'en 1950. Grâce aux innovations qui ne cessent d'arriver et aux améliorations des méthodes agricoles qui commencent à s'imposer en Afrique et dans d'autres zones d'agriculture de subsistance, nous sommes en bonne voie pour fournir une nourriture abondante et sûre à la population mondiale qui devrait atteindre 10 milliards d'habitants d'ici à 2050, et ce, sans ajouter d'énormes quantités de nouvelles terres agricoles provenant des forêts et des savanes du monde.

 

Mais au milieu des années 1940, rien de cet avenir n'allait de soi. La mission de Borlaug, qui lui avait été confiée par la Fondation Rockefeller, consistait à trouver pour les agriculteurs mexicains de nouvelles variétés de blé capables de résister aux épidémies de rouille dévastatrices qui les appauvrissaient. Ce garçon du monde agricole de l'Iowa, qui n'aspirait qu'à devenir professeur de sciences et entraîneur d'athlétisme dans une école secondaire, est arrivé dans un pays étranger avec cette importante mission, équipé d'à peine plus que de la détermination et de l'empathie pour les agriculteurs pauvres du Mexique.

 

C'était un coup de chance pour les millions, voire le milliard, de personnes que ses variétés allaient sortir de la pauvreté et de la famine. Il n'était même pas agronome. Son doctorat portait sur la pathologie des arbres forestiers. Heureusement pour le monde, sa formation comprenait un peu de sélection du blé.

 

 

Image par Aleksandar Mijatovic, Shutterstock

 

 

Pour autant que l'on sache, Vogt et Borlaug ne se sont rencontrés qu'une seule fois, mais ils ont passé le reste de leur vie à s'opposer à la vision du monde de l'autre dès qu'ils le pouvaient, sans mentionner le nom de l'autre. En 1946, Vogt a passé la majeure partie d'une journée à rendre visite à Borlaug dans sa station expérimentale (alors) délabrée près de Mexico, en sa qualité officielle de chef de la division de la conservation de l'Union Panaméricaine. Mann décrit cette rencontre et commente : « Vogt et Borlaug ont la même mission : utiliser les découvertes de la science moderne pour épargner au Mexique un avenir de pauvreté et de dégradation de l'environnement. [...] Peu de temps après, les deux hommes se rendront compte que les défis qu'ils voient devant le Mexique sont en fait ceux de toute l'humanité. »

 

Vogt, poursuit-il, considère les méthodes agricoles modernes comme un désastre environnemental qu'il faut freiner. Borlaug, quant à lui, voit les récoltes pitoyables des agriculteurs et la façon dont la terre peut être transformée pour produire davantage.

 

Quelques mois plus tard, Vogt tente d'obtenir l'arrêt du projet de Borlaug en écrivant une longue lettre à la Fondation Rockefeller, arguant que l'augmentation de la production agricole n'est pas la solution, qu'elle ne fera que provoquer une plus grande dégénérescence de la nature. La nature doit être préservée pour sauver l'humanité. C'est ainsi qu'a commencé une longue dispute qui « se poursuit jusqu'à aujourd'hui ».

 

____________

 

* Jack DeWitt est un agriculteur-agronome dont l'expérience agricole s'étend sur plusieurs décennies, depuis la fin de l'élevage de chevaux jusqu'à l'âge du GPS et de l'agriculture de précision. Dans son livre « World Food Unlimited », il raconte tout et prédit comment nous pouvons avoir un monde futur avec une nourriture abondante. Cet article a été publiée à l'origine dans Agri-Times Northwest.

 

Source : Borlaug and Vogt and the world they sought to build | AGDAILY

 

 

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F
Je trouve fascinant que le même débat se poursuive de nos jours entre les prophètes de malheur qui prêchent la décroissance (et la misère qui va avec) et les partisans du progrès qui cherchent (et trouvent !) des solutions pour sortir de la misère et améliorer le sort du plus grand nombre. Ces derniers ont pourtant fait leurs preuves. Comment se fait-il sur les premiers soient encore écoutés ?
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U
Edifiant.
Il y a ceux qui pleurnichent et ceux qui agissent.
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