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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Vers un concept d'« agriculture améliorée »

22 Juin 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Risk-monger (David Zaruk)

Vers un concept d'« agriculture améliorée »

 

David Zaruk*

 

 

Source : Pixabay

 

 

La dernière chronique de Risk Corner présentait une série de définitions opaques du « bio », concluant que le simple fait de l'identifier par opposition aux techniques agricoles conventionnelles était contre-productif.

 

 

En raison du succès des campagnes de marketing fondées sur la peur, la demande d'aliments biologiques augmente dans de nombreux pays riches beaucoup plus vite que la capacité de production, ce qui met dangereusement en péril la sécurité alimentaire mondiale et les pratiques d'utilisation des terres. Il est nécessaire de repenser la question : il faut abandonner la dichotomie binaire entre agriculture biologique et conventionnelle, entre le bien et le mal, pour promouvoir de manière globale de meilleures pratiques agricoles.

 

 

L'initiative « Better Cotton »

 

Au milieu des années 2000, la demande de « coton biologique » a connu une forte augmentation. Comme il était impossible de répondre à cette demande sans imposer un coût terrible aux agriculteurs et à l'environnement, les parties prenantes se sont réunies et ont créé la Better Cotton Initiative (BCI) dans le but de briser l'opposition binaire biologique/conventionnel qui menaçait l'ensemble du marché. La BCI est une série de principes et de normes visant à garantir que le coton a été cultivé, récolté et fabriqué de la manière la plus durable possible. En tant que label, elle s'engage à développer en permanence les meilleures pratiques et à gérer les risques de manière responsable. Dix ans après son lancement, 20 % de l'ensemble du coton est certifié BCI.

 

Cette approche pragmatique a permis de briser les menottes que le label biologique mettait aux poignets des producteurs de coton, la chaîne d'approvisionnement soutenant les améliorations agricoles et les meilleures conditions de travail des agriculteurs tout en renforçant la confiance des consommateurs dans la bonne gestion agricole.

 

N'est-il pas temps qu'une telle initiative soit étendue à tous les secteurs agricoles ? N'est-il pas temps de lancer une initiative en faveur d'une meilleure agriculture, une Better Farming Initiative (BFI) ?

 

 

Les avantages d'une BFI

 

Les principes d'une meilleure agriculture permettraient de promouvoir l'agriculture durable en dehors de toute condition préalable d'agriculture biologique ou conventionnelle. Par exemple :

 

  • La dichotomie non scientifique entre les pesticides de synthèses et d'origine naturelle serait éliminée. Chaque substance serait évaluée en fonction de son profil de durabilité.

 

  • Les technologies d'amélioration des plantes seraient évaluées en fonction de leurs mérites plutôt que selon une définition arbitraire du processus.

 

  • Toute BFI aurait pour objectif principal d'améliorer la gestion des sols. Il ne s'agit pas d'une approche à taille unique, mais l'objectif devrait être de travailler en permanence à l'amélioration de la santé des sols, à la séquestration du carbone et à la réduction de l'érosion et de la dégradation.

 

  • Les petits exploitants des pays en développement devraient se voir offrir les meilleurs outils disponibles pour augmenter les rendements, réduire les conditions de travail difficiles et commercialiser plus facilement leurs produits. Nous devons cesser d'imposer des idéologies qui appauvrissent les plus vulnérables.

 

  • En supposant que les agriculteurs puissent augmenter les rendements sur des terres plus fertiles, la BFI encouragerait la recherche de moyens de restituer les terres moins productives à une utilisation biodiversifiée.

 

La BFI se concentrerait sur le développement de techniques agricoles plus respectueuses du climat, la résilience, de meilleures normes de travail, le commerce équitable et l'accès aux marchés, aux données et aux technologies. Cette approche de l'amélioration de l'agriculture peut également servir de référence à d'excellentes initiatives nationales (comme la Voluntary Initiative au Royaume-Uni).

 

 

Les attentes en matière de lutte intégrée contre les ravageurs

 

Bon nombre des récentes attaques contre les outils de protection des plantes n'étaient pas dues à des risques environnementaux réels, mais à la manière dont leur utilisation répondait à certaines attentes des militants : la lutte intégrée contre les ravageurs (IPM – integrated pest management) est conçue selon eux pour permettre d'éliminer toute utilisation de pesticides. Ainsi, si les plantes résistantes à des herbicides peuvent réduire l'utilisation globale des herbicides (et permettre de bien meilleures techniques de gestion régénératrice des sols), elles impliquent également que l'utilisation des herbicides ne sera pas supprimée. Les campagnes visant à interdire certaines semences traitées aux néonicotinoïdes n'ont jamais eu pour but de sauver les abeilles (de nombreuses « alternatives » sont bien pires pour la santé des pollinisateurs). En traitant les semences pour prévenir toute infestation éventuelle de ravageurs, ces néonics vont à l'encontre de l'idéal de la lutte intégrée : « n'utiliser que lorsque c'est nécessaire » (indépendamment de la réduction du passif du bilan environnemental global).

 

L'IPM n'atteindrait pas l'idéal militant si ces pesticides étaient promus pour leurs solutions durables ; les opposants ont donc lancé d'intenses campagnes (ce qui a entraîné une aggravation de la dégradation de l'environnement). Dans le cadre d'une norme d'amélioration de l'agriculture, ces technologies de protection des plantes seraient promues en tant que meilleures pratiques disponibles pour l'amélioration des sols et la réduction des parasites. La BFI impliquerait une interprétation plus raisonnable et pragmatique de l'IPM.

 

 

De meilleures idées

 

Il est urgent de passer à une meilleure agriculture. Des années de campagnes de peur incessantes ont détruit la réputation de l'agriculture, mais une BFI aurait également des défis à relever.

 

Certains diront qu'un label BFI serait insultant pour les agriculteurs (et je le comprends). Tous les agriculteurs font de leur mieux pour protéger leurs sols, produire des aliments sûrs et nourrir leurs communautés. Malheureusement, le lobby de l'industrie alimentaire biologique a détruit cette perception avec sa mentalité du bien contre le mal. Il faut rétablir la confiance, tandis que ceux qui s'efforcent de respecter certaines normes de durabilité, en particulier dans les régions vulnérables, auront besoin d'un soutien technologique accru (plutôt que de plus d'idéologie).

 

Certains diront que le modèle Better Cotton n'est pas transposable étant donné les disparités de la chaîne de valeur alimentaire par rapport à la chaîne plus fermée du coton (et je le comprends). L'industrie alimentaire en aval va devoir prendre les devants et travailler d'abord avec les agriculteurs et les scientifiques plutôt que de réagir immédiatement à toute campagne de peur destinée à effrayer les consommateurs. Pour cela, nous devons développer un « processus de gestion intégrée des risques » pour l'ensemble de la chaîne de valeur alimentaire.

 

Ce sera le sujet de ma prochaine chronique.

 

_____________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur Twitter ou la page Facebook de Risk-Monger.

 

* Source : Towards a Concept of “Better Farming” | EuropeanSeed (european-seed.com)

 

 

Ma note : la Better Farming Initiative, c'est en France, par exemple, la Haute Valeur Environnementale.

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Fm06 22/06/2021 20:59

J’ai fait un rêve. David était cloné en 27 exemplaires conseillers des ministres de l’agriculture des États membres de l’UE. Et puis je me suis réveillé. Le radio réveil diffusait la pub d’une chaîne de magasins si bios, si bons! J’ai éteint la radio et je me suis rendormi. J’aurais peut être mieux fait de me lever et de m’engager pour lutter contre l’obscurantisme. Merci David et Seppi de lutter. Vous avez tout mon soutien moral !

C_lavie 22/06/2021 10:01

Agriculteur en ACS depuis 15 ans, je me sens vraiment en phase avec les positions de David Zaruk.
Merci à lui de continuer à essayer de faire entendre la voix de la raison dans cette fuite en avant hystérique du "hors du bio, point de salut".
Et Merci à vous Seppi de faire la veille, de traduire et diffuser... et commenter
Je ne cesse de m'interroger... Pourquoi n'entend on pas plus de voix raisonnables ?
(il me semble d'ailleurs avoir lu que Risk-Monger voulait écrire sur le silence des scientifiques raisonnables ?)

Ah, un point cependant, Seppi, concernant votre note de fin :
HVE ne me paraît pas du tout être une déclinaison française de ce que défend D Zaruk
Pour moi, c'est un cahier des charges, fait à la vite et ne partageant pas les postulats de départ (sur la chimie notamment)
Il n'y a pas d'objectif, juste des restrictions.
Par ailleurs, il n'y a rien sur le Sol, sa fertilité, sur le climat...