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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

À partir du 1er juillet 2021, tous les États australiens continentaux autoriseront les cultures génétiquement modifiées. Voici pourquoi il n'y a rien à craindre.

1 Juillet 2021 Publié dans #OGM

À partir du 1er juillet 2021, tous les États australiens continentaux autoriseront les cultures génétiquement modifiées. Voici pourquoi il n'y a rien à craindre.

 

Daniel Tan*

 

 

Le 1er juillet, le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud lèvera l'interdiction des cultures génétiquement modifiées (GM) après un moratoire de 18 ans. Cela signifie que les plantes génétiquement modifiées peuvent désormais être cultivées dans tous les États australiens, à l'exception de la Tasmanie.

 

Les principaux groupes agricoles ont salué cette décision. Les partisans des OGM affirment que la biotechnologie permet d'améliorer le rendement des cultures, de résoudre les problèmes de pénurie alimentaire et de réduire les infestations de mauvaises herbes et de ravageurs.

 

Mais les opposants affirment que les cultures GM constituent une menace potentielle pour l'environnement et la santé humaine. Ils craignent que la technologie n'encourage les super-mauvaises herbes, n'augmente la résistance aux antibiotiques et les allergies alimentaires chez l'homme et n'ait d'autres effets non désirés.

 

Alors, où se trouve la vérité ? La recherche universitaire suggère que les cultures génétiquement modifiées sont généralement sans danger pour l'homme et l'environnement, et je pense donc que la décision du gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud doit être saluée.

 

 

Les cultures GM seront autorisées dans tous les États continentaux, malgré l'opposition de certains. Greenpeace/AAP

 

 

Qu'est-ce que la modification génétique ?

 

La modification génétique est l'utilisation de la technologie pour changer les gènes des êtres vivants. Elle consiste pour les scientifiques à injecter dans l'ADN d'un organisme des gènes provenant d'un autre, afin de lui conférer une caractéristique souhaitable telle que la résistance à la sécheresse, aux températures extrêmes ou aux parasites.

 

Les cultures génétiquement modifiées ont été introduites à des fins commerciales dans les années 1990. Le moratoire de la Nouvelle-Galles du Sud a débuté en 2003 suite aux inquiétudes de certains importateurs et fabricants. Par exemple, des pays du Moyen-Orient et d'Asie du Sud-Est avaient refusé des céréales génétiquement modifiées, et le Canada et l'Arabie saoudite avaient indiqué qu'ils ne voulaient pas de bétail nourri aux OGM.

 

Annonçant la levée de l'interdiction en mars, le ministre de l'agriculture de Nouvelle-Galles du Sud, Adam Marshall, a déclaré que son gouvernement avait travaillé pour s'assurer que les questions de commerce et de marketing liées aux aliments génétiquement modifiés étaient bien gérées. Il a ajouté que le régulateur de la technologie génétique du Commonwealth évaluera toutes les demandes de culture d'OGM, en veillant à ce qu'ils soient sans danger pour les personnes et l'environnement.

 

La décision de la Nouvelle-Galles du Sud fait suite à des mesures similaires prises par d'autres États continentaux ces dernières années, notamment l'Australie Méridionale, qui a levé l'interdiction des OGM en 2020 (avec une exemption pour l'île de Kangaroo). Un moratoire est toujours en vigueur dans l'ACT [Australian Capital Territory – Territoire de la capitale australienne].

 

Le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud affirme que l'autorisation de cultiver des plantes génétiquement modifiées augmentera la compétitivité et la productivité de l'agriculture et apportera jusqu'à 4,8 milliards de dollars australiens [environ 3 milliards d'euros] de bénéfices au cours de la prochaine décennie.

 

 

La modification génétique consiste à injecter dans l'ADN d'un organisme des gènes provenant d'un autre organisme. Photo : Aleksandar Plavevski

 

 

Avantages de la levée de l'interdiction des OGM

 

Les avantages des cultures génétiquement modifiées sont-ils donc réels ? Pour répondre à cette question, nous pouvons nous appuyer sur trois précédents : le canola [colza], le coton et le carthame génétiquement modifiés, qui sont cultivés en Australie depuis de nombreuses années. Ces cultures ont été exemptées des moratoires en Nouvelle-Galles du Sud et dans d'autres États, et les preuves suggèrent que leur culture a été un succès.

 

Le cotonnier GM a été modifié avec des gènes insecticides, ce qui, selon les recherches, le rend plus résistant à des parasites. Le cotonnier modifié nécessite également une utilisation moindre d'insecticides.

 

Le canola GM a été transformé pour le rendre résistant à des herbicides, ce qui permet un meilleur contrôle des mauvaises herbes.

 

Des moratoires d'État ont retardé l'introduction du canola GM, notamment en Nouvelle-Galles du Sud. Des recherches menées en 2018 ont révélé que, dans toute l'Australie, les coûts environnementaux de ce retard comprenaient 6,5 millions de kilogrammes supplémentaires de matières actives appliquées sur les soles de canola, et 24,2 millions de kg supplémentaires de rejets de gaz à effet de serre et d'autres émissions. Les coûts économiques comprenaient une perte nette de 485,6 millions de dollars australiens [environ 300 millions d'euros] pour les producteurs de canola.

 

Ces dernières années, les organismes de réglementation australiens ont autorisé la culture de canola modifié pour contenir des acides gras oméga-3 à longue chaîne, appréciés pour leurs bienfaits pour la santé. Ce type de canola a été salué comme la première source végétale d'oméga-3 au monde et pourrait réduire la dépendance à l'égard des stocks de poissons.

 

Le carthame a été génétiquement modifié pour contenir des quantités plus élevées d'acide oléique. Ces huiles renouvelables peuvent être utilisées à la place du pétrole, une ressource limitée, dans des produits tels que les carburants, les plastiques et les cosmétiques.

 

 

Les cultures GM peuvent être rendues résistantes à des herbicides. Greenpeace/AAP [Ma note : splendide illustration ! C'est une rampe d'irrigation!]

 

 

Quels sont les risques ?

 

Les experts reconnaissent qu'il y a des limites à ce que l'on peut savoir sur les effets de tout aliment sur la santé à long terme. Toutefois, les scientifiques s'accordent à dire que les preuves recueillies jusqu'à présent suggèrent que les cultures génétiquement modifiées peuvent être consommées sans danger. Cette opinion est soutenue par l'Organisation Mondiale de la Santé.

 

Les aliments dérivés des plantes GM sont consommés par des millions de personnes dans de nombreux pays. Et en Australie, les autorités évaluent rigoureusement tous les aliments génétiquement modifiés avant qu'ils ne soient vendus aux consommateurs.

 

Cependant, de nombreux pays interdisent encore la production d'aliments génétiquement modifiés. Et certaines personnes restent inquiètes des effets sur la santé humaine. On craint notamment que la résistance aux antibiotiques ne soit transférée des plantes aux humains [ma note : cela fait longtemps qu'on n'utilise plus la résistance à un antibiotique comme marqueur pour sélectionner les cellules transformées], ou que les aliments génétiquement modifiés ne déclenchent des réactions allergiques.

 

Les experts ont conclu que le risque de résistance aux antibiotiques n'est pas important. Il existe quelques preuves qu'un petit nombre de cultures GM sont allergènes. Mais comme les cultures génétiquement modifiées sont soumises à des tests approfondis sur les allergènes, elles ne devraient pas être plus risquées que les cultures conventionnelles une fois autorisées à être commercialisées.

 

D'autres opposants aux OGM affirment que cette technologie présente des risques pour l'environnement – par exemple, les cultures GM résistantes à des herbicides peuvent devenir des « super-mauvaises herbes ».

 

La recherche a montré que la résistance des mauvaises herbes à l'herbicide glyphosate est un problème, et il y a quelques preuves que le canola résistant au glyphosate persiste en dehors des fermes en Australie. Des stratégies de gestion peuvent réduire le risque de développement des super-mauvaises herbes, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires. [Ma note : Un paragraphe boîteux qui tente de répondre à une préoccupation en en suscitant une nouvelle. « ...il y a quelques preuves... » ? Le canola résistant au glyphosate persiste exactement de la même façon que le canola non GM.]

 

Et il convient de noter que si l'utilisation de cultures résistantes à des herbicides entraîne parfois une diminution de l'utilisation des herbicides, cette diminution n'est souvent pas durable. Les chercheurs affirment également qu'une réduction du nombre de kilogrammes de pesticides utilisés ne permet pas nécessairement de prévoir les effets sur l'environnement ou la santé.

 

 

Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour prévenir les super-mauvaises herbes résistantes aux herbicides. Shutterstock [ma note : cette photo me paraît peu crédible ; elle ressemble fort à une autre, signée Greenpeace, manifestement pré-arrangée.]

 

 

Certains détracteurs s'opposent aux cultures génétiquement modifiées au motif qu'elles permettent à quelques grandes entreprises – qui sélectionnent et commercialisent les semences – de contrôler l'approvisionnement alimentaire. Par exemple, en 2015, il a été rapporté que le secteur des semences de maïs génétiquement modifié en Afrique du Sud était détenu par seulement deux entreprises, ce qui signifie que les petits agriculteurs ne pouvaient pas être compétitifs [ma note : cette phrase mélange deux sujets distincts : la compétition sur la marché des semences (sur lequel il y a sans aucun doute une pluralité d'acteurs) et la compétitivité des agriculteurs. Elle reproduit les propos d'une activiste manifestement à côté de la plaque, propos rapportés par la BBC dans un exercice de « il a dit, elle a dit ».]

 

Les chercheurs ont proposé des mesures pour contrer cette concentration de pouvoir des entreprises, en renforçant les politiques de concurrence, en stimulant le soutien du secteur public aux systèmes alimentaires diversifiés et en limitant l'influence des entreprises dans le processus politique. [Ma note : la énième itération de bien-pensance sortant de la tour d'ivoire, ici, d'une universitaire du domaine de l'environnement.]

 

La question de la contamination croisée est également une préoccupation pour les agriculteurs biologiques et les consommateurs. Dans un cas bien connu en Australie Occidentale, la récolte de l'agriculteur biologique Steve Marsh a été contaminée en 2010 par du canola génétiquement modifié, ce qui lui a fait perdre sa certification biologique. [Ma note : Ici aussi on peut être surpris par l'utilisation de cet exemple, sans mise en perspective. M. Steve Marsh a perdu son procès contre son voisin Michael Baxter. La « contamination » en cause consistait en des brins de colza entraînés par le vent sur la propriété de M. Steve Marsh, producteur essentiellement de moutons et de céréales. Voir notamment « Australie : le talibanisme "bio" et anti-OGM a encore perdu ».]

 

 

L'avenir

 

La levée de l'interdiction des cultures GM en Nouvelle-Galles du Sud signifie que les États continentaux australiens ont une approche cohérente et offre de nouvelles possibilités aux agriculteurs et aux consommateurs australiens.

 

Il reste encore des problèmes à régler en ce qui concerne les cultures génétiquement modifiées, et il est nécessaire de maintenir une réglementation stricte pour garantir la sécurité humaine et environnementale. L'opposition à cette pratique subsistera sans doute dans certains milieux. Toutefois, elle pourrait s'atténuer avec le temps, à mesure que la technologie se développe et que les résultats à long terme deviennent plus clairs.

 

_____________

 

Daniel Tan est professeur d'agronomie à l'Université de Sydney. Il est membre de l'Ag Institute Australia et Senior Fellow de la Higher Education Academy, Royaume-Uni.

 

Source : From this week, every mainland Australian state will allow genetically modified crops. Here's why that's nothing to fear (theconversation.com)

 

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