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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Point de vue : Les OGM devraient à juste titre être intégrés sans préjugés dans la société

18 Juin 2021 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM

Point de vue : Les OGM devraient à juste titre être intégrés sans préjugés dans la société

 

Tim Durham, AGDAILY*

 

 

Image : Goran Jakus, Shutterstock

 

 

Certaines découvertes sont dignes d'une petite gigue scientifique.

 

Dans un exploit pour le livre des records – une prouesse révolutionnaire s'il en est – un aveugle a reçu la capacité de voir (grossièrement) à nouveau, grâce à la thérapie génique.

 

Un vecteur viral inoffensif a servi d'intermédiaire. Il a délivré un gène de photorécepteur (détection de la lumière) provenant d'une algue verte, ciblant spécifiquement les cellules rétiniennes du patient. Celles-ci ont ainsi pu produire une nouvelle protéine sensible à l'intensité lumineuse. En quelque sorte, une paire de lentilles correctrices biologiques.

 

Pour être honnête, la thérapie génique à elle seule n'a pas permis de restaurer complètement la vue – le patient doit également porter des lunettes spéciales pour amplifier les signaux lumineux. Et si le patient ne peut pas voir les couleurs ou les détails fins, il peut discerner les formes. Pour la première fois en 40 ans, il a pu « voir » et compter des objets sur une table.

 

 

 

 

Pourtant, des événements aussi extraordinaires que celui-ci peuvent susciter toute une série de réactions : du « mais quoi » désabusé à la colère cataclysmique sur les réseaux sociaux, tout cela parce cela est considéré comme non naturel.

 

Pour sûr, cela suscite des questions sur le respect que la société porte depuis longtemps à la conception divine de la nature. Avec ce petit bout d'algue verte à jamais ancré dans son ADN, le patient est-il encore humain ? Est-il un OGM de bon aloi ? Quelle est notre tolérance vis-à-vis des incursions à l'échelle moléculaire et de la soi-disant pollution génétique ? Qu'est-ce qui est naturel, et comment cela alimente-t-il la peur du « danger de l'étranger » génétique ?

 

De toute évidence, ce cas de thérapie était médicalement intentionnel. Mais qu'en est-il des mélanges inter-règnes apparemment accidentels ? Pour parler comme Shakespeare : l'intention fait-elle un OGM ?

 

La vie immortelle de Henrietta Lacks (fortement recommandé) raconte une histoire intrigante. Celle d'une Afro-Américaine qui a succombé trop tôt à un cancer du col de l'utérus en 1951. Normalement, en tant que membre de la minorité antérieurement à l'Ère des Droits Civiques (et en tant que femme, une double condamnation sans appel à l'époque), l'histoire aurait pu s'arrêter là, mais Henrietta était unique – et en phase terminale. Un médecin a fait une biopsie de ses cellules cancéreuses du col de l'utérus et a découvert qu'elles possédaient une caractéristique surhumaine : elles étaient biologiquement immortelles. En fait, alors que les cellules cultivées d'autres patients finissaient par cesser de se diviser et mourir, celles d'Henrietta pouvaient se diviser un nombre infini de fois. Elles étaient littéralement un composite génétique, le virus du papillome humain ayant pris des libertés et inséré ses gènes dans le génome humain. Il s'avère que ces cellules (appelées HeLa, du nom d'Henrietta Lacks) sont devenues des pierres angulaires de la recherche biomédicale – utilisées pour développer le vaccin contre la polio, entre autres. Certains ont affirmé que les cellules HeLa sont si différentes des matériaux d'origine qu'elles méritent leur propre nom scientifique !

 

 

 

 

La réalité est que la nature est un chaudron pour les rencontres opportunistes entre espèces (sans que l'hôte humain en soit responsable, bien sûr).

 

En effet, les invasions virales sont la règle, pas l'exception. Nos génomes sont parsemés de vestiges d'incursions virales passées, ce qui fait de nous tous des OGM d'honneur. Heureusement, elles sont généralement bénignes. Elles sont considérées comme des événements horizontaux (asexués, comme un transfert accidentel), plutôt que sexuels (verticaux, comme la transmission de gènes des parents à la descendance). Ils doivent apporter un avantage quelconque, sinon il ne serait pas très logique de maintenir ce gonflement supplémentaire du génome.

 

Même les guêpes parasites participent à l'action (a)sexuelle de débauche. On a découvert qu'elles laissaient derrière elles du matériel viral symbiotique après avoir pondu leurs œufs (pensez au film Alien, style cages thoraciques explosées), chez les chenilles victimes. Ce virus est normalement censé supprimer la réponse immunitaire de la chenille hôte, de sorte que les larves de guêpes peuvent se développer sans encombre. Cependant, on a découvert que les chenilles avaient réutilisé et intégré une partie de cet ADN viral à titre de « bonus ». Il s'avère que ces séquences protègent contre un virus totalement différent qui est mortel pour la chenille et transmissible verticalement à la descendance (pour celles qui survivent au parasitage) !

 

L'agriculture est aux prises avec la question des OGM depuis plus de 25 ans. Soyez prêts à ce que les prima donnas de la pureté frappent dans le domaine médical. Mais dans n'importe quel secteur, le trope de l'appel à la nature est une erreur massive de continuité dans la logique. Il n'existe pas de ceinture de chasteté sacrée qui maintienne l'intégrité des espèces.

 

Tout comme les humains, les plantes (y compris les plantes cultivées) ont bénéficié de « prêts » génétiques qui ont façonné leur histoire évolutive.

 

Une étude menée par une équipe internationale de scientifiques a conclu que le génie génétique naturel a facilité la transition des plantes de l'eau vers la terre. Plus précisément, des gènes des bactéries du sol ont été transférés horizontalement à des algues après s'être mélangés et mêlés dans les mêmes espaces (lits de rivières, flaques d'eau, rochers, etc.). Ces séquences empruntées leur ont donné les outils nécessaires pour faire face aux réalités impitoyables de la vie terrestre.

 

Une autre étude soutient que les céréaless (graminées) comme le blé et l'orge empruntaient régulièrement des gènes à leurs voisines graminées pour se rendre plus résistantes face au stress.

 

Un article publié en 2019 a trouvé 15 espèces transgéniques (lire : GM) naturelles, en particulier des séquences d'Agrobacterium tumefaciens, une bactérie familièrement connue comme l'ingénieur génétique de la nature. Son mode opératoire naturel (sans intervention humaine) nous a donné l'idée de commencer à modifier génétiquement les plantes.

 

De même, l'humble patate douce a été identifiée comme un OGM naturel en raison de la présence de séquences d'Agrobacterium très spécifiques dans son génome.

 

En outre, même le greffage des plantes, une pratique horticole traditionnelle, peut susciter un type d'intimité asexuée qui entraîne l'échange d'organelles entre les partenaires.

 

 

 

 

Alors, par respect pour la nature, qu'est-ce que l'article authentique ? Tout, car la vie est dynamique, et non statique et immuable. Aucune plante cultivée que nous consommons aujourd'hui ne ressemble de près ou de loin à son prédécesseur. Le fait de revendiquer la pureté eugénique donne inutilement une image de « faux » dans les aliments pour les mauvaises raisons. Les rencontres intimes de type génétique sont la norme, pas l'exception.

 

À la lumière de la générosité génétique infinie de la nature (et manifestement de la promiscuité), le lieu et la manière dont nous obtenons de nouveaux matériels génétiques pour améliorer les plantes cultivées sont-ils importants ? Qu'en est-il de la méthode générative (OGM ou édition de gènes – avec la précision comparative d'un scalpel chirurgical – et de l'amélioration des plantes conventionnelle – un matraquage) ? Comment ces méthodes doivent-elles être traitées par les régulateurs et les gestionnaires de risques ? Si l'on s'en tient à l'argument de l'appel à la nature, les OGM devraient à juste titre être intégrés dans notre boite à outils sans hésitation.

 

D'un point de vue marketing, « tout comme Mère Nature l'a voulu » est une platitude vide de sens destnée à diviser et à générer la peur de « l'autre ». Tout comme la tempête de feu qui a éclaté lorsque l'hybridation a été tentée pour la première fois, il est temps que nous ayons ces considérations difficiles en tête pour remédier à tout court-circuit cognitif.

 

____________

 

La famille de Tim Durham exploite Deer Run Farm et produit des légumes à Long Island, New York. En tant qu'agvocat, il réfute les discours enflammés avec des faits. Tim a obtenu un diplôme en médecine végétale et est professeur adjoint au Ferrum College en Virginie.

 

Source : GMOs should rightfully be mainstreamed without prejudice | AGDAILY

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max 18/06/2021 15:30

Le jour ou l'on auras une thérapie génique pour soigné la mucoviscidose, est-ce qu'ils refuseront parce-que ce n'est pas "naturel"? "Désolé petit mais c'est la nature qui à décidé que tu ais la mucoviscidose et que tu meurt jeune".

Sur un autre sujet regarder qui fait la préface d'un livre sur la biodynamie et écrit par un anthroposophe. François Veillerette.
https://twitter.com/ChanologyFr/status/1404841815749140487

Justin 18/06/2021 14:41

Aricle intéressant sur les animaux OGM (et qui accessoirmeent, ne répond pas au titre de l'article lui même)
http://www.slate.fr/story/210863/saumon-genetiquement-modifie-aquabounty-ogm-transgenique-approbation-commercialisation-food-drug-administration

un physicien 18/06/2021 11:22

" la vie est dynamique, et non statique et immuable "
Demain ne pourra pas être comme hier.