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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Théorie de la fuite du laboratoire du virus de la Covid : une séquence génétique « rare » ne signifie pas que le virus a été créé de toutes pièces

28 Juin 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #Covid-19

Théorie de la fuite du laboratoire du virus de la Covid : une séquence génétique « rare » ne signifie pas que le virus a été créé de toutes pièces

 

Keith Grehan et Natalie Kingston*

 

 

 

 

La théorie selon laquelle la pandémie de Covid-19 a été déclenchée par la fuite du virus Sars-CoV-2 de l'Institut de Virologie de Wuhan, en Chine, a récemment été relancée par un article explosif du Wall Street Journal (WSJ) dans lequel les auteurs affirment que « la raison la plus convaincante de favoriser l'hypothèse de la fuite du laboratoire est fermement ancrée dans la science ». Mais la science soutient-elle vraiment l'affirmation selon laquelle le virus a été fabriqué en laboratoire ?

 

Comprendre l'origine d'une épidémie virale peut fournir aux scientifiques des informations importantes sur les lignées virales et permettre de mettre en place des mesures pour éviter des épidémies similaires à l'avenir. À ce titre, l'origine du virus Sars-CoV-2 a été débattue dès le début de la pandémie et reste un sujet de discussion actif parmi les scientifiques.

 

On sait depuis longtemps que les chauves-souris abritent des virus similaires au Sars-CoV original qui cause le SRAS. Ces virus sont bien étudiés en Chine, d'où est partie l'épidémie de SRAS de 2002. Mais des virus apparentés ont été découverts dans le monde entier.

 

Sans surprise, les coronavirus sont à nouveau impliqués dans une pandémie, le troisième événement de ce type au XXIe siècle – d'abord le SRAS, puis le Mers, maintenant la Covid-19. Si une origine naturelle semble probable – et de nombreuses personnes ont depuis longtemps mis en garde contre le danger des virus circulant dans la nature – les scientifiques ne doivent pas tirer de conclusions hâtives.

 

Un moyen important pour les scientifiques de déterminer l'origine d'un virus est d'examiner son génome. Dans l'article du WSJ, les auteurs, le professeur Richard Muller, astrophysicien, et le docteur Steven Quay, médecin et directeur général d'Atossa Therapeutics, affirment que le virus Sars-CoV-2 présente les « empreintes génétiques » d'un virus provenant d'un laboratoire. Ils affirment que la présence d'une séquence génétique particulière (CGG-CGG) est le signe que le virus provient d'un laboratoire.

 

Pour comprendre les affirmations des chercheurs, il faut d'abord comprendre le code génétique. Lorsqu'un virus infecte une cellule, il détourne la machinerie cellulaire, fournissant des instructions (génome) pour produire davantage de copies de lui-même. Ce génome est constitué d'une longue série de molécules appelées nucléotides, chacune d'entre elles étant représentée par les lettres A, C, G ou U.

 

Un groupe de trois nucléotides (appelé codon) donne l'instruction à une cellule de fabriquer un acide aminé, le composant moléculaire le plus fondamental des êtres vivants [ma note : c'est faux. L'instruction est d'ajouter un acide aminé particulier à une chaîne, une protéine, en construction, ou de commencer ou terminer l'assemblage]. La plupart des acides aminés sont codés par plusieurs codons différents. CGG est l'un des six codons possibles qui donnent l'instruction à la cellule d'ajouter l'acide aminé arginine.

 

 

Les auteurs de l'article du WSJ soutiennent que le virus Sars-CoV-2 a été créé en laboratoire en raison de la présence d'une séquence « CGG-CGG ». Ils affirment qu'il s'agit d'une paire de codons « facilement disponible et pratique » que les scientifiques préfèrent utiliser pour ajouter l'acide aminé arginine. Mais pour quiconque connaît les techniques requises pour la modification génétique, ce double-CGG n'est généralement pas plus difficile ou facile à produire que n'importe quelle autre paire de codons codant pour des arginines.

 

 

Aucune raison pour que le CGG-CGG soit fabriqué en laboratoire

 

Les auteurs affirment que le codon CGG apparaît moins fréquemment que les cinq autres codons possibles dans les bétacoronavirus (la famille des coronavirus à laquelle appartient le Sars-CoV-2). Si l'on considère les coronavirus apparentés, le codon CGG code pour environ 5 % de toutes les arginines du Sars-CoV, contre environ 3 % de toutes les arginines du Sars-CoV-2. Bien que le CGG soit moins courant que les autres codons, l'argument des auteurs ne fournit pas de raison pour laquelle la séquence double-CGG ne pourrait pas exister naturellement.

 

Les auteurs affirment que la recombinaison (lorsque des virus qui infectent le même hôte partagent du matériel génétique) est la façon la plus probable dont le Sars-CoV-2 a pu obtenir la séquence double-CGG. Ils notent que la paire de codons double-CGG ne se trouve pas dans d'autres membres de cette « classe » de coronavirus, de sorte que la recombinaison naturelle ne pourrait pas générer un double-CGG. Cependant, les virus ne dépendent pas uniquement de segments préassemblés de matériel génétique pour évoluer et étendre leur gamme d'hôtes.

 

Les auteurs affirment également qu'il est peu probable que la mutation (erreur de copie aléatoire) génère la séquence double-CGG. Mais les virus évoluent à un rythme rapide, à tel point que l'accumulation de mutations est un inconvénient courant des études virologiques. La recombinaison est l'un des moyens par lesquels les virus évoluent, mais le rejet par les auteurs de la mutation comme source de changement viral est une description inexacte de la réalité.

 

L'affirmation finale selon laquelle le premier virus Sars-CoV-2 séquencé était idéalement adapté à l'hôte humain néglige les preuves de la circulation virale dans les populations animales locales, la transmission d'animal à animal et l'évolution rapide qui est à l'origine de la transmissibilité croissante des variants les plus récents. Si le virus était idéalement adapté à l'homme, pourquoi une telle évolution serait-elle évidente ?

 

Il est décevant de constater que de nombreux autres articles de presse (ici, ici, ici et ici)semblent avoir accepté et répété les affirmations de l'article du WSJ. L'origine du virus Sars-CoV-2 n'a peut-être pas été élucidée, mais aucun élément présenté dans l'article du WSJ ne soutient scientifiquement le concept d'une fuite d'un laboratoire d'un virus génétiquement modifié.

 

_____________

 

Keith Grehan est chercheur postdoctoral en biologie moléculaire et Natalie Kingston est chargée de recherche en virologie, tous deux à l'Université de Leeds.

 

Cet article a été initialement publié sur The Conversation.

 

Source : COVID lab-leak theory: ‘Rare’ genetic sequence doesn’t mean the virus was engineered - Alliance for Science (cornell.edu)

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M
Un autre article qui parle du fait que la fuite d'un laboratoire pour le sras-cov2 est improbable surtout selon les arguments présentés.<br /> En faite le regain d'intérêt pour cette hypothèse semble plutôt provenir d'une guerre de communication entre les USA et la Chine.<br /> https://foreignpolicy.com/2021/06/15/lab-leak-theory-doesnt-hold-up-covid-china/
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H
Les zoonoses (maladies circulant entre les animaux et les humains) sont aussi vieilles et aussi banales que l'humanité. La circulation de ces zoonoses, même sur de très longues distances est tout aussi banale. La seule différence entre le passé et aujourd'hui, c'est qu'autrefois une épidémie pouvait mettre 10 ans ou plus à arriver d'Asie, ou d'Afrique en Europe, aujourd'hui cela peut mettre 24h en raison des transports aériens. Et que des virus mutent naturellement est également d'une banalité absolue. Par contre, il est confortable pour des états occidentaux qui n'ont pas forcément bien géré la pandémie de Covid de désigner un coupable, histoire de détourner l'attention des masses. Aujourd'hui les boucs émissaires tout désignés, ce sont les chinois.